JO 2024 : Greenwashing et « coca chaud »… Sur la trace des gobelets consignés sur les sites olympiques
polémique•Les spectateurs des Jeux sont servis dans des gobelets consignés à hauteur de deux euros. Mais comme annoncé avant les JO, une partie des boissons proviennent de bouteilles en plastique de 50 cl. C’est le cas au Stade de FranceWilliam Pereira
L'essentiel
- Partenaire historique du CIO, Coca-Cola distribue ses boissons dans des « Ecocups », des gobelets à usage unique consignés à 2 euros.
- Problème ? Beaucoup de ces verres sont remplis à partir de bouteilles de 50 cl, parfois en verre mais surtout en plastique. Le réseau France Nature Environnement (FNE) dénonce une forme de greenwashing
- Les athlètes des JO consomment également du Coca-Cola provenant de bouteilles en plastique par crainte du dopage par contamination
De notre envoyé spécial à la buvette,
La scène date de la veille de la cérémonie d’ouverture, lors d’une soirée rugby à 7, au stade de France. Un jeune homme disparaît derrière le comptoir de la buvette et se relève avec une bouteille de coca en plastique de 50 cl. Nous n’en verrons pas la couleur puisque son contenu sera déversé dans un gobelet consigné à deux euros. La bouteille elle, sera jetée (pour être recyclée).
Une Américaine sollicitée au Champ de Mars raconte une expérience similaire vécue à Saint-Denis. « J’ai engueulé la personne derrière le bar parce qu’elle m’a servi un coca chaud [les Américains sont TRES glaçons], je pensais que c’était une erreur de sa part. Je ne savais pas pour les bouteilles. » Il faut dire que certains baristas pourraient faire passer David Copperfield pour un peintre tant ils redoublent de discrétion et d’adresse. Un groupe de jeunes supporteurs en a aussi fait l’expérience du côté de Pierre Mauroy. « Je n’ai pas vu la personne verser la bouteille dans mon gobelet, mais les boissons n’étaient pas fraîches. Ils faisaient déjà ça dans les fan zones à l’Euro 2024. »
Bouteilles en plastique, en verre et fontaines, la grande valse de Coca-Cola à Paris 2024
A Paris 2024, tous les supporteurs ne sont pas logés à la même enseigne. Sur les sites de moindre envergure, comme au Grand Palais, au Stade Tour Eiffel et aux Invalides, pour ne citer que ceux-là, nombreux étaient les stands à disposer de fontaines sur le modèle de celles que l’on peut apercevoir dans les fast-foods (mi-glace, mi-boisson). « Nous, on en a partout », jure une manager sur le site du tir à l’arc. Partout, sauf au bar des médias, où les bouteilles sont cette fois… en verre.
Du côté de la place de la Concorde, on part sur un concept hybride : d’un côté des stands avec fontaines, de l’autre la même chose avec des bouteilles en verre (au frais).
La logique ? « quand les conditions opérationnelles empêchent l’installation de fontaines », Coca comble les manque avec des bouteilles en plastique recyclées. En gros, par manque de place, d’arrivée d’eau ou autre limite logistique ne répondant pas au cahier des charges. Les bouteilles en verre, elles, sont parfois snobées car elles compliquent les tâches liées à la manutention. Sur les 18 millions de boissons prévues pour l’événement, plus de la moitié (plus de 10 millions) sera issue de bouteilles en plastique, selon le réseau France Nature Environnement (FNE), qui décerne à la firme américaine la « médaille d’or du greenwashing ». Les athlètes olympiques boivent également dans des bouteilles à usage unique, pour éviter le dopage par contamination… sauf à Roland-Garros. La FFT a enclenché avec succès une politique de sensibilisation auprès des athlètes et du public qui avait débuté en 2021, au Masters 1.000 de Bercy.
Pour les ventes au public, Coca-Cola brandit le bouclier du recyclage encadré des bouteilles utilisées, par opposition à la consommation des spectateurs en supposant qu’une partie d’entre eux les jetteraient à la première poubelle croisée, et pas toujours en faisant le tri. Il est vrai que les cadavres en plastique sont évacués en camion par des prestataires, mais l’argument reste limité : 1) la production de déchet, même recyclé, reste négative. 2) pour qu’il tienne, il faudrait qu’aucun spectateur ne jette de gobelet à la poubelle, ce qui est loin d’être le cas. Les buvettes des sites peuvent fermer avant la fin effective des épreuves et, ce fut le cas au Stade de France, de nombreux supporteurs ont choisi de jeter le leur faute d’avoir pu le rendre à temps.
« On ne dit pas forcément aux clients que les verres sont consignés »
Autre problème : l’empire CIO ne jure que par Visa pour les paiements et remboursements par CB. Des supporteurs qui attendaient un retour cash se sont plaints de pénuries de monnaie en caisse lors des périodes de rush de retours de verres consignés. Ils auraient pu le garder et le rendre sur un autre site, mais la communication n’est pas claire, pour ne pas dire inexistante chez les baristas complètement débordés – la canicule n’a rien arrangé à leur cas.
« Déjà, on ne dit pas forcément aux clients que les verres sont consignés, certains nous posent la question parce qu’ils voient que ça coûte deux euros de plus, nous dit une employée d’un stand au stade Tour Eiffel. A vue d’œil, je dirais que 30 % viennent nous les rendre. Le reste les garde pour le souvenir, par flemme ou parce qu’ils sont partis faire autre chose. »
Certains consommateurs y voient une forme de bénéfice dissimulé orchestré par la firme américaine.
Notre dossier JO 2024Il faudra faire les comptes à la fin des Jeux pour en avoir le cœur net. Mais à choisir un vainqueur entre l’environnement et Coca-Cola au 12 août, on aurait tendance à pencher pour la seconde option.


















