JO Paris 2024 Judo : Clarisse Agbegnenou peut-elle se projeter sur les JO 2028 ?
Californication•« Seulement » médaillée de bronze mardi dans la catégorie -63 kg des JO de Paris 2024, la judoka de 31 ans a dans la foulée évoqué la suite, entre ses envies d’un deuxième bébé et de revanche aux JO de Los AngelesJérémy Laugier
L'essentiel
- Médaillée de bronze mardi de la catégorie -63 kg des JO de Paris 2024, Clarisse Agbegnenou s’est déjà penchée sur la suite.
- La judoka de 31 ans a ainsi évoqué ses envies de bébé et de revanche aux JO de Los Angeles.
A l’Arena Champ-de-Mars,
On s’attendait à voir Clarisse Agbegnenou mettre sur pause son sourire et vite expédier les obligations médiatiques, mardi après avoir dû se contenter d’une médaille de bronze en -63 kg, elle qui ne visait rien d’autre qu’un deuxième sacre olympique. Mais il faut croire que même le cruel dénouement de sa demi-finale contre Andreja Leskia ne peut pas fissurer son caractère solaire. Si bien qu’en pleine conférence de presse conviant les quatre médaillées olympiques, alors qu’une question lui était posée sur son avenir, Clarisse Agbegnenou a embrayé en anglais auprès de sa voisine, titrée aux JO de Paris 2024.
« Andreja, seras-tu là aux JO de Los Angeles 2028 ? », lui a-t-elle suggéré. Face à la réponse autant amusée qu’hésitante de la Slovène, la judoka tricolore de 31 ans a riposté : « D’accord, quand tu seras sûre d’y aller, tu me diras et nous aurons une revanche là-bas ». Vous l’avez compris, la sextuple championne du monde ne s’imagine pas du tout au bout du chemin, et elle était capable de mentionner les prochains Jeux olympiques avant même d’avoir reçu sa médaille de l’édition 2024.
« Je n’ai pas de frein »
« Ben là, je ne vais pas finir comme ça, annonce-t-elle clairement. Avec la forme physique que j’ai et ce que j’ai montré sur ces Jeux, je n’ai pas de frein. Je n’ai pas gagné à la maison alors je vais gagner aux US. » OK, donc les JO dans quatre ans, c’est déjà acté. Il faudra juste déterminer combien de passagers seront amenés à l’accompagner d’ici-là. « Maintenant je connais la potion magique, je peux revenir avec plusieurs enfants », balance-t-elle sans faux-semblant pour confirmer son envie d’avoir un autre bambin.
Sa fille Athéna, née en juin 2022, a été le fil rouge de sa journée de compétition mardi, de ce moment passé avec elle avant de rejoindre l’Arena Champ-de-Mars jusqu’à cette séquence de partage mignonne tout plein après son combat pour la troisième place. Avant même de se projeter sur cette nouvelle configuration de vie à deux enfants, il convient de repenser à la gestion de cette olympiade atypique et à l’impact de cette vie de maman sur les capacités de l’athlète de haut niveau.
Clarisse Agbegnenou « n’est plus la même »
« On a déjà vécu une olympiade particulière, qui n’a duré que trois ans et qui a été amputée par une grossesse, rappelle son entraîneur Ludovic Delacotte. Laissez-moi un peu tranquille. On verra quand le deuxième polichinelle arrivera. C’est son projet de vie, il n’y a rien à en dire. »
Un projet de vie qui ne l’a pas empêchée de retrouver un niveau d’athlète capable de redevenir championne du monde en 2023, onze mois après la naissance d’Athéna, puis de conquérir le bronze, à la fois aux Championnats du monde 2024, et donc mardi aux JO à la maison. Pour autant, Ludovic Delacotte tient à rappeler que ce retour au premier plan reste semé d’embûches et de remises en question physique.
« On attend toujours énormément de Clarisse, comme sur ces Jeux mais il ne faut pas oublier qu’elle revient d’une grossesse. Ce n’est plus la même. Je m’en suis rapidement rendu compte. Il a fallu trouver d’autres armes. A Tokyo, elle avait une maîtrise supérieure, notamment sur le volet physique. Elle était plus « impactante ». Ça lui permettait de mieux gérer parce qu’elle écrabouillait les filles. Ce n’est plus la même, Clarisse. »
« La petite allait dans le cosy, sur le tapis »
C’est aussi pourquoi son entraîneur apprécie à sa juste valeur cette médaille de bronze : « Ce n’est pas le métal qu’elle souhaitait mais ça reste remarquable, Clarisse est à présent la première judoka française à compter trois médailles sur trois olympiades ». Ça en jette, dit ainsi, même si ce bronze fait figure de petite désillusion au vu de son statut et de son tournoi.
Quant à Athéna, elle fait partie de chaque chapitre ou presque de cette nouvelle vie réellement entamée en janvier 2022, lorsque Ludovic Delacotte, dont elle est très proche, a pris en charge les élites de l’équipe de France. « Je connaissais le package avec Clarisse à mon arrivée sur les élites : il n’y avait pas que Clarisse à manager. Je me souviens les premières séances techniques où la petite allait dans le cosy, sur le tapis, pendant qu’on faisait du judo. »
Les nombreuses émotions l’ayant traversée mardi soir ont été propices à un coup d’œil dans le rétroviseur aussi pour Clarisse Agbegnenou : « Je me dis que le chemin était long, avec une grossesse, un allaitement, ce n’est pas simple. Je me dis aussi que je suis tant au-dessus avec tout ça, donc j’aurais dû décrocher la lune ». A entendre Ludovic Delacotte, tout a été fait, avant même la naissance d’Athéna, pour garantir à l’athlète « un moment familial off ».
« C’est une grande dame, immense respect »
Il pense à la fois à la Fédération française de judo, à l’Agence nationale du sport et au ministère des Sports qui lui ont « facilité » la vie ces dernières années. Mais tout de même, est-ce raisonnable de se projeter sur quatre années de plus après tant de saisons au sommet de sa discipline ?
« C’est une grande professionnelle et elle a encore de la fraîcheur, indique en premier lieu son entraîneur. Ce n’est pas quelqu’un d’usé par le haut niveau, avec des blessures à répétition. Par contre, si elle finissait 5e mardi, je pense qu’elle allait s’en vouloir toute sa vie. »
Notre dossier sur Clarisse AgbegnenouMais la remobilisation est passée par là, avec évidemment aussi l’apport psychologique lié à la présence d’Athéna à l’Arena Champ-de-Mars. « C’est une grande dame, une grande championne, une belle personne, immense respect », liste Ludovic Delacotte. Voilà un binôme qu’on est bien parti pour retrouver à Los Angeles en 2028, avec ou sans la tenante du titre slovène Andreja Leskia.


















