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À 102 ans, Mélanie Berger-Volle, prête à brandir la flamme des JO 2024

JO de Paris 2024 : À 102 ans, la résistante Mélanie Berger-Volle prête à brandir la flamme olympique

de l’ombre à la lumièreNée en Autriche en 1921 dans une famille ouvrière juive, Mélanie Berger a quitté son pays en 1938 et milite dès 1940 en France. Elle portera la flamme olympique le 22 juin prochain avant les Jeux de Paris
JO de Paris 2024 : À 102 ans, la résistante Mélanie Berger-Volle portera la flamme olympique
20 Minutes avec AFP

20 Minutes avec AFP

Une « femme de l’ombre » pour brandir la lumière. A 102 ans, Mélanie Berger-Volle portera la flamme olympique, malgré son épaule fragile, au nom des valeurs d’amitié entre les peuples qu’elle a défendues pendant la Résistance. Elle doit se pincer d’avoir été choisie par le département de la Loire et la mairie de Saint-Etienne pour éclairer la ville lors de l’étape de la flamme qu’elle portera, le 22 juin, avant les Jeux olympiques de Paris.

« J’ai toujours aimé le sport », explique avec vivacité cette femme fluette, qui, jusqu’à peu pratiquait une heure de marche quotidienne. Si le poids de la torche l’inquiète un peu, il n’était pas question de refuser. Grand-mère de la gymnaste Emilie Volle, qui a participé aux Jeux olympiques d’Atlanta en 1996, elle veut aussi être un symbole pour les femmes « qui se sont battues pour faire du sport comme les hommes ». « Mon idéal a toujours été d’unifier le monde », confie la centenaire. « Et les olympiades sont un moment formidable pour faire connaissance avec d’autres êtres humains ».

Une vie de militantisme et de résistance

Née en Autriche en 1921 dans une famille ouvrière juive, Mélanie Berger a commencé à militer dès l’adolescence dans un groupe d’extrême gauche. « On était athée et quand j’ai commencé à lutter ce n’était pas pour des motifs religieux, c’était politique », souligne-t-elle. « Je suis contre toutes les dictatures. » Après l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie en 1938, elle quitte son pays, passe en Belgique et arrive en France, à Paris au printemps 1939, déguisée en garçon.

Quand la France entre en guerre, tous les Autrichiens sont perçus comme des ennemis et les autorités la mettent dans un train en direction d’un camp près de Pau. « En gare de Clermont-Ferrand, j’ai sauté [du wagon] », se remémore-t-elle. La jeune militante a bien conscience, que « quand on a une chance, il ne faut pas la laisser passer. »

En 1940, elle se retrouve à Montauban, où un groupe de militants trotskistes dont elle faisait partie avant la guerre commence à se reformer. « Avec mon nom à consonance française, j’ai loué un appartement dans une maison délabrée, et de là, on a pu commencer le travail ». En toute discrétion, le groupe rédige et distribue des tracts en langue allemande destinés à retourner les soldats du Reich. Mais en janvier 1942, elle est arrêtée après une descente de police dans cette maison. Elle raconte avoir « été maltraitée » pendant ses interrogatoires. « J’en ai gardé des séquelles, mais je suis encore là ! », dit-elle. Après treize mois de détention à Toulouse, elle est transférée aux Baumettes à Marseille.

« Je voulais changer le monde et je veux toujours le changer »

Le 15 octobre 1943, des membres de son groupe, avec la résistance française, viennent la chercher, accompagnés d’un soldat allemand gagné à la cause, alors qu’elle est hospitalisée pour une jaunisse. « Je me suis évadée en chemise de nuit », rit-elle encore. Une fois remise, elle milite jusqu’à la Libération sous de fausses identités.

Après la guerre, elle épouse Lucien Volle, lui aussi résistant qui a participé à la libération du Puy-en-Velay. Ensemble, le couple commence à se consacrer au travail de mémoire. « Nous avons lutté continuellement pour expliquer, pas ce qu’on avait fait, mais pourquoi on l’avait fait », souligne Mélanie Volle-Berger. Elle a depuis obtenu de multiples décorations, dont la Légion d’honneur. « Je n’ai pas fait grand-chose, estime-t-elle pourtant. Mais j’ai dit ''non'' au nazisme. »

Aujourd’hui très inquiète du retour des extrêmes en Europe, elle espère que les jeunes sauront à leur tour défendre la démocratie. Et malgré son grand âge, elle entend profiter des JO pour faire résonner son message. « Je voulais changer le monde et je veux toujours le changer ».