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Le relais de la flamme olympique arrive en France, mais c’est écolo ?

JO de Paris 2024 : C’est vraiment raisonnable cette histoire de flamme olympique quand on défend des Jeux durables ?

EMPREINTE CARBONELe comité d’organisation de Paris 2024 s’est fixé des objectifs ambitieux en matière environnementale, mais sont-ils cohérents avec le cérémoniel autour de la flamme olympique ?
Laure Gamaury

Laure Gamaury

L'essentiel

  • Le calcul du bilan carbone de la flamme olympique est une idée intéressante, mais complexe. Impossible d’arriver à un chiffre clair sur les effets sur le climat du parcours de la flamme, de son allumage en Grèce jusqu’à Paris pour la cérémonie d’ouverture des Jeux.
  • Selon Paris 2024, le fait d’apporter la flamme olympique à Marseille par voilier est un message fort pour l’environnement, et l’empreinte carbone des Jeux dans leur ensemble devrait être de 1,58 million de tonnes, soit moins de la moitié des dernières éditions. Mais certains experts estiment que cet objectif est ambitieux et difficile à vérifier.
  • Si la conception de la torche olympique 2024 est plus durable, avec 2 000 unités au lieu de 10 à 12.000, rechargeables et en acier recyclé, il reste à voir si ces Jeux accéléreront vraiment la transition écologique du sport.

Dans la série sujets qui naissent à la machine à café, celui-ci se pose là, et on ne remercie pas notre collègue Emilie. « Et si tu calculais le bilan carbone de la flamme olympique, c’est une bonne idée ça, non ? ». Super idée, mais comment faire ? Après des heures à tordre dans tous les sens les calculateurs d’empreinte carbone, type celui de la fondation Good Planet ou celui de Nos gestes climat, excellents, il a fallu se rendre à l’évidence : impossible d’arriver à un chiffre clair sur ce symbole ultime des Jeux.

Si Paris 2024 a bien insisté sur sa volonté de Jeux « plus responsables », il n’en reste pas moins des zones d’ombre sur la durabilité et les effets sur le climat d’un tel événement, et notamment sur le trajet de la flamme olympique d’Olympie à Paris. Son parcours du berceau grec jusqu’à la ville hôte est l’un des événements les plus symboliques associés aux Jeux. Mais est-il voué à disparaître pour des raisons écologiques ? En d’autres termes, pollue-t-il tant qu’on pourrait un jour l’effacer des festivités ?

Des choix forts en matière d'environnement, clame Paris 2024

Mais revenons-en à notre flamme et au relais qui l’entoure. Allumée le 16 avril, elle a parcouru durant onze jours la Grèce, portée par six cents relayeurs à travers sept îles, dix sites archéologiques et le rocher de l’Acropole, et a même passé une nuit à côté du Parthénon. Puis direction, le port du Pirée, au sud d’Athènes, pour embarquer sur le Belem le 26 avril, le trois-mâts qui doit la conduire à Marseille le 8 mai, où 150.000 spectateurs l’attendront.

« Faire arriver la flamme à Marseille, à la voile, est une façon d’envoyer un message fort au niveau écologique se réjouit Georgina Grenon, la directrice excellence environnementale de Paris 2024. On a également travaillé sur la réduction de la taille du convoi qui accompagne la torche et avec les villes hôtes pour qu’elles se raccordent au maximum au réseau et évitent d’utiliser des groupes électrogènes pour leurs festivités. » »

Dès le lendemain débutera le relais olympique sur le sol français, avec des passages prévus à la basilique Notre-Dame de la Garde ou au Stade Vélodrome. La flamme traversera ensuite le pays, visitant notamment les Antilles et la Polynésie, jusqu’à Paris, où se déroulera la cérémonie d’ouverture des Jeux, le 26 juillet. Pour l’heure, Paris 2024 n’a pas encore souhaité communiquer sur les « actions fortes mises en place en faveur de la réduction des émissions carbone durant le relais de la flamme olympique ».

Un bilan carbone exemplaire… pour la suite ?

Pour l’ONG Carbon Market Watch, « il est clair que des JO ne peuvent être véritablement compatibles avec le respect de la barrière de 1,5 degré de réchauffement », objectif le plus ambitieux de l'accord de Paris, « à moins de repenser radicalement » leur organisation. Paris 2024 prévoit l’émission de quelque 1,58 million de tonnes équivalent CO2, soit moins de la moitié des 3,5 millions de tonnes en moyenne des Jeux de Londres (2012) et Rio (2016). Mais l’objectif « semble à première vue ambitieux » et « difficile à vérifier », mettent en garde les experts du carbone.

« Aujourd’hui, c’est compliqué de se projeter sur un tel bilan carbone, analyse Justine Birot, experte du sport durable et co-pilote du rapport Décarbonons les Stades pour le Shift Project. Tant que l’événement n’aura pas eu lieu, il est difficile d’anticiper ». D’autant plus que Paris 2024 a peu de chiffres auxquels se comparer, si ce n’est à scruter les projets des éditions précédentes, mais qui comportent bien peu de données vérifiables sur le sujet.

Des changements vers un sport durable ?

L’experte, qui espère à terme produire un rapport complet sur l’empreinte écologique de la pratique sportive quotidienne, mise quand même quelques espoirs sur cet événement XXL. « On peut se féliciter que les JO permettent d’accélérer quelques bonnes pratiques vers le durable dans le sport. Mais, après, y aura-t-il un effet réel ? Cet événement va-t-il vraiment accélérer la transition écologique du sport ? Je ne sais pas. »

Du côté de Paris 2024, aucun doute ne plane. « On s’est donné des objectifs, encore jamais mis sur la table pour des JOP, de réduction de moitié de notre empreinte carbone par rapport aux éditions précédentes », précise Georgina Grenon. Pour la conception de la torche notamment, les équipes organisatrices ont évalué à une centaine de tonnes l’impact carbone sur les éditions précédentes de la fabrication et de l’exploitation. « Pour les Jeux de Paris, on l’a réduit à six tonnes ». La recette ? 2.000 torches produites au lieu de 10 à 12.000, « rechargeables et réutilisables plutôt qu’à usage unique », des matériaux moins polluants « avec un acier 100 % recyclé et du biogaz français pour l’allumage ».

Mais « aller chercher des réductions un peu partout où c’était possible, et montrer qu’on pouvait organiser ces Jeux d’une manière différente » suffira-t-il à convaincre que les Jeux et tous leurs symboles associés que l’empreinte carbone générée est soutenable ? Pour Carbon Market Watch, « c’est encourageant mais il faut faire plus ». Jusqu’à supprimer le relais de la flamme olympique ? La patate chaude sera pour Los Angeles, en 2028.