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« Respect »… Dans le Nord, des étudiants s’essaient aux disciplines paralympiques

Paris 2024 : « Franchement, respect »… Dans le Nord, des étudiants se mettent dans la peau d’athlètes paralympiques

REPORTAGEEDF, partenaire premium de Paris 2024, a organisé jeudi à Liévin une compétition de paratriathlon regroupant une centaine de jeunes de la région et quelques athlètes
JO Paris 2024 : Sponsor, travail et entraînement.. Quel est le quotidien d'un paratriathlète ?
Nicolas Camus

Nicolas Camus

L'essentiel

  • Jeudi, à l’Arena Stade Couvert de Liévin (Hauts-de-France), EDF, dans le cadre de son programme « enJeux d’avenir 2024 », a organisé une compétition de paratriathlon pour quelque 150 étudiants de la région.
  • L’objectif était de leur faire découvrir trois disciplines paralympiques en une, pour que les jeunes se rendent compte de l’effort représenté et interrogent leur regard sur le handicap.
  • Une journée instructive pour eux, mais aussi pour les athlètes olympiques et paralympiques présents, heureux de constater la curiosité et l’enthousiasme de la jeune génération.

A Liévin (Hauts-de-France),

Ambiance des grands jours, ce jeudi, à l’Arena Stade Couvert de Liévin. Les 6.000 places de cette salle historique de l’athlé français sont en grande partie vides, mais les quelque 150 étudiants de la région qui y ont pris place pour cette journée spéciale découverte du paratriathlon font du bruit pour dix fois plus. Ça crie, ça pousse les camarades en train de se farcir les 100 mètres de natation jambes attachées, le kilomètre de handbike (un vélo à trois roues destiné aux coureurs paraplégiques ou tétraplégiques, que l’on fait avancer à la force des bras) ou les 800 mètres de course à l’aveugle, effectués avec un guide.

Cette compétition bon enfant, avec séries puis demi-finales qualificatives pour la grande finale de samedi, en marge de la manche de Coupe du monde de triathlon Indoor, est organisée par EDF, un des principaux partenaires des JO de Paris 2024. L’entreprise française, engagée depuis trois décennies auprès de la Fédération française handisport, a multiplié les événements ces deux dernières années dans le cadre de son programme « enJeux d’avenir 2024 », pour offrir de la visibilité aux disciplines paralympiques, et in fine contribuer à changer le regard sur le handicap de manière générale.

L'épreuve de natation, 100 mètres à parcourir les deux jambes attachées.
L'épreuve de natation, 100 mètres à parcourir les deux jambes attachées.  - EDF

« Le sport est un vrai levier pour adresser des messages sur ce sujet, pose Alexandre Boulleray, le responsable sponsoring sportif d’EDF. Mettre des jeunes en situation de handicap, leur faire pratiquer le paratriathlon, ça leur permet de ressentir l’exploit sportif que cela représente. »

Attablé au troisième étage de l’Arena, avec vue sur la piscine et la piste bleue qui l’entoure, le dirigeant goûte l’ambiance festive, et remarque que tous les étudiants se prennent au jeu. « C’est génial non ? C’est pour ça qu’on organise cette journée, relève-t-il. On se rend compte que c’est du sport tout court. Les jeunes sont là pour participer à une compétition sportive, il n’y a plus de différence entre sport et parasport. On peut tous contribuer, à notre échelle, à faire changer le regard sur le handicap, le parasport, les athlètes qui le pratiquent. »

« C’est super physique ! »

Visiblement, ça fonctionne pas mal. Romain, Julien et Louison, trois étudiants en Staps à l’Université d’Artois, juste à côté, remontent en tribunes après avoir remporté leur série. Bien fatigués. « On s’en est bien sortis, mais on ne pensait pas que ce serait aussi dur, souffle Louison, qui a géré la partie handbike. Pour moi, c’était vraiment tout dans les pecs et le dos, avec une grosse puissance à développer pour avancer la machine. C’est super physique ! »

Tous les trois se sont rendu compte des difficultés de la pratique en situation de handicap. Julien, qui a couru avec un bandeau sur les yeux, confirme : « Le plus dur, c’est qu’on a l’impression de courir en ligne droite tout le temps, on est complètement perdu dans l’espace. La communication avec le guide est hyper importante, mais il faut bien se comprendre, tout en courant, c’est pas simple », décrit-il.

Heureusement, avec Romain, qui a joué le rôle de guide après avoir lancé l’équipe sur l’épreuve de nage, ils ont « l’habitude de parler et de rigoler ensemble ». « On se connaît bien, ça aide », se marre le jeune homme de 18 ans, avant de reprendre, plus sérieusement : « Il faut être super fort pour ces disciplines. Franchement, respect pour ces athlètes. »

Le handbike, ça paraît pas très compliqué vu comme ça mais en fait si.
Le handbike, ça paraît pas très compliqué vu comme ça mais en fait si.  - EDF

On rapporte ces impressions à Alexandre Boulleray, qui s’illumine. « C’est exactement ça qu’on va chercher, réagit le dirigeant. Ça leur permet d’ouvrir les yeux sur les difficultés des parasportifs, et aussi des personnes en situation de handicap dans la vie de tous les jours. C’est important d’éduquer la jeunesse à ces sujets, ce sont eux qui contribueront demain à ce qu’il y ait une meilleure insertion. Il faut que ça infuse. »

Il ne croit pas si bien dire, puisque nos trois compères de la « team Elodie Lorandi » (chaque équipe porte le nom d’un athlète sponsorisé par EDF, comme Clarisse Agbegnenou, Maxime Grousset, Florent Manaudou ou Dimitri Pavadé), qui se destine à devenir professeurs d’EPS, se projettent d’eux-mêmes. « On sera peut-être amené à avoir des étudiants en situation de handicap, note Julien. C’est important de connaître au moins un peu à quoi ils peuvent être confrontés, ce qui est possible de faire pour eux. »

Entre deux sessions de sport, les étudiants ont également pu discuter directement avec les athlètes du team EDF présents pour l’occasion, Dorian Foulon (paracyclisme, champion olympique de poursuite en 2021), Heïdi Gaugain (paracyclisme, championne du monde de poursuite en 2023), Théo Curin (paranatation, triple médaillé mondial en 2017 et 2019), Romain Cannone (escrime, champion olympique en 2021) et Khalil Chabouni (breakdance, champion de France 2021).

En finir avec la « pitié »

Réunis face à leur jeune audience dans un amphithéâtre, les sportifs ont présenté leur discipline respective, avec des spécificités inconnues de la grande majorité, et répondu à quelques questions. « Echanger avec eux, c’est un vrai enjeu pour nous, estime Dorian Foulon. Les disciplines, les catégories, les handicaps, ils ne connaissent pas bien et c’est normal. Ce sont eux qui, plus tard, éduqueront leurs propres enfants là-dessus. »

Le cycliste breton, qui a lui-même eu du mal à s’accepter en tant qu’athlète handisport (il est né avec un pied bot), profite toujours de ces moments pour apporter son écot. « Nous, athlètes paralympiques, on est souvent regardés avec de la pitié, entre guillemets : "oh le pauvre il a ça, ça doit être dur, c’est déjà bien ce qu’il fait". Non, nous on veut être vus comme des athlètes, des vrais. Le monde du parasport se professionnalise de plus en plus, on tend vers la très haute performance, et dans les catégories de faible handicap comme la mienne, on se rapproche de plus en plus des valides. Moi je cours au plus haut niveau amateur chez les valides. En poursuite individuelle, je suis dans le top 10 français valides. C’est ce qu’on veut faire comprendre. Et de faire essayer certaines disciplines, c’est là qu’ils réalisent. C’est pas du loisir, on est sur du costaud. »

La photo souvenir de fin de journée, avec les étudiants et les athlètes réunis.
La photo souvenir de fin de journée, avec les étudiants et les athlètes réunis.  - EDF

Il a pu s’en rendre compte en personne, puisque les athlètes ont aussi participé à la compétition, comme Romain Cannone, qui en a sacrément bavé. « On regarde à la télé, on peut se dire que c’est pas si dur, mais en fait il ne suffit pas d’avoir de la force dans les bras. Mais il faut être sacrément gainé, parce que si tu pivotes un peu il y a tout le reste qui part, remarque l’épéiste. C’est trouvé ça hyper intéressant. » Il n’est pas le seul. Les athlètes paralympiques ont gagné quelques téléspectateurs pour leurs Jeux. Et sûrement un peu plus.