JO 2024 : Les jeux de Paris n’ont-ils finalement pas « manqué d’une performance mythique » ?
Jeux olympiques•On ne veut pas chipoter, mais en matière de pure performance sportive, on est un peu resté sur notre faim, hors athlètes françaisJean-Loup Delmas
L'essentiel
- Ok, la Tour Eiffel est magnifique, Paris la plus belle ville du monde, Versailles, c’était canon, l’arrivée du marathon aux Invalides, c’était sublime. Et, oui, nager dans la Seine en vraie, c’était une idée de génie, tout comme y faire la cérémonie d’ouverture.
- Et tant qu’on est dans l’enthousiasme, nos athlètes français nous auront sacrément faits vibré et offert de sublimes médailles.
- Mais tout ceci étant dit, les Jeux olympiques, ce n’est pas que la France, et niveau grands moments de sport, il y a de quoi sacrément trouver cette édition 2024 assez pauvre.
Voilà, c’est fini. Le pays aura vibré pendant deux semaines et la planète entière en aura pris plein les mirettes grâce au superbe décor que fut Paris. Au moment de fermer le livre de ces JO 2024 se pose toutefois fatalement la question des souvenirs. Et si la France aura tant donné au monde en matière d'ambition esthétique, de décor somptueux, de paris fous (go nager dans la Seine), elle se sera étrangement montrée avare en moments sportifs grandioses. C’est un peu con, c’est quand même le but des Jeux.
Si le pays a vibré sportivement et battu son record de médailles d’Atlanta (15 titres), qu’auront offert les JO de Paris au monde du sport ? Sans faire offense au triplé du BMX, ou à l’or de Kauli Vaast en surf, leurs exploits ne resteront probablement pas dans la légende olympique. « Des grands moments de sport ont existé dans ces Jeux olympiques pour les Français, comme Riner, Marchand ou le rugby à 7, estime Laurent Favre, rédacteur en chef du service sport du Temps, média suisse. Mais les Jeux n’ont pas donné de moments légendaires pour le monde entier. »
Léon Marchand, superstar insuffisante
Léon Marchand, justement, était le plus proche d’offrir une légende olympique à Paris, dans l’une des deux disciplines reines qui plus est. Problème « gagner quatre médailles d’or en individuel sur une olympiade, cela a déjà été fait », pointe Julien Müller, journaliste sportif indépendant. L’Américain Mark Spitz en 1972, et bien sûr Michael Phelps en 2004 et 2008, avec carrément cinq titres individuels. « Donc non seulement ça a été fait, mais aussi dépassé. » Alors oui, il y a eu l’exploit de gagner deux finales le même jour, jamais réalisé avant et longtemps réputé impossible, mais la performance est tellement spécifique qu’on a quand même un doute sur le fait qu’elle rejoigne l’immortalité.
Si les stars internationales étaient bien présentes – Duplantis, Djoko, Biles, etc. – leurs performances parisiennes seront elles aussi sûrement vite zappées. Pour LeBron James par exemple, une médaille d’or des Etats-Unis au basket, bon… Ça a quand même un air de déjà-viou. « Si la Serbie avait gagné en demi-finale, on aurait vécu un moment iconique, mais là… », regrette Julien Müller. Bien sûr le match était beau, mais en défaite magnifique face aux 'Ricains, les Jeux de Pékin en 2008 avaient déjà offert un sublime Espagne-Etats-Unis. Et en finale, cette fois.
« Simone Biles, termine ''mal'' ses Jeux »
Et les autres superstars ? Julien Müller se montre intransigeant : « Simone Biles, c’est non car même si c’est ma reine, elle termine "mal" ses Jeux. Il lui manque une médaille d’or. » Tout comme Katie Ledecky, qui échoue elle aussi sur la dernière épreuve et n’est pas alignée sur la distance reines. Le record d’Armand Duplantis ? « Attendu, et surtout, on sait tous qu’il sera encore battu. » Novak Djokovic ? « Il finit définitivement le jeu, mais ce n’est pas choquant. » A aucun moment, le monde n’a semblé s’arrêter de tourner et les milliards de cœurs des supporters n’ont pas soudainement cessé de battre alors que les JO leur offraient une performance mythique. « Il a manqué une performance mythique. Le saut de Bob Beamon en 1968, le 10/10 de Comaneci à Montréal, le 19’66 aux 200 mètres de Michael Johnson à Atlanta, Bolt-Phelps en 2008… »
Un instant de frisson ultime qui pourrait manquer au moment de placer ces Jeux olympiques parmi les meilleurs de tous les temps… « Si tu dis Barcelone 92, on va tout de suite te répondre Dream Team », assure Julien Müller. Pour Paris… quand ton image la plus iconique des Jeux est un stade de beach avec vue sur la Tour Eiffel ou une Montgolfière-flamme-olympique, aussi belles sont ces vues, c’est qu’il y a eu un souci quelque part.
« Le calendrier était mal conçu »
Ce manque de moments cultes s’est parfois ressenti en seconde semaine, durant laquelle – c’est bon maintenant on peut tout se dire –, on s’est parfois un peu fait chier. « Le calendrier était mal conçu, avec trop d’épreuves mineures regroupées en fin de quinzaine – taekwondo, haltérophilie, lutte, escalade, break. En deuxième semaine, tout reposait quasiment sur l’athlétisme, et il n’y a pas eu de performance majuscule », avance encore Julien Müller. L’échec de Noah Lyles, plombé par le Covid-19, dans sa quête d’un quadruplé historique s’est cruellement fait sentir.
Dans un contexte mondial aussi tendu, on aurait pu « espérer » une image mythique, façon JO de Mexico 1968. Mais les revendications ont été rares et n’ont pas dépassé pas les phases qualificatives. On se consolera bien sûr en se remémorant éternellement la beauté de ces Jeux et en caressant l’espoir qu’ils révolutionnent les critères esthétiques d’une olympiade. « Los Angeles 1984 a sauvé le mouvement olympique, Mexico a changé la face du sport à jamais, assure Laurent Favre. Les Jeux de Paris en sont loin. Ce sont les plus beaux, pas les plus grands. » Bon, ce n’est déjà pas si mal.


















