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« On est rentrés dans le rang »… Le lent déclassement des Bleus du hand

Euro 2026 de handball : « On est rentrés dans le rang »… Comment expliquer le lent déclassement de l’équipe de France

plus dure est la chuteBattue par l’Allemagne mercredi, l’équipe de France ne verra même pas les demi-finales de l’Euro
Les Bleus du hand, leur vie leur œuvre
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • L’équipe de France de handball a été éliminée dès le tour principal de l’Euro, mercredi, après avoir été battue logiquement par l’Allemagne (38-34).
  • Pour la première fois depuis très longtemps, les Bleus n’ont plus aucun titre en poche, après la sortie de route en quarts de finale des JO et la troisième place obtenue aux Mondiaux.
  • Maîtres de la planète handball pendant des années, les Bleus semblent rentrer dans le rang. Et le sélectionneur, Guillaume Gille, est pointé du doigt.

Le handball a un gros avantage : en alternant Euro et Mondiaux un an sur deux, les sélections ont l’opportunité de vite sortir la tête de l’eau et s’offrir une nouvelle respiration après une contre-performance. En théorie. Depuis deux ans, l’équipe de France est prise par une lame de fond et n’arrive pas à remonter à la surface. Après une élimination en quart de finale de ses JO en 2024, les Bleus ont terminé troisième aux Mondiaux 2025 avant de sortir, mercredi, dès le tour principal de l’Euro, dernier titre que les Bleus avaient en main.

Au lendemain d’une nouvelle défaite face à l’Allemagne, dans un match à la vie à la mort, les Bleus ont dit adieu à leur objectif de ce début d’année et laissé Danois, Allemands, Croates et Islandais se battre pour le titre continental. Chose inimaginable il y a encore quelques années quand les Barjots-Costauds-Experts-Indestructibles terrorisaient la planète handball et ramenaient tous les titres possibles avec leur appétit gargantuesque.

L’assiette est désormais beaucoup moins bien remplie et les habitués au triplé entrée-plat-dessert restent maintenant sur leur faim. « On est rentrés dans le rang. Le problème, c’est que pendant des années, on a considéré que la norme, c’était que la France soit championne en tout, estime Alain Aubard, président de Limoges Handball, en Starligue. Champion olympique, champion du monde, champion d’Europe… Le fait de ne plus l’être, ça devient vite catastrophique. »

La France a perdu son avance

Le bilan aurait pu être encore davantage sombre si Elohim Prandi n’avait pas sorti un but de l’espace face à la Suède à l’Euro 2024 après la sirène ou si Luka Karabatic n’avait pas marqué le but de la qualif en demie au Mondial 2025 sur le gong. A se demander si la France n’est pas en train de dégringoler sur la planète handball et de redevenir une nation « comme une autre », alors que tous ses internationaux évoluent dans les meilleurs clubs européens.

« Il y a un risque de déclassement, pointe Jérôme Fernandez, meilleur buteur de l’histoire des Bleus. Il y a des nations comme le Portugal, l’Islande, l’Allemagne qui avancent alors que nous, on stagne. Même la Croatie qui semblait être à l’agonie, l’année dernière ils étaient en finale du Mondial et cette année ils sont en demie. Autant de nations qui étaient derrière nous et nous sont passées devant. »

Dika Mem a tout tenté face à l'Allemagne, en vain.
Dika Mem a tout tenté face à l'Allemagne, en vain. - Sina Schuldt/DPA/SIPA

Pendant longtemps, le Danemark ne servait que de faire valoir aux Bleus. Ils ont aujourd’hui l’opportunité de détenir tous les titres internationaux, après leur titre olympique en 2024 et leur sacre mondial en 2025. « Le Danemark, qu’on avait dominé pendant des années, s’est posé énormément de questions, ils ont avancé, complète David Degouy, entraîneur de Nîmes en StarLigue. Aujourd’hui, ces contre-performances de l’équipe de France, c’est l’opportunité demain d’être plus fort. »

Un problème de sélectionneur ?

C’est un peu le leitmotiv de Guillaume Gille, le sélectionneur des Bleus, qui ne cesse de parler de « reconstruction ». « Pour moi, le problème, c’est comment on reconstruit cette équipe et comment on avance dans cette dynamique, parce que cette équipe est en construction, reprend David Degouy. On a beaucoup de talent, maintenant, c’est comment on agglomère les talents. Peut-être que certaines générations étaient peut-être moins talentueuses à certains moments, mais étaient beaucoup plus fortes en équipe. »

Jérôme Fernandez, lui, ne veut pas entendre parler de « reconstruction », alors que la base de l’équipe de France a déjà plusieurs années d’expérience commune :

« Cette équipe est “armée” pour aller chercher des résultats. Aujourd’hui, on est dans l’optimisation de cette génération. Il faut qu’on voit avec le temps que le jeu de cette équipe progresse. Et ce n’est pas le cas. Je ne sais pas s’il faut changer de sélectionneur. Ce qui est clair, c’est que le choix de remplacer Erick Mathé dans le staff par Yohann Delattre n’a rien apporté sur le plan tactique et de la progression de cette équipe. On a vu les limites de cette équipe. Quand il y a une adversité forte, il n’y a pas vraiment de solution donnée. Et quand on s’est retrouvé face à des techniciens comme Alfred Gíslason (Allemagne) ou Jordi Ribera (Espagne) qui nous posaient des problématiques, on n’arrivait pas à les résoudre. On n’est pas en capacité à répondre, à s’adapter. »

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Comme cette incapacité du sélectionneur, mis à ce poste en 2020 alors qu'il n'a aucune expérience, à changer le système défensif lors du match face à l’Allemagne où les Bleus, bien regroupés juste devant leur zone, n’ont jamais su déjouer les missiles longue distance envoyés par Knorr ou Grgic. Ou ce choix de n’embarquer qu’un seul demi-centre de métier à l’Euro après la blessure de Nedim Remili. « Et puis, sur le plan offensif, on a marqué beaucoup de buts. Mais c’est surtout beaucoup de buts sur le jeu rapide, le jeu transition, reprend Jérôme Fernandez. On a eu du mal sur l’attaque placée. »

Une remise en cause globale du handball français ?

Interrogé par beIN Sports sur son avenir après l’élimination des Bleus, Guillaume Gille n’a pas voulu s’étaler. « On l’a pointé, comme on pointe Didier Deschamps, comme on a pointé Claude Onesta. Je pense que les responsabilités sont partagées. Il faut qu’on se remette tous en cause pour améliorer les process, améliorer notre fonctionnement entre les clubs professionnels, la fédération. C’est important parce que c’est l’avenir de notre sport, pour aller chercher des droits de TV beaucoup plus importants et pour faire que notre équipe de France, demain, puisse gagner aussi des titres. Ça doit être une dynamique commune. »

Car ces désillusions enchaînées des Bleus pourraient-elles avoir des conséquences encore plus importantes sur l’ensemble du handball français ? Nos trois experts n’y croient pas. « Le fait d’être moins performant en ce moment, à court terme, je ne pense pas que ça va venir particulièrement toucher les clubs, assure Alain Aubard. Il n’y a pas eu de répercussions à la hausse quand on a gagné des titres. » « Je suis assez serein sur le fait que ça n’aura pas non plus des conséquences négatives très fortes. Et puis, même médiatiquement, ça va être difficile d’en parler moins. »

« Je ne pense pas que la cote d’amour et la dynamique du handball s’arrêtent sur une ou deux compétitions, ajoute l’entraîneur de Nîmes. La force de notre sport, c’est aussi d’avoir une dynamique féminine. On a encore eu une très belle médaille de bronze aux Mondiaux. » La femme, l’avenir de l’homme, on l’a toujours dit.