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« Il y avait de la rage en nous » contre Besiktas, se souvient Jérémy Morel

OL-Besiktas : « Je ne sais pas pourquoi je suis allé presser si haut », se marre Jérémy Morel, improbable buteur en 2017

INTERVIEWAvant OL-Besiktas ce jeudi, l’ex-latéral gauche de l’Olympique Lyonnais (de 2015 à 2019) revient sur son seul but inscrit dans le Rhône. Une éclaircie décisive lors du chaotique précédent choc contre le club turc en Ligue Europa, le 13 avril 2017
Jérémy Laugier

Propos recueillis par Jérémy Laugier

L'essentiel

  • L’Olympique Lyonnais accueille ce jeudi (21 heures) Besiktas pour un choc de Ligue Europa « classé à un très haut niveau de risque », en raison du violent précédent entre les supporteurs des deux clubs, le 13 avril 2017 à Décines.
  • Non seulement Jérémy Morel était sur la pelouse du Parc OL ce soir-là, mais l’ancien latéral gauche avait inscrit à cette occasion le seul but de ses quatre années lyonnaises, lors du quart de finale aller de Ligue Europa arraché en fin de rencontre (2-1).
  • Pour 20 Minutes, celui qui est désormais formateur au sein du FC Lorient revient sur cette chaotique soirée, sur son improbable but décisif, mais aussi sur cette période lyonnaise avec Bruno Genesio et sur sa perception du fameux gang des Lyonnais.

L’improbable héros d’une soirée cauchemardesque. Tous les supporteurs lyonnais associent encore le nom de Jérémy Morel au précédent affrontement contre Besiktas au Parc OL (2-1). Avant ce nouveau choc de Ligue Europa, ce jeudi (21 heures), que redoutent tant les autorités et la direction du club, l’ancien latéral gauche revient pour 20 Minutes sur son unique but en quatre saisons à l’OL, le 13 avril 2017, en quart de finale aller de Ligue Europa, et sur les rixes, ayant précédé, entre supporteurs turcs et lyonnais.

A 40 ans, Jérémy Morel vit à présent à Lorient, où il a bouclé sa carrière professionnelle en Ligue 1 en 2022, et où il a commencé sa nouvelle vie d’entraîneur dans les catégories jeunes la saison passée. L’ex-international malgache se confie aussi sur cette intense campagne européenne de 2017, sur son attachement au management de Bruno Genesio et sur les interrogations qui accompagnent depuis une dizaine d’années le fameux gang des Lyonnais dans le vestiaire de l’OL.

Jérémy Morel n'a pas forcément passé que des bonnes soirées contre Kylian Mbappé et le PSG, durant ses années lyonnaises.
Jérémy Morel n'a pas forcément passé que des bonnes soirées contre Kylian Mbappé et le PSG, durant ses années lyonnaises. - C. Saidi/SIPA

Comment vous êtes-vous retrouvé entraîneur principal des U18 du FC Lorient, et désormais coach adjoint des U19 chez les Merlus ?

A la fin de ma carrière professionnelle, je songeais à passer mes diplômes d’entraîneur. Et puis j’ai pu passer trois semaines aux côtés de Bruno Genesio à Rennes et de Paulo Fonseca à Lille pour voir leur fonctionnement, et comprendre si ce métier pouvait me plaire. J’ai vécu deux superbes expériences qui m’ont conforté dans mon choix. Je me demandais juste si j’allais être assez patient pour travailler avec des jeunes. Je me découvre à leurs côtés, même si j’aimerais à un moment accéder au monde pro.

Ce monde du football professionnel, vous l’avez connu comme joueur pendant près de vingt ans. Quelle place occupe le chaotique OL-Besiktas du 13 avril 2017 dans tous vos souvenirs ?

Encore aujourd’hui, je me souviens surtout de l’agacement qui prédominait chez nous, les joueurs, en raison de tous les incidents ayant éclaté hors terrain. C’était tellement dommage, on est devenu des spectateurs énervés par tout ça. On se posait 10.000 questions quant aux personnes qu’on connaissait dans les tribunes à ce moment-là. Mon petit frère était au match avec son fils de 5 ans, donc j’espérais qu’ils n’avaient pas de problème. La donne est quand même bien différente dès que les enfants sont là… Et quand le match arrive, ça te donne une âme supplémentaire, l’envie d’en découdre.

Au vu des multiples débordements entre supporteurs ayant retardé le coup d’envoi de 45 minutes, étiez-vous rassuré pour vos proches quand le match a débuté ?

Oui, on a pris le temps d’avoir toutes les infos. Il y a eu un moment de flottement et on a pu échanger des messages avant de se reconcentrer sur le match. Le bilan aurait pu être bien pire. Après ça, il y avait plus que de la volonté en nous, c’était de la rage vu comme le spectacle était un peu gâché par tous ces problèmes-là. On se disait : « Vous avez voulu faire les imbéciles, et bah on va essayer de vous le rendre sur le terrain. »

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L’OL est vite mené (0-1, 15e), puis Corentin Tolisso égalise (1-1, 83e). Dans quel monde vous retrouvez-vous dans la foulée en pleine surface turque à faire le pressing sur le défenseur puis sur le gardien pour inscrire le but décisif ?

Il nous fallait la victoire pour voyager à Istanbul « plus sereinement », et je me suis dit que j’avais encore du jus. Donc si jamais je pouvais mettre un coup de pression… Là, je suis l’action. Pourquoi est-ce que je vais presser si haut ? Franchement, je n’en sais rien (sourire). J’ai l’impression que l’action me demande d’y aller, que c’est le moment pour surprendre l’adversaire, et ça a été salvateur. Les trois quarts du temps, ce sont les joueurs offensifs qui surprennent, et là ça a été un défenseur.

Vous avez inscrit ce soir-là votre unique but en 139 matchs sous le maillot de l’OL. Vous avez bien choisi votre moment, sur un bouillant quart de finale européen…

Oui, c’est rigolo, et encore aujourd’hui, quand je croise des supporteurs de l’OL, c’est souvent ce match-là qui revient dans la discussion. Je retiens mon expérience globale de quatre années top à Lyon, et je me rends compte que finalement, les gens ne pensent qu’à cette action-là.

Comment avez-vous vécu cette qualification épique aux tirs au but lors du match retour à Istanbul ?

Je me rappelle qu’à la fin du match, j’avais vraiment mal au crâne. Il y avait un bruit assourdissant durant quasiment toute la rencontre. On avait beau crier à un mètre d’un partenaire, on ne s’entendait pas. Ça a été le match le plus « bruyant » de toute ma carrière, et ça donne à la qualif une saveur spéciale. Se sortir d’un match comme ça, ça nous a donné beaucoup de force.

Corentin Tolisso et Jérémy Morel félicitent Alexandre Lacazette, buteur lors du match retour à Istanbul, avant que l'OL n'obtienne sa qualif aux tirs au but.
Corentin Tolisso et Jérémy Morel félicitent Alexandre Lacazette, buteur lors du match retour à Istanbul, avant que l'OL n'obtienne sa qualif aux tirs au but.  - A. Andrieu/Sipa

La direction de l’OL a choisi de fermer le dernier anneau du stade jeudi, pour davantage contrôler la sécurité, avec une configuration à 30.000 spectateurs et essentiellement des abonnés. Aurait-il fallu en faire de même en 2017 ?

C’est toujours hyper facile de juger après coup. Quand les émeutes ont éclaté au stade en 2017, on a pu se dire que ça n’avait pas été malin de vendre toutes ces places au grand public. Mais je considère que quand on rentre dans un stade, c’est pour supporter son équipe, pour un spectacle. Donc c’est malheureux de devoir se poser ces questions-là, de réfléchir à la fermeture d’une partie du stade car il y aurait des risques. Le spectacle va en pâtir. C’est dommage d’en arriver là mais avec ce qui s’est passé il y a sept ans, c’est peut-être la meilleure solution.

Vous n’avez quasiment connu que Bruno Genesio durant vos quatre saisons lyonnaises. Quel bilan dressez-vous de son long passage qui n’a pas fait l’unanimité aux yeux des supporteurs ?

Je n’arrivais pas trop à comprendre pourquoi il était autant critiqué à Lyon. Si on avait mis d’autres coachs avec un nom, ça n’aurait peut-être pas eu cet impact-là… Bruno a un très bon rapport humain avec ses joueurs et c’est quelque chose qu’il a en lui, il n’a pas eu à le travailler. Quand il te demande si ça va, ça n’est pas pour te faire plaisir, il espère vraiment que ça va pour toi. J’ai bien aimé son management de groupe. Si on doit avoir des remords sur une saison, c’est cette Ligue Europa 2017 où on se fait sortir en demie par l’Ajax Amsterdam. Je pense qu’on avait l’équipe pour aller au moins en finale, avec un groupe top et une année exceptionnelle sur le plan humain. Mais il y a eu une disette du côté des titres.

Depuis une dizaine d’années, autour de Lacazette, Tolisso, Lopes et d’autres, revient cette idée de « gang des Lyonnais ». Est-ce si dur que ça de s’intégrer à l’OL quand on n’a pas été formé à Lyon, comme le pointait Claudio Beauvue à votre époque ?

Je pense que c’est grossi par l’opinion générale mais il ne faut pas occulter le truc non plus. Personnellement, j’avais la chance dans un sens d’avoir mon permis de conduire suspendu en arrivant à Lyon (sourire). Ça fait que Jordan Ferri, qui habitait près de chez moi, m’emmenait à l’entraînement la première année. Je connaissais Christophe Jallet de l’époque lorientaise, et comme il était beaucoup avec Clément Grenier et Maxime Gonalons, ça a facilité mon intégration. J’ai demandé à ce soi-disant « gang des Lyonnais » si les gars se rendaient compte de ça. Ils me disaient que non, ils ne comprenaient pas cet acharnement. Je leur ai conseillé de s’ouvrir davantage.

Mais comment expliquez-vous ce phénomène qui semble fragiliser la vie du vestiaire lyonnais encore aujourd’hui ?

J’ai un peu connu ça sur mes premières années à Lorient : quand tu es jeune, tu as tendance à rester avec les joueurs avec qui tu as été formé, tu ne vas pas t’ouvrir aux autres. On ne va pas leur reprocher ça : ils se connaissent depuis tout petit, ils ont fait toutes leurs classes ensemble et ils ont la chance d’arriver ensemble dans le monde pro, donc ce sont forcément des liens d’amitié solides. Pour moi, ça n’était pas volontaire de leur part. C’était juste tellement ancré en eux d’être regroupés qu’ils ne se rendaient pas du tout compte qu’ils pouvaient blesser tel ou tel coéquipier. Et au-delà des joueurs, « Coco » Tolisso, « Alex » Lacazette, « Antho » Lopes et Maxence Caqueret sont tous des belles personnes avec qui je suis encore en contact.

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Cinq ans après avoir quitté l’OL, continuez-vous de suivre assidûment ses matchs ?

Je n’ai pas trop le choix car mon petit dernier de huit ans est né à Lyon et est fan de l’OL. Il y a bagarre parce que son frère aîné, né à Marseille, est pour l’OM et ne peut pas se voir Lyon. C’est assez épique à la maison (rires). Avec John Textor, l’OL a pris une trajectoire totalement différente par rapport à ce que j’ai connu sous Jean-Michel Aulas. J’étais dégoûté de voir où en était Lyon sur la phase aller en 2023-2024. Je me répétais que ça n’était pas possible, que ça n’était pas un club qui pouvait s’écrouler. Et puis la deuxième partie de saison m’a fait kiffer.