Ligue Europa : L’OL doit-il flipper d’accueillir les supporters de l’Olympiakos, Besiktas et Francfort ?
FOOTBALL•L’Olympique Lyonnais effectue son grand retour sur la scène européenne, ce jeudi (21 heures) contre l’Olympiakos. A l’image du club grec, le tirage au sort de cette Ligue Europa a de quoi faire stresser l’OL et les autoritésJérémy Laugier
L'essentiel
- L’Olympique Lyonnais entame sa campagne de Ligue Europa ce jeudi (20h45) avec la réception de l’Olympiakos, dans un huis-clos partiel au Parc OL.
- A l’image de cette première affiche contre ce club grec avant tout réputé pour la ferveur de ses ultras, l’encadrement des supporteurs adversaires sera un enjeu majeur pour l’OL et pour les autorités françaises durant cette Ligue Europa, puisque suivront à Décines Besiktas et l’Eintracht Francfort.
- La venue à Lyon le 24 octobre du club stambouliote s’annonce particulièrement tendue, au vu des graves incidents ayant émaillé leur dernier affrontement européen, il y a sept ans et demi.
Pour son retour sur la scène européenne, deux ans et demi après un quart de finale de Ligue Europa contre West Ham (1-1, 0-3), l'OL a été gâté lors du tirage au sort. Dans cette nouvelle formule de la Ligue Europa, le club lyonnais va ainsi accueillir au premier tour les Grecs de l’Olympiakos ce jeudi (20h45), puis les Turcs de Besiktas et les Allemands de l’Eintracht Francfort.
Hormis sans doute l’ultime réception de Ludogorets (Bulgarie), tous ces matchs peuvent être considérés à risques, au vu de la réputation des groupes ultras accompagnant ces adversaires. De quoi flipper du côté de la direction de l’OL et des autorités, surtout lorsqu’on connaît l’explosif antécédent avec Besiktas depuis 2017, non ? 20 Minutes fait le point sur ces trois rendez-vous au Parc OL.
L’Olympiakos comme à la maison ?
La direction de l’OL a pris contact en juillet avec les groupes de supporteurs des deux virages pour leur rappeler qu’ils seraient interdits de stade pour le premier match ce jeudi, en raison d’un huis clos partiel. Certains avaient oublié cette sanction de l’UEFA. Et pour cause, celle-ci remonte aux incidents ayant suivi la chaotique élimination contre West Ham en avril 2022. La jauge du Parc OL est donc pour l’occasion quasiment divisée par deux (de 55.000 à 28.500). Dans ce contexte délicat et au vu de la dynamique négative en Ligue 1 (4 points pris sur 15), l’affluence pourrait être inférieure à 25.000 spectateurs à Décines.
L’absence (officielle) de tous les ultras lyonnais aura-t-elle pour conséquence de nous offrir 90 minutes de chants grecs pour cette entame en Ligue Europa ? Environ 1.000 supporteurs de l’Olympiakos sont en tout cas attendus dans le parcage visiteur. « Le club est toujours bien suivi dans toute l’Europe par ses fans, qui plus est après ce moment historique du sacre en Ligue Europa Conférence à Athènes en mai, explique Dimitris Tomaras, journaliste grec présent à Lyon pour le média Gazzetta.gr. Il faut savoir que ces supporteurs ne sont pas du genre à créer des problèmes. Ils sont le plus souvent bien organisés pour se rendre au stade sans incident. » L’absence des virages lyonnais réduit-elle donc quasiment à néant tout risque de débordement ?
« Ça n’est pas le PAOK Salonique, qui a une proportion supérieure de profils de hooligans, complète Martial Debeaux, journaliste tenant le compte X Olympiakos France. J’étais dans le parcage de l’Olympiakos à Nantes en 2022 où nous n’étions que 500 personnes, et où tout s’était bien passé. Je serais vraiment très surpris qu’il y ait des incidents à Lyon, d’autant qu’il n’y a aucun antécédent entre les deux clubs. »
Besiktas, le rendez-vous de tous les dangers ?
Côté antécédents, on sera par contre fourni avec la réception de Besiktas le 24 octobre. Dans la foulée du tirage au sort de la Ligue Europa, des Turcs ont annoncé la couleur, en postant une photo sur les réseaux sociaux avec une banderole « Êtes-vous prêts, les ultras lyonnais ? Un deuxième round ? ». Une référence au 13 avril 2017, lorsque de multiples bagarres avaient éclaté autour du Parc OL avant le quart de finale aller OL-Besiktas.
Des centaines de Lyonnais situés dans le virage sud avaient ensuite dû foncer sur la pelouse pour fuir les bombes agricoles et pétards lancés par de nombreux fans de Besiktas situés au-dessus d’eux, ce qui avait provoqué un décalage de 45 minutes du coup d’envoi. Car en raison du manque d’anticipation de l’OL sur sa billetterie, le stade comptait plus de 20.000 supporteurs de Besiktas ce soir-là, dont beaucoup résidaient en France et en Allemagne.
La leçon a été retenue par le club, qui réfléchit actuellement aux meilleurs moyens de privilégier ses abonnés et ses sympathisants (via le programme MyOL) pour ne pas risquer de rééditer cette soirée du 13 avril 2017, désastreuse malgré la victoire 2-1. La billetterie pour ce choc reste à ce jour intégralement fermée. Alors, à quel point le risque d’un « round 2 » existera-t-il dans un mois, alors que la préfecture du Rhône sera peut-être tentée de faire interdire un parcage turc de 2.750 membres ?
« Les supporteurs de Besiktas n’ont rien oublié et il pourrait y avoir une atmosphère de revanche, explique Yusuf Kenan Calik, journaliste pour Sky Spor et Ekol TV vivant à Istanbul. Mais si un problème organisationnel ne se répète pas, on n’aura pas les mêmes images qu’il y a sept ans. Le risque le plus grand sera selon moi la veille au soir à Lyon, où il sera plus dur de canaliser les rencontres entre les deux camps. Mais les ultras turcs ont beau avoir le sang chaud, ils n’ont pas été impliqués dans des débordements depuis ce match à Lyon. »
Une nouvelle vague d’affrontements à Lyon et/ou à Décines pourrait avoir des répercussions sur les supporteurs lyonnais… lors de l’affiche Fenerbahçe-OL à Istanbul le 23 janvier. Car oui, le tirage au sort de cette C3 est bouillant, y compris à l’extérieur, où un déplacement de supporteurs lyonnais en Azerbaïdjan (pour Qarabag-OL le 28 novembre) s’annonce plus que complexe au vu des actuelles recommandations ministérielles.
Vers une invasion de l’Eintracht Francfort à Lyon ?
S’il y a bien un club en Europe habitué à prendre d’assaut un stade étranger comme Besiktas l’avait fait en 2017 à Décines, c’est l’Eintracht Francfort. En 2013, ils étaient déjà 12.000 supporteurs pour une victoire en Ligue Europa à Bordeaux (0-1). Puis le 14 avril 2022, environ 30.000 fans allemands ont retourné un Camp Nou médusé, ce qui a eu un rôle dans la grosse perf de la bande à Kevin Trapp contre le FC Barcelone (2-3 en quart de finale retour).
« Ça restait un contexte très spécial : les fans du Barça étaient habitués à disputer la Ligue des champions, donc il n’y avait pas un énorme engouement pour ce match de Ligue Europa, se souvient Julian Franzke, journaliste suivant le vainqueur de la Ligue Europa 2022 pour Kicker. A Francfort, il y a eu des années de souffrance en D2 donc il y a une attente folle des supporteurs pour tous ces matchs européens. Là, c’était impressionnant de voir tous ces tee-shirts blancs à Barcelone, tous ces gens ayant racheté des places à tout-va et trouvé un moyen d’être au stade. Il y avait une atmosphère de fête, sans réel incident. »
Ça n’est pas toujours le cas pour les matchs de l’Eintracht, en raison de la présence dans toute l’Europe des Ultras Frankfurt 97 mais aussi de la Brigade Nassau, considérée comme un véritable groupe de hooligans. Les scènes de violence impliquant ces deux groupes ont été fréquentes ces dernières années, avec en point d’orgue le 8e de finale retour de Ligue des champions 2023 entre Naples et Francfort (3-0). Pourtant interdits de déplacement, près de 600 ultras allemands ont débarqué en Italie pour en découdre avec des Napolitains et la police en pleine ville.
Notre dossier sur la Ligue Europa« Cet exemple montre qu’il vaut sans doute mieux que les supporteurs soient dans un stade plutôt qu’en ville afin de les contrôler, estime Julian Franzke. La plupart des fans de l’Eintracht veulent faire la fête, mais il faut reconnaître qu’il y a une minorité violente. Si comme beaucoup de clubs l’OL met en place une politique restrictive sur sa billetterie, je n’imagine pas qu’il y ait ne serait-ce que 10.000 fans allemands à Lyon. » Comme pour Besiktas, et en s’inspirant de la réussite relative du dernier Olympico sur le sujet, l’Olympique Lyonnais a bien coché cette date du 12 décembre contre Francfort, avec un souci particulier accordé au process des éventuelles reventes de places.


















