Ligue 2 : « L’exemple doit toujours venir d’en haut », prêche le président du Stade Lavallois Laurent Lairy
20 Minutes avec•Le dirigeant mayennais, en poste depuis la fin de saison 2021-2022 avec une certaine réussite, expose ses idées sur la manière de gérer un club de footballPropos recueillis par Nicolas Camus
L'essentiel
- Le Stade Lavallois, présidé par Laurent Lairy, est la belle surprise de la saison en Ligue 2, dont il occupe la première place après quatorze journées.
- L’entrepreneur de 56 ans a redressé le club mayennais avec une certaine réussite depuis qu’il est arrivé à sa tête, en mars 2021, et avec une ligne directrice très claire.
- Laurent Lairy met en avant la RSSEE (responsabilité sociale, sociétale, environnementale et économique) comme le cœur de sa gestion, des contrats des joueurs à l’accueil des supporters adverses, du centre de formation aux pelouses des terrains d’entraînement.
Il est le président du club surprise de cette saison en Ligue 2. Laurent Lairy, entrepreneur de 56 ans, est parvenu en un peu plus de deux ans à redresser le Stade Lavallois de manière spectaculaire. Embourbé en National, le club mayennais est remonté en L2 en 2022, et trône aujourd’hui à la première place. Il pourrait retrouver l’élite pour la première fois depuis 1989. Une réussite qui porte l’empreinte du patron, vraie personnalité avec des idées bien arrêtées sur la façon de gérer un club de football, qu’il aimerait essaimer au niveau national.
Vous ne parlez pas de RSE mais de RSSEE (responsabilité sociale, sociétale, environnementale et économique), dont vous avez fait le cœur de votre gestion au Stade Lavallois. Pourquoi ?
Dans mon expérience d’entrepreneur, je me suis rendu compte qu’une organisation qui réussit arrive à aligner quatre piliers de manière équilibrée : l’ambiance entre collaborateurs, la responsabilité sociétale, tout ce qui compose les sujets de transition écologique, et bien sûr la santé économique. C’est ce que je souhaite porter dans le monde du football.
Comment est-ce que cela se traduit dans votre club ?
C’est déjà offrir aux joueurs des contrats sur plusieurs années et prendre le soin d’accueillir leurs familles. On veut impliquer toutes les parties prenantes, dans le respect, la bienveillance, développer le savoir-être. Quand je mets de banderoles de bienvenue aux supporters adverses, ce n’est pas du marketing, mais pour dire qu’on n’est pas ennemis malgré la rivalité sportive. On a ouvert un espace pour eux, avec nos frites maison, des cafés, des bières sans alcool. Ils sont reçus comme nos supporters. Ce n’est pas le cas partout. Le foot est le sport majeur dans notre société, il doit porter des valeurs pédagogiques, d’engagement, pas de violence ou de haine comme on le voit trop souvent.
Quels retours avez-vous des présidents visiteurs sur cet accueil ?
Je n’ai pas de commentaires. Certains sont peut-être gênés. Mais je les incite à faire la même chose.
Est-ce plus difficile de porter ce discours dans le football ?
Oui, parce qu’on est confronté à des choses… Par exemple, on voit de plus en plus les supporters adverses parqués dans des cages à filets, ça énerve tout le monde et dès qu’il y a une petite brèche, ça part dans tous les sens. Des kops servent de défouloir. Tout ça créé des tensions et engendre tout ce qu’on peut voir ici ou là. Y compris chez nous. J’ai eu des problèmes avec une dizaine de supporters, quand on a reçu Angers [1re journée, le 5 août dernier], avec des insultes homophobes. Je les ai exclus, quelques semaines plus tard, je les ai reçus pour leur réexpliquer mon projet et leur dire qu’ils étaient à nouveau les bienvenus s’ils étaient dans le bon état d’esprit. On s’est fait confiance, ils sont revenus et depuis tout se passe bien. On est un des rares clubs à n’avoir reçu aucune amende pour un problème en tribunes depuis le début de la saison, j’en suis très fier.
Vous insistez sur le football plaisir, l’a-t-on perdu dans le foot aujourd’hui ?
Je trouve qu’on fait vite la gueule, en tout cas. Il y a une défiance globale, parce que le pilier économique est devenu tellement important qu’on en oublie de porter le reste. J’en reviens à mes quatre piliers, quand on les équilibre, ça libère, ça fait du bien, parce qu’on trouve de l’énergie, du dialogue, et on est beaucoup plus heureux parce qu’on a le sentiment d’apporter quelque chose aux autres.
Cette vision est-elle applicable partout, selon vous ?
Bien sûr. Tous les modèles qui réussissent respectent ces quatre piliers. Je n’invente rien, je le porte juste avec force et vigueur, et si j’arrive à le faire au-delà du Stade Lavallois, je serai un homme heureux.
Que répondez-vous à ceux qui pensent que c’est plus facile dans un « petit » club comme le vôtre ?
Je n’ai jamais encore entendu ça. Cet argument ne tient pas. Il y a de multiples exemples de grandes réussites dans le monde du foot ou de l’entreprise, de groupes multinationaux, comme Lactalis chez nous, qui est quand même numéro 1 mondial du lait et qui porte ces valeurs.
En parlez-vous avec les dirigeants de la LFP ?
A chaque fois que je le peux. L’an dernier on a obtenu le premier prix de la RSE pour la Ligue 2, j’en ai remis une couche. Je ne vis que pour ça (sourire). On dit souvent que le football n’est pas une entreprise comme les autres, certes, mais ça reste un secteur avec de l’humain. Dès lors qu’il y a ça, les valeurs sont toujours les mêmes.
Ça paraît simple dit comme ça… Pourquoi ne l’est-ce pas ?
Encore une fois, parce qu’on a élevé le pilier économique et écrasé la valeur des trois autres. Il faut rééquilibrer les choses, arrêter de dire des choses et faire l’inverse. Sur le sujet environnemental, j’ai un problème : il faut faire attention à notre bilan carbone mais allumer ses projecteurs quatre heures avant le début d’un match, faire de la luminothérapie, mettre de la pelouse hybride pour pouvoir jouer même en cas d’intempéries, etc. Vous ne pouvez pas demander tout et son contraire. Dans notre centre d’entraînement on a remis du gazon naturel, en enracinement profond, avec des bassins de rétention pour être autonome en eau. Ça coûte moins cher et ça participe à la transition écologique. L’exemple doit toujours venir d’en haut. Moi j’essaie de le montrer, à mon modeste niveau.
Où en êtes-vous de votre réflexion sur l’idée d’une participation des parents des jeunes qui sont au centre de formation, qui avait beaucoup fait parler en fin de saison dernière ?
Elle n’a pas changé, je l’ai toujours en tête. Je pense que sur une formation qui coûte environ 40.000 euros par an, demander une participation symbolique aux parents sur des sujets hors contrat (la carte de transport, par exemple), ça a du sens. La formation est un projet tripartite, parents-enfant-club. On a rouvert le centre cette année, sur un modèle restreint, avec 30 joueurs. On les accueille, on les forme, on les accompagne toute la semaine. Ils ne seront pas tous joueurs professionnels mais l’objectif est qu’ils aient appris quelque chose quand ils sortiront. Pour ça, il faut impliquer tout le monde. Je discute avec le DTN Hubert Fournier sur ces sujets, on se comprend. Je n’ai pas encore mis en œuvre cette idée, je ne le ferai qu’avec son accord.
Laval premier de Ligue 2, c’est du surrégime ou la récompense de ce que vous avez mis en place ?
On mérite notre place. On n’est pas une équipe dominante, le championnat de Ligue 2 est très serré cette année, mais ce qui fait notre force est qu’on était prêts très tôt dans la saison, avec un recrutement stratégique. On a recommencé à gagner des matchs en avril dernier, on est toujours sur cette vague. Certains peuvent dire qu’on n’attendait pas Laval ici, ou qu’on n’a pas le niveau de cette première place, mais nous, on sait tout ce qu’on a fait.
Est-ce que vous jouez la montée ?
Remonter, rester, rêver, les trois « R » de notre projet. Quand je suis arrivé on voulait retrouver la Ligue 2 et le football professionnel, c’est fait. Ensuite rêver, c’est permettre à Laval de retrouver l’élite. C’est notre objectif, je l’avais dit il y a trois ans. Ça va un peu vite, tant mieux, on ne va pas refuser les belles aventures que l’on vit. Aujourd’hui il est trop tôt pour parler de ce sujet, mais si jamais ça devait arriver en fin de saison, on l’assumera totalement.
Vos infrastructures pourraient-elles suivre, notamment le stade Francis-Le Basser ?
Il y aura une mise aux normes à faire, Laval Agglomération s’est déjà engagée à la mettre en œuvre. Plus globalement, on est en train de discuter d’un projet de rénovation totale du stade, sur lequel on est sur le point de se mettre d’accord [la capacité serait portée de 9.300 à entre 12.000 et 14.000 places]. De belles choses arriveront avant la fin de l’année 2024. Donc oui, on ne va pas refuser la montée, on est prêts, on a les moyens de le faire. En Mayenne, on n’a pas de grandes villes comme Nantes ou Rennes, mais on a le capital, avec tout un tissu d’entreprises prêtes à nous suivre.


















