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PSG - Lens : « Comme des criminels transférés de prison »… Le cauchemar vécu par les supporteurs lensois au Parc
Violences•En déplacement au Parc des Princes pour assister au match face au PSG, les supporteurs lensois ont été victimes de nombreuses violences et discriminationsAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Lors du match PSG-Lens au Parc des Princes, les supporteurs lensois ont subi un traitement « honteux » et « catastrophique », estiment les Red Tigers.
- Les forces de l’ordre ont bloqué les bus des ultras, exigeant des sorties individuelles pour les fouilles, ce qui a provoqué des affrontements où « certains avaient la tête défigurée » selon les témoignages.
- Après le match, les Lensois ont été contraints d’attendre deux heures sur le parking puis « escortés » jusqu’à Lens dans des conditions décrites comme « pire qu’Alcatraz », avec interdiction de s’arrêter aux aires d’autoroute.
La France ne sait pas gérer les déplacements de supporteurs, saison 18, épisode 3.846. Ce n’est plus une surprise, à intervalles plus ou moins réguliers selon les clubs, au bon gré des préfectures, les fans visiteurs sont interdits de se rendre dans l’antre de l’hôte du soir, comme cela sera le cas pour les Parisiens, le 21 septembre à Marseille. Les Lensois n’ont pas eu droit à ce traitement de faveur, dimanche au Parc des Princes. Ils ont même eu le droit de venir en nombre (1.000) soutenir les Sang et Or, même si un encadré préfectoral encadrait ce déplacement.
Mais leur visite dans la capitale s’est transformée en véritable cauchemar, aucun d’entre eux n’ayant pu voir le match en entier, quand la majorité n’a même pas pu accéder à l’arène parisienne, le fruit d’une « organisation honteuse, catastrophique, volontairement provocatrice, dénonce les Red Tigers, l’un des principaux groupes ultras dans un communiqué. Ce n’est pas un “incident isolé” que nous décrivons, c’est une méthode : mise en scène autoritaire, isolement contrôlé, humiliation publique, violences policières présumées. »
Alors, que s’est-il passé aux alentours de 17 heures ? « En arrivant, j’ai trouvé l’ambiance glaciale, il y avait des CRS et de la sécu partout, mais vraiment partout, comme si on était des criminels qui se faisaient transférer de prison, nous explique Florian*, un supporteur lensois présent sur place et habitué des déplacements. Moi, j’ai pu sortir et entrer dans le stade, mais les forces de l’ordre ont bloqué tous les bus où se trouvaient les ultras, personne ne pouvait sortir, même pour aller aux toilettes. »
« Certains avaient la tête défigurée »
Selon les témoignages que nous avons recueillis, deux CRS bloquent chaque entrée du véhicule et les forces de l’ordre exigent alors des supporteurs lensois présents dans ces cars de sortir un par un afin qu’une fouille intégrale instantanée, pour tenter de dénicher fumigènes, drogues ou autre objets interdits dans un stade, soit réalisée. Une opération pourtant contraire au protocole établi. Des demandes jugées en outre humiliantes par les Lensois, et donc refusées, qui sont restés dans leur car.
« Mais, à un moment donné, ils sont tous sortis et ont voulu accéder à la fouille générale à l’entrée du stade, sauf qu’ils ont tous été bloqués, et de là, c’est parti en cacahuètes », explique Florian. Les CRS, avec le renfort de la Brav-M**, « cette brigade déjà tristement célèbre pour ses violences policières gratuites lors des mobilisations sociales », écrivent les Red Tigers, utilisent alors matraques, gaz lacrymogènes face aux supporteurs lensois.
« Moi, j’ai vu la tête de certains totalement défigurée, méconnaissable, raconte Quentin*, présent aussi dans le parcage lensois. C’est inimaginable tout ce qu’ils ont pris dans la gueule. Pourquoi ils nous ont foutu la Brav-M ? C’est la première fois que, dans un stade de foot, on met la Brav-M pour les supporteurs adverses, on n’a pas compris. La Brav-M, c’est pour en découdre. »
Star-Wars, matraques et escorte
En entendant que les groupes ultras sont bloqués à l’extérieur du parcage, de nombreux supporteurs lensois, déjà présents à l’intérieur du stade, décident, par solidarité, de ressortir alors que le coup d’envoi de la rencontre n’a toujours pas été donné. « On a enlevé les bâches, les drapeaux et on a voulu sortir, reprend Florian. Au début, ils ont voulu nous bloquer en haut du parcage, ce n’était pas normal. Du coup, on a tous forcé. Un steward de chez nous a trébuché dans les escaliers et s’est ouvert le crâne. Il y a un gars de notre groupe qui est vite descendu lui porter secours, sauf qu’il s’est fait choper par-derrière par la sécurité, qui pensait qu’il était en train de le frapper. »
Ce groupe sortant du Parc s’est également retrouvé bloqué, entre le stade et le parking où se trouvaient les bus, au milieu de « bonhommes Star Wars équipés avec des matraques, cagoulés, avec des boucliers et des casques », rapporte Florian. Après l’intervention du capo des Red Tigers, ils finissent par rejoindre le parking après la mi-temps. Les rares encore présents dans le stade sont, eux, priés de le quitter autour de l’heure de jeu, pendant que Benjamin Parrot, le directeur général du RCL, est descendu parler avec ses supporteurs.
Même si tous les Lensois sont réunis sur le parking, leurs ennuis ne sont pas terminés. Ils ont dû attendre presque deux heures avant de prendre la route en direction de l’Artois. Avec, en invités plus si spéciaux, les forces de l’ordre, qui « escortent » les Sang et Or jusqu’à destination. « Ce n’était pas une escorte, c’était pire qu’Alcatraz ou pire que des prisonniers, à chaque aire d’autoroute, il y avait une voiture de police qui bloquait l’accès, s’insurge Quentin. On ne pouvait pas s’arrêter. On a été considéré comme de la merde, comme du bétail. »
« Les autorités ont cherché à semer le chaos »
Nos deux supporteurs, qui ont des années d’expérience de déplacements pour suivre leur équipe préférée en France et en Europe, sont affirmatifs : c’est la première fois qu’une telle situation se produit. « Qu’il y ait les forces de l’ordre, on peut comprendre, parce qu’on se dit que dans le foot, ça peut vite partir en vrille, ajoute Florian. Mais pourquoi un tel traitement ? En fait, les autorités ont juste cherché à semer le chaos. C’est à cause d’eux que tout est parti. S’ils avaient respecté le protocole… »
Si ces incidents ne vont pas dégoûter Quentin et Florian des déplacements, ils se posent tous les deux la question de l’accueil qu’ils recevront lors du match entre le Paris FC et Lens qui se disputera au stade Jean-Bouin, à quelques mètres du Parc des Princes. « Franchement, ça fait peur de repartir dans la capitale, regrette Florian. Le stade, il est à 100 mètres, on va avoir le même traitement ? »
*Les prénoms ont été changés
**Contactée, la Préfecture de police n’avait pas encore répondu à nos sollicitations


















