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Joseph Oughourlian, un financier intransigeant entré en guerre contre la LFP

PSG-Lens : « Il est dans le vrai »… Joseph Oughourlian, un financier intransigeant entré en guerre contre la LFP

portraitLe propriétaire et président du RC Lens est devenu la voix de la contestation contre le patron de la LFP Vincent Labrune, et indirectement son homologue Nasser Al-Khelaïfi.
Nicolas Camus

Nicolas Camus

L'essentiel

  • Joseph Oughourlian, propriétaire et président du RC Lens, mène ouvertement depuis la semaine dernière une campagne de contestation contre Vincent Labrune, président de la LFP, et indirectement le patron du PSG Nasser Al-Khelaïfi.
  • Oughourlian prône un changement à la tête de la Ligue de football pour « retrouver une dynamique collective, recentrée sur les intérêts de tous les clubs et non sur ceux d’un petit cercle d’influence ».
  • Portrait de cet homme d’affaires expérimenté de 53 ans, dirigeant du fonds d’investissement Amber Capital, qui ne semble pas du genre à lâcher le morceau avant d’avoir obtenu gain de cause.

Joseph Oughourlian fera-t-il le déplacement au Parc des Princes, ce dimanche, pour assister au match de son équipe de Lens face au PSG ? On serait bien curieux de le suivre, en tout cas, surtout au moment de la rencontre avec Nasser Al-Khelaïfi. Car depuis une semaine maintenant, le dirigeant lensois est devenu la figure de la contestation contre la Ligue de football professionnel (LFP) et son président Vincent Labrune, dont le boss parisien est proche.

C’est d’ailleurs l’un des principaux griefs exprimés par l’homme d’affaires français d’origine arménienne et libanaise, 53 ans, sorti de l’ombre en février dernier avec la révélation d’extraits d’une réunion sur les droits TV dans lesquels il accuse le Qatarien, également patron de beIN Media Group, de « conflit d’intérêts » et de vouloir « intimider tout le monde ». Le grand public a alors découvert ce financier avisé, de nature plutôt discrète mais qui n’hésite jamais à défendre ses points de vue.

« Changer le curé »

S’il ne cherchait pas alors cette mise en lumière soudaine, Joseph Oughourlian a en revanche savamment orchestré celle des derniers jours. Une première salve au bazooka dans Le Figaro le 5 septembre en compagnie du propriétaire de l’OM Frank McCourt pour poser les bases (« c’est une honte que nous en soyons arrivés là »), le SAV de cette interview au micro de RMC lundi puis un post sur LinkedIn très offensif mardi, à la veille du renouvellement de trois membres au Conseil d’administration de la LFP.

« Remettre l’église au milieu du village… et changer le curé. Je me dois de défendre l’intérêt de mon club mais aussi celui du football français. Et aujourd’hui, cela passe par un changement à la tête de la Ligue, charge-t-il. La LFP doit retrouver une dynamique collective, recentrée sur les intérêts de tous les clubs et non sur ceux d’un petit cercle d’influence. »

« Il ne recherche pas le conflit, mais... »

Ceux qui le connaissent ne sont pas forcément surpris par cet assaut. « « C'est quelqu'un d'engagement, un vrai professionnel, cohérent et très transparent, décrit Thierry Dujardin, qui était le président de la société régionale d’investissement Side Invest au moment où celle-ci est entrée au capital du RCL en 2023. Je connaissais les doutes qu'il avait depuis un certain temps sur les difficultés du foot français. Il ne recherche pas le conflit, mais s'il juge qu'il faut le faire parce que c'est l'intérêt de tout le monde, il y va. Là, il considère que la situation est grave et qu'il est nécessaire de sortir du bois. »

S’il assure que « beaucoup de présidents de clubs » sont d’accord avec lui sans le dire publiquement, le chef de file de la rébellion a perdu une première bataille lors du vote de mercredi. Il y avait quatre candidats pour trois postes au CA, et celui qui n’a pas été élu se nomme Jean-Michel Roussier, le seul opposant déclaré à la direction actuelle. Un résultat qui ne changera toutefois rien à ses intentions.

« « Joseph est quelqu’un qui sait ce qu’il dit. Quand il parle comme il le fait ces derniers jours, c’est qu’il est conscient des difficultés actuelles et des conséquences des décisions qui ont été prises, et qu’il veut aller au bout, soutient l’ancien président lensois Gervais Martel. Je trouve qu’il est dans le vrai dans ce qu’il a dit sur la Ligue et Vincent Labrune. » »

En réalité, l’opposition ne date d’hier. Membre de l’organe dirigeant de la Ligue, il en a démissionné en septembre 2024, en désaccord profond sur la gestion du foot français par ses collègues. Il n’aura pas réussi, finalement, à faire infuser ce qu’il pensait être utile, à savoir son « expérience dans les affaires » et son « regard financier, très business ».

Car Joseph Oughourlian a acquis une solide réputation dans le milieu des affaires. Petit-fils d’un premier vice-gouverneur de la Banque du Liban qui avait fui le génocide arménien, fils d’un neuropsychiatre renommé, il est passé par Sciences Po Paris entre 1989 et 1992, avant d’intégrer HEC pour approfondir sa passion naissante pour la finance. Il est ensuite parti à New York pour le compte de la Société Générale, y a créé un fonds d’investissement, qu’il a extrait en 2005 pour se mettre à son compte. C’est ainsi qu’est née l’entité Amber Capital, qu’il dirige toujours avec pour mot d’ordre « l’activisme ».

Cette stratégie consiste à devenir actionnaire minoritaire d’une société pour tenter d’en faire évoluer la stratégie ou la gouvernance. Tiens tiens. « Il veut changer les choses, laisser les sociétés dans lesquelles il passe en bon état de marche », dit de lui Colette Neuville, présidente de l’Association de défense des actionnaires minoritaires, dans un portrait de la revue XXI consacré à l’homme d’affaires. Son coup le plus retentissant concerne le groupe Lagardère. Au terme d’une longue bataille, il a réussi avec ses collaborateurs à faire sauter la mainmise d’Arnaud Lagardère, héritier dont il ne goûtait pas les méthodes, pour transformer l’entreprise familiale en société par actions. Cela aboutira à la prise de pouvoir de Vivendi et de Vincent Bolloré.

La guerre ouverte, jusqu’où ?

Et le foot, dans tout ça ? Pas vraiment une flamme qui remonte à l’enfance, selon ceux qui l’ont côtoyé plus jeune, mais plutôt un intérêt qui a pris de plus en plus de place depuis son rachat du Millonarios FC, en Colombie (le pays d’origine de sa mère), en 2015. Il est également devenu actionnaire majoritaire du club italien de Padoue, après s’être entre-temps lancé dans l’aventure lensoise. Celle-ci est à part, puisque le RCL est le seul club dont il assure la présidence. « C’est un homme qui a appris à aimer son club », jure Gervais Martel. On a tendance à le croire, quand on sait qu’Oughourlian s’amuse parfois à jouer les remakes de « patron incognito » en tribunes au milieu des supporters.

Ces derniers, s’ils lui sont reconnaissants d’avoir sauvé le club des mains de Hafiz Mammadov et de l’avoir replacé sur la carte de la Ligue 1, ont également pu exprimer leur mécontentement à son encontre, notamment l’année dernière. Les départs successifs des cadres de l’équipe qui avait terminé à la 2e place en 2023 (Fofana, Openda, Danso, Samba, Danso, Frankowski), du DG Arnaud Pouille et de l’entraîneur Franck Haise ont fait monter la grogne chez certains. « Il lui a été reproché de vendre des joueurs, mais justement, c’est parce qu’il avait anticipé cette baisse dramatique des revenus », défend son prédécesseur, qui ne cesse de louer sa gestion des affaires.

« Il regarde les recettes avant les dépenses »

« C’est un vrai patron », observe Michel Savin. Le sénateur (LR) de l’Isère s’est impliqué ces dernières années dans la gestion du football français, à travers diverses auditions et missions d’information. A ce titre, il a reçu deux fois longuement le président lensois. Il dépeint un dirigeant « sérieux », qui « regarde d’abord les recettes qu’il va avoir avant de dépenser ». Ce qui n’est pas le cas de tout le monde, semble-t-il. Michel Savin a perçu les déclarations de l’homme d’affaires « de façon positive, constructive, pour préparer la suite ».

« C’est une manière de dire "il faut qu’on se retrousse les manches et qu’on joue collectif, nous, les présidents de club", face aux deux ou trois personnes qui, aujourd’hui, pilotent la Ligue », appuie-t-il. Joseph Oughourlian peut-il être celui qui emmène le reste de la troupe ? « Oui, il l’a démontré », tranche le sénateur.

L’entourage de Vincent Labrune, pour sa part, ne voit dans tout ça qu’une « minorité bruyante qui s’agite ». Sans viser nommément Oughourlian, les proches du président de la LFP nous répondent que l’élection de mercredi est bien la preuve que « les prétendus problèmes de gouvernance dénoncés par certains ne sont qu’une fiction ». « Cette minorité se nourrit du conflit, attise les tensions et cherche à exister par la polémique, souvent avec une bonne dose de mauvaise foi », ajoutent-ils.

Labrune pas plus inquiet que ça

Jusqu’où ira cette guerre désormais ouverte ? Selon L’Equipe, le patron de la Ligue et son directeur général Arnaud Rouger ont de toute façon dans l’idée de quitter leur poste au moment de l’adoption par l’Assemblée nationale de la grande réforme du foot français, qui prévoit plus de pouvoir pour la FFF et de responsabilités pour les clubs – et donc la fin de la LFP. Prévu en novembre, le vote des députés pourrait toutefois être repoussé à cause de la chute du gouvernement Bayrou.

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Joseph Oughourlian et ceux qui le suivent attendront-ils cette issue qui demeure incertaine ? Le patron du RC Lens voit-il déjà plus loin, en se positionnant ainsi ? « Je le connais assez bien, et je suis certain que ce n’est pas par ambition personnelle, mais par conviction personnelle », observe Thierry Dujardin, en contact régulier avec l'intéressé. Et d'après ce que l'on a compris, ce dernier n’est pas du genre à lâcher avant d’avoir obtenu gain de cause.

« En quittant le CA de la Ligue, il voulait retrouver son droit de parole. Donc il parle, il dit ce qu’il pense et il a bien raison, conclut Gervais Martel. Vous savez, quand on est très intelligent, comme c’est son cas, on percute très vite les forces et les faiblesses du football. »