LFP : « C’est factuellement faux »… Le sénateur Savin s’étouffe devant la supposée baisse de salaire de Vincent Labrune
INTERVIEW•Dans la foulée de l’annonce par la LFP de la baisse de salaire de son président Vincent Labrune, le sénateur en charge de la mission d’information sur l’arrivée de CVC dans le football français nous livre une tout autre version, moins glorieusePropos recueillis par Aymeric Le Gall
L'essentiel
- L’annonce par la Ligue de football professionnel d’une baisse de salaire de 30 % du président Vincent Labrune ne passe pas chez Michel Savin, le sénateur en charge de la mission d’information sur l’intervention des fonds d’investissement dans le football français.
- Selon lui, la revalorisation octroyée au patron de la LFP n’avait donc pas vocation à perdurer au-delà de 2024, et ce dernier aurait donc dû voir son salaire revenir à son niveau initial, c’est-à-dire 400.000 euros annuels.
- Le nouveau salaire annoncé de 840.000 euros est donc synonyme d’augmentation, « au moment même où la Ligue annonce devoir faire des économies », regrette le sénateur auprès de 20 Minutes.
Le coup de com n’aura pas fonctionné bien longtemps. Alors que la Ligue de football professionnel annonçait mardi que son président Vincent Labrune et son directeur général Arnaud Rougé avaient consenti une baisse substantielle de salaire de 30 %, à titre d’exemple dans le cadre d’une cure d’austérité à venir à la Ligue, celle-ci s’est rapidement vue contredite par les sénateurs Laurent Lafon et Michel Savin. Respectivement président et rapporteur de la mission d’information sur l’intervention des fonds d’investissement dans le football français, les deux hommes ont publié un communiqué de presse pour rétablir quelques vérités sur le sujet.
« Ils (les sénateurs) tiennent à préciser qu’il s’agit d’une diminution en trompe-l’œil appelée à grever durablement les recettes d’un football français en manque de financement […]. Les travaux menés par la mission d’information ont en effet permis de constater que l’augmentation du salaire du président de la LFP de 420.000 euros à 1,2 million d’euros votée en septembre 2022 a été financée de 2022 à 2024 non pas sur le budget de la Ligue, mais sur l’enveloppe d’honoraires définie au sein de l’apport d’1,5 milliard d’euros versé par CVC dans le cadre de sa prise de participation dans la société commerciale. »
Contacté par 20 Minutes, le sénateur LR Michel Savin a accepté de revenir en détail sur cette étrange annonce de la LFP. Pour lui, il est « factuellement faux » de parler d’une baisse de salaire puisque la Ligue va devoir doubler le montant qu’elle versait jusque-là à son président.
Pourquoi avoir tenu à publier ce communiqué dans la foulée de l’annonce de la baisse du salaire de messieurs Labrune et Rougé ?
On ne pouvait pas ne pas réagir face à une annonce qui nous paraît assez hallucinante. Lors de nos travaux, on a appris que les responsables de la Ligue avaient perçu, au moment de la création de la société commerciale de la LFP, une partie de l’enveloppe de 37 millions d’euros allouée à ceux qui avaient travaillé sur l’opération CVC, notamment les banques et les cabinets d’affaire. Et qu’il avait été acté qu’une partie de cette enveloppe irait vers les salariés de la LFP qui s’étaient investis dans ce dossier. Sur les 8,5 millions alloués à la LFP, trois millions étaient réservés pour M. Labrune, un million pour M. Rougé et 500.000 pour dix autres salariés ayant pris part à l’opération.
Les quatre autres millions restant devant servir à financer la hausse de salaire du président Labrune…
C’est cela. Lors de nos investigations au siège de la Ligue, on a voulu savoir où était le différentiel entre les 4,5 millions de prime actés et les huit millions de crédit qui avait été fléché au départ. Et on nous a expliqué que la différence, c’est le salaire du président, acté par le conseil d’administration en 2022. Donc, pour nous, cette augmentation salariale n’avait donc pas vocation à perdurer au-delà de 2024, terme du mandat précédent du président de la LFP.
Son salaire aurait donc dû revenir à son montant initial de 400.000 euros. Etonnant dès lors de parler d’une baisse de salaire, comme l’a fait la Ligue mercredi, non ?
Oui, tout à fait. L’augmentation initiale votée en 2022 ne provenait pas des caisses de la Ligue mais était directement liée à l’enveloppe allouée dans le cadre du contrat de la création de la société commerciale. Pour nous, de ce qu’on comprend en lisant les documents et les délibérations, le salaire de M. Labrune aurait effectivement dû revenir à 400.000 euros. Donc, quand la Ligue annonce que M. Labrune va baisser son salaire de 30 %, pour nous, c’est factuellement faux. A l’arrivée, la LFP a plus que doublé le montant qu’elle versait jusque-là à son président (de 400.000 à 840.000 euros). C’est donc une charge supplémentaire pour la Ligue. On a parlé d’annonce en trompe-l’œil dans le communiqué, mais c’est plus que ça en réalité : au moment où la Ligue annonce devoir faire des économies, elle double dans le même temps le salaire de son président. Ce qui me surprend le plus là-dedans, c’est que tous les présidents de club ont à nouveau voté mercredi pour cette augmentation et que personne ne trouve rien à y redire.



















