Ligue 1 : Droits TV en chute, finances en berne… Faut-il craindre une vague de faillite chez les clubs français ?
Des sous, SVP•La baisse drastique des droits de diffusion de la L1 a un impact direct sur des clubs biberonnés à cette ressourceNicolas Stival
L'essentiel
- Face à la baisse des droits TV de la Ligue 1, des dirigeants de clubs s’inquiètent, et leurs supporteurs avec eux.
- La fronde contre les tarifs proposés par DAZN n’a rien pour les rassurer.
- Le risque à court ou moyen terme semble toutefois être davantage l’accélération du phénomène de financiarisation du foot français que des dépôts de bilan purs et simples.
Des fans de Ligue 1 qui ne digèrent pas le tarif à débourser (30 ou 40 euros) pour suivre leur feuilleton favori sur DAZN, le nouveau diffuseur principal du championnat. Des supporteurs de Ligue 2 vent debout contre la programmation de sept matchs sur neuf le vendredi soir. Un club historique qui coule dans les abysses de la Garonne, dont on ne soupçonnait pas la remarquable profondeur avant l’arrivée du sous-marinier Gérard Lopez.
En cette période de rentrée, le paysage du foot français a des allures d’étrange champ de bataille, où quelques protagonistes gambadent sans souci, forts du soutien d’actionnaires puissants, au milieu d’une masse de camarades qui traînent salement la jambe.
Prenez Montpellier, zéro recru au compteur à ce jour et qui cherche à vendre ses bijoux de famille, comme le récent médaillé d’argent olympique Joris Chotard. « Chez moi, il n’y a plus de sous », résumait sans fard le président Laurent Nicollin, le week-end dernier dans Midi Libre.
« Il nous manque 12,5 millions d’euros par rapport à ce qui avait été budgétisé », poursuivait le fils de Loulou, qui soutient toutefois toujours mordicus Vincent Labrune, candidat à sa réélection à la tête de la LFP. « En sachant qu’il en manquait déjà un peu comme toutes les saisons. »
Des budgets bien trop optimistes
La Paillade est sur la paille, mais – maigre consolation – elle n’est pas la seule à galérer. Pas besoin d’avoir fait polytechnique, ou même de détenir un bac scientifique, pour comprendre que pour des clubs accros aux droits TV, la chute de ses derniers fait très mal.
L’improbable course au milliard d’euros a sans surprise produit autant de résultats que l’impossible quête de la chouette d’or. La L1, orpheline de sa tête de gondole Kylian Mbappé, s’est finalement vendue pour 500 millions au duo DAZN (400 millions) – beIN Sports (100 millions), soit le montant le plus bas depuis 2005. Et ce n’est pas le doublement annoncé des droits à l’étranger (160 millions contre 80 jusqu’à présent) qui va consoler les trésoriers.
« En mai, le président de la DNCG Jean-Marc Mickeler s’est vu demander [par des sénateurs] : "qu’est-ce que les clubs doivent mettre dans la case « droits TV » dans leur budget prévisionnel ?", rappelle Pierre Rondeau, spécialiste de l’économie du sport. La réponse a été, deux mois avant la résolution du dossier : "le même montant qu’en 2023-2024". Cela a abouti à des budgets mésestimés. »
Une flopée de clubs menacés
Selon L’Equipe, le futur champion (donc le PSG) peut espérer toucher 22 millions de droits TV nationaux, contre 42,9 millions en 2023-2024. Le 18e et dernier de L1 empochera 5,1 millions au lieu de 14,3 millions… Car non seulement, le gâteau à se partager a fondu, mais en outre, une fois soutirée la taxe Buffet, tout un tas d’acteurs vont taper dedans avant que les clubs puissent y goûter : LFP, FFF et bien sûr le fonds d’investissement CVC, l’ami qui voulait du bien au foot français post-Covid et Mediapro, mais qui lui rappelle aujourd’hui qu’il n’est pas une association de philanthropes.
« Pour la saison prochaine, il faudra un retour à l’équilibre et une solvabilité des comptes, reprend Pierre Rondeau. C’est par le mercato de l’été prochain qu’il faudra compenser les pertes. Il faudra aussi trouver des recettes annexes. »
Outre Montpellier, d’autres clubs dirigés « à l’ancienne » par des présidents certes aisés mais pas milliardaires peuvent-ils trembler, comme Brest, Lens, Nantes, Le Havre, ou les « modestes » promus Auxerre et Angers ? Pas dans l’immédiat, selon l’économiste, qui écarte a priori un combo catastrophique façon Mediapro + pandémie du début de la décennie :
« « Effectivement, les droits TV sont plus faibles et l’abonnement plus onéreux qu’avant. On a aussi le sentiment que très peu de gens veulent s’abonner. Mais la LFP a exigé des garanties financières plus importantes que pour Mediapro. DAZN paiera au moins pendant deux ans [l’échéance de la clause de sortie négociée par la LFP, si la barre du 1,5 million d’abonnés n’est pas atteinte]. » »
Les comptes pour cette saison, même chimériques, ont été validés par la LFP. Rendez-vous l’été prochain donc, avec des clubs aux finances aussi bancales qu’une chaloupe du Titanic, et un destin qui rappellera celui du fameux paquebot ? Pas forcément, même si les perspectives ne sont pas non plus très réjouissantes pour les derniers romantiques fans de foot. « Plus vous êtes en difficulté, plus vous attirez des fonds vautours, qui récupèrent les dépouilles à bas coût », observe Pierre Rondeau.
Les fonds vautours vont se régaler
La financiarisation en cours du foot français ne va donc faire que s’accélérer un peu plus, avec sa cohorte de jeunes joueurs vendus en Allemagne ou en Angleterre dès qu’ils marquent plus de deux buts en une demi-saison. Et cela, quelle que soit l’identité du président de la LFP à l’issue de la prochaine élection, prévue pour l’heure le 10 septembre.
D’ailleurs, Cyril Linette, l’ancien directeur général de L’Equipe et du PMU qui souhaite déboulonner le contesté Labrune, ne cherchait pas à vendre du rêve cette semaine dans un entretien au Monde : « Tous les clubs ont des résultats négatifs, avec des produits d’exploitation inférieurs à leurs masses salariales. N’importe quel chef d’entreprise dirait que, face à une telle crise, il faut réagir. »
Fans de formations « moyennes » de L1, rassurez-vous un peu : votre club favori ne connaîtra pas forcément le destin des Girondins de Bordeaux, si vos dirigeants affichent un minimum de compétence. En revanche, il faudra peut-être vous résoudre à servir de garderie à une écurie de Premier League.


















