04:31
Euro féminin 2025 : Est-on en plein désamour entre les Bleues et leur public, « détaché » après tant d’échecs ?
Football•Alors que l’équipe de France féminine de football entrera en lice dans cet Euro 2025 contre l’Angleterre, samedi (21 heures) à Zurich, sa popularité a chuté, au fil des déceptions et des récentes évictions de Wendie Renard et d’Eugénie Le SommerJérémy Laugier (avec A.L.G.)
L'essentiel
- L’équipe de France féminine de football va entrer en lice dans l’Euro 2025 en Suisse en défiant l’Angleterre, championne d’Europe en titre, samedi (21 heures) à Zurich.
- Si environ 16.000 supporteurs tricolores sont attendus sur l’intégralité de la compétition, les Bleues ont fini par lasser de nombreux suiveurs, en raison de multiples contre-performances dans les grands tournois.
- Seulement quart de finaliste lors de la Coupe du monde 2019 et des JO 2024, tous les deux à la maison, l’équipe de France s’est en plus offert un drama le mois dernier, avec la non-sélection pour cet Euro des deux icônes lyonnaises Wendie Renard et Eugénie Le Sommer. « Le coup de grâce » pour beaucoup de fans extrêmement déçus.
Les Bleues vont-elles égaler samedi le récent record de soutien populaire reçu par leurs homologues masculins pour un match hors de France ? À l’occasion de sa folle demi-finale de la Ligue des nations perdue contre l’Espagne à Stuttgart (4-5), la bande à Kylian Mbappé avait été accompagnée il y a un mois par 16.000 supporteurs. Or la responsable du football féminin à l’UEFA Nadine Kessler a indiqué en amont de cet Euro féminin 2025 lundi : « Pour cette édition, parmi les 600.000 billets déjà vendus, il y a 61.000 supporteurs qui viennent d’Allemagne, 41.000 d’Angleterre, 16.000 de France, 15.000 des Pays-Bas et 5.000 des États-Unis ».
Si la proximité du territoire helvétique est bien entendu propice à une présence tricolore bien plus importante que pour la Coupe du monde 2023 en Australie, il est clair que ces 16.000 fans attendus n’assisteront pas tous aux trois matchs de poule (samedi à 21 heures contre l’Angleterre, le 9 juillet face au pays de Galles puis le 13 juillet devant les Pays-Bas), ainsi qu’aux matchs à élimination directe (pour les plus optimistes).
« On nous vend systématiquement du rêve »
Fervente supportrice de l’OL féminin, Coralie (26 ans) a par exemple opté pour des billets sur les quarts, les demies, et la finale du tournoi. « J’ai du mal à croire que je verrais les Bleues jouer, indique-t-elle. Mais pour une fois, j’aurais peut-être une bonne surprise. » Car être fan de l’équipe de France féminine de football implique de surmonter des wagons de déceptions. Depuis la demi-finale historique lors de la Coupe du monde 2011 avec Bruno Bini, cette sélection a ainsi calé au stade des quarts de finale sur 7 des 9 compétitions majeures qu’elle a disputées.
Y compris lors du Mondial 2019 et des JO 2024 à la maison, ce qui n’a pas aidé pas à déclencher une véritable ferveur dans le pays. Mélanie Charrier (28 ans), qui animait depuis Blois le compte Instagram EDFR féminine (plus de 23.000 abonnés) de 2018 à 2024, reconnaît s’être lassée : « Etre déçue de l’issue de chaque compétition a fini par me détacher de cette équipe. On nous vend systématiquement du rêve mais on note les mêmes lacunes au milieu du terrain et sur le plan mental ».
Une cassure sur la finale de la Ligue des nations
Avec une coupable toute désignée selon Coralie, membre des OL Ang’Elles : « La Fédération française de football (FFF) a une grosse responsabilité là-dedans. Le manque de professionnalisme et d’ambition se retrouve à la fois dans la faible évolution du championnat et dans le choix des sélectionneurs ». Sans compter que la FFF n’est pas du genre à faciliter les déplacements de ses rares fidèles supporteurs, à en croire la jeune femme originaire de Normandie.
« Dans l’euphorie de la demie de la Ligue des nations remportée contre l’Allemagne (2-1) l'an dernier à Lyon, on s’est décidé à aller à Séville (Espagne) à 12 pour voir la finale. Problème : tout se fait toujours sur des initiatives persos, la Fédé ne nous aidant pas à récupérer des places. Là, c’était une vraie galère : pour réserver, j’ai dû passer plus de quatre heures sur mon téléphone car il fallait forcément avoir une carte de crédit espagnole. Et après leur défaite (0-2), les joueuses sont toutes parties directement aux vestiaires sans même saluer notre parcage. Je n’avais jamais vu ça dans le foot féminin. Il y avait déjà eu des tensions à l’époque de Corinne Diacre, mais là, ça a été une cassure pour nous. »
De l’avis de tous, « le tournant manqué » remonte surtout à 2019, avec ce Mondial en France s’arrêtant dès les quarts contre l’armada américaine (1-2). Pour l’occasion, les Bleues avaient alors le soutien des France Ang’Elles (association créée par les OL Ang’Elles), « depuis en sommeil », ainsi que celui de plus de 200 Irrésistibles Français (IF), le groupe suivant l’équipe de France masculine depuis 2002. « Il y a toujours eu un gouffre entre le volume de billets demandés pour l’équipe de France masculine A par rapport aux autres sélections, les féminines comme les Espoirs, note Fabien Bonnel, capo des "IF". Ça reste l’indéniable vitrine du football, et le Mondial féminin de 2019 n’a pas entraîné l’élan espéré. »
« Notre jeu est plus plaisant maintenant »
Egalement présent pour supporter les Bleues lors de la Coupe du monde 2011 en Allemagne et de l’Euro 2017 aux Pays-Bas, Fabien Bonnel a une explication quant à la faible mobilisation attendue d’Irrésistibles Français, cet été en Suisse : « Le ressenti partagé par beaucoup de nos membres, c’est que le football féminin reste moins spectaculaire que les matchs des garçons ».
Comment les joueuses perçoivent-elles cet engouement médiatique et populaire très relatif, de même que les nombreux doutes concernant leur parcours ? « Je pense que le public est encore derrière nous, indique la Parisienne Sakina Karchaoui. Malgré notre statut, nous serons attendues. Et si nous le sommes, c’est bien que les fans ne nous ont pas lâchées. » La Lyonnaise Amel Majri poursuit.
« Je ne ressens pas une énorme euphorie autour de nous pour le moment. Mais nous, on sent que notre jeu est plus plaisant maintenant. Avant, il faut dire les choses, ça n’était pas toujours fantastique. Aujourd’hui, la notion de plaisir sur le terrain est essentielle pour nous. Et je pense que si on arrive à transmettre ça au public, il sera à fond derrière nous. »
« Forcément un peu de tristesse », avoue Alice Sombath
Dans ce sens, la renversante victoire contre le Brésil (de 0-2 à la 12e à 3-2), vendredi à Grenoble, peut susciter un certain élan. Mais il va falloir que les suiveurs de l’équipe de France digèrent la non-sélection de Kenza Dali, et plus encore celles de Wendie Renard et d’Eugénie Le Sommer, indiscutables (hormis sur la fin de l’ère Diacre) depuis de très longues années en équipe de France. Car si on retrouve encore les deux icônes historiques de l’OL en têtes d’affiche publicitaires à Intermarché, elles n’ont pas été retenues à la surprise générale par le nouveau sélectionneur Laurent Bonadei.
Certains Français suiveurs… de la sélection anglaise !
Du côté d’une bonne partie des supporteurs tricolores, il y a à la fois de l’incompréhension et de la colère face à cette décision. « Vu la manière avec laquelle Wendie et Eugénie ont été écartées au dernier moment, ça a été le coup de grâce pour ceux qui se tâtaient encore à venir en Suisse, résume Coralie. Je connais des supporteurs qui ont carrément revendu leurs places à cause de cet épisode. »
Notre dossier sur l'Euro féminin de footballParticulièrement remonté, le vice-président des OL Ang’elles (250 membres) Willy Pasche (71 ans) peste : « C’est dégoûtant de leur faire ça à un mois de l’Euro, après les avoir intégrées dans ce nouveau cycle. C’est pourquoi si on est vite éliminés en Suisse, je ne vais certainement pas pleurer. Certains supporteurs français n’ont tellement pas digéré tout ça qu’ils viennent surtout pour suivre le parcours de l’Angleterre ». Attention, amis de l’ovalie, restez polis en lisant ça… Et après tout, quels supporteurs du PSG pensaient sérieusement, en début de saison, qu’ils pourraient vivre le 31 mai le moment le plus exaltant de toute leur vie sportive ?



















