Espagne-France : « Tout n’est pas à jeter »…Pourquoi cette défaite des Bleus n’est pas une si mauvaise nouvelle que ça ?
VERRE A MOITIÉ PLEIN•Si les Bleus ont encaissé cinq buts, une première depuis 1969, ils ont su trouver les ressources mentales pour s’arracher et revenir à un petit but, grâce notamment à une fabuleuse première entrée en jeu de Rayan Cherki, qu’on aime déjà à la folieAymeric Le Gall
L'essentiel
- L’équipe de France s’est inclinée (5-4) en demi-finale de la Ligue des nations, jeudi soir, à Suttgart.
- Menés 5 buts à 1 jusqu’à la 67e minute de jeu, les Bleus sont tout de même parvenus à revenir dans le match, au point de faire douter la Roja dans les dernières minutes de la rencontre.
- Si cette défaite fait mal, autant que le nombre de buts encaissés par Mike Maignan, le contexte n’était pas forcément des plus favorables aux Bleus, décimés en défense.
De notre envoyé spécial à Stuttgart,
On pensait naïvement que le petit kebab qu’on s’est enfilé sur la route du retour du stade nous aurait suffi à nous mettre les idées en place mais, même une fois le bazar terminé et digéré, il reste compliqué d’analyser posément cette demi-finale de Ligue des nations totalement loca loca entre la France et l’Espagne. Alors on va laisser les idées couler sans filtres et vous n’aurez qu’à picorer avec les doigts.
La première chose qui nous vient à l’esprit, d’instinct, c’est ce paradoxe entre l’impression visuelle donnée par les joueurs de l’équipe de France, plutôt très bien entrés dans leur match, et le score de 0-2 au bout de 21 minutes de jeu. Punis deux fois coup sur coup après avoir laissé « quelques trous » au milieu de terrain, comme le disait joliment Lucas Hernandez en zone mixte après le match, face à une équipe espagnole écœurante de réalisme, les Bleus ne méritaient peut-être pas une telle pilule.
Une défense en mousse, un milieu dépassé et Mbappé
Mais avec une défense pareille (T. Hernandez, Lenglet, Konaté, Kalulu), aussi inexpérimentée et expérimentale soit-elle, impossible de voyager loin sans en prendre plein les valises en cours de route. Associé à un Ibrahima Konaté en perte de vitesse depuis l’élimination face au PSG en 8e de finale de C1, Clément Lenglet n’a, comme nous, pas semblé comprendre ce qu’il faisait là, même si Deschamps a confié que son joueur avait dû faire un aller-retour à Paris dans la semaine pour des raisons personnelles.
Tout comme on n’a pas trop compris non plus ce que Kalulu avait voulu faire en délaissant totalement son joueur au marquage, pour lui ouvrir grand la porte sur l’ouverture du score espagnole. Mais malgré ça, et c’est déjà beaucoup, les Bleus ont eu la maîtrise du ballon en première période et avec un peu plus de chance, comme sur cette barre de Théo Hernandez à la 12e minute de jeu, ou un peu plus de réussite, le score aurait pu être différent à la pause.
« C’est sévère qu’on soit mené deux à zéro à la fin de la première mi-temps, validait le sélectionneur après le match. On a fait beaucoup de bonnes choses, on a eu plus de maîtrise que cette équipe d’Espagne. C’est rageant. Ils ont été très efficaces sur leurs occasions, pas nous. » « On a bien commencé mais on a eu des trous pendant 10-12 minutes et on l’a payé cash, jugeait Lucas Hernandez. En deuxième période, pareil, on commence bien mais on a encore des petits trous et on encaisse trois buts. »
« Quand tu prends cinq buts dans un match… »
« Des petits trous », en voilà une manière bien diplomate pour parler des boulevards monstrueux laissés par les Bleus, notamment au milieu, avec ce duo Rabiot-Koné de l’enfer, à des Espagnols dont la vitesse sur les ailes n’est plus un secret depuis le dernier Euro 2024 en Allemagne. Mais en sortant de ce match fou, Lucas Hernandez ne voulait pas surtout pas désigner de coupables en particulier : « Quand tu prends cinq buts dans un match, tu ne peux pas juste dire que c’est la faute du gardien ou des défenseurs, on est une équipe, on attaque ensemble, on défend ensemble, et on prend les buts ensemble. »
On défend ensemble, c’est vite dit, surtout quand vous avez dans votre équipe l’homme dont il ne faut pas dire le nom, et qui ne semble toujours pas décidé à faire tous les efforts nécessaires à la perte du ballon pour impulser un semblant de pressing. Invisible ou presque sur le front de l’attaque, avec un talent certain pour faire tous les mauvais choix qui se présentaient à lui, Mbappé, puisque c’est de lui dont il s’agit, n’aura finalement fait que prendre de la place (pour rien) en pointe, là où un Ousmane Dembélé, qui l’a plutôt bien prouvé avec Paris ces six derniers mois, aurait certainement pu avoir de meilleures choses à donner à cette équipe.
Toute l'actu de l'équipe de FranceC’est d’ailleurs de lui qu’est venu le danger en première période. Problème, ce n’est pas demain que DD ira à contre-courant des envies (caprices ?) de son capitaine, comme il nous l’a répété après le match. « Il y a d’autres options mais je ne vais pas modifier la position de Kylian », a-t-il prévenu sans détour. Nous voilà donc partis comme ça jusqu’au Mondial, à prier chaque matin pour que, par on ne sait quel miracle, Mbappé se réveille un matin en ayant compris que ses équipes ne gagneront jamais les plus grands des trophées s’il ne change pas sa manière de concevoir les efforts dans un collectif. On pensait que la transformation du PSG sans lui cette saison lui aurait mis la puce à l’oreille, mais cela ne semble pas être le cas.
Tout n’est pas à jeter (n’est-ce pas, Rayan ?)
Tout n’est pourtant pas à jeter dans le match des Bleus face à la Roja. C’est d’ailleurs l’expression qu’on a le plus entendue dans les travées de la Mercedes Benz Arena de Stuttgart, jeudi soir. Malo Gusto, d’abord : « Tout n’est pas à jeter ce soir, on a eu une bonne réaction en deuxième, c’est ce qu’il faut retenir. Tous ceux qui sont sortis du banc ont apporté de bonnes choses, on s’est créé beaucoup d’occasions en deuxième période, ce qui reste positif. » Deschamps, ensuite : « J’ai une équipe jeune. On sait que c’est le très haut niveau et que, par rapport à la jeunesse du groupe, cette défaite va nous servir pour l’avenir. Je reste lucide, on a fait beaucoup de bonnes choses, tout n’est pas à jeter. »
Menée 5-1 à la 67e minute, l’équipe de France est parvenue on ne sait comment (enfin si, on sait, Rayan Cherki) à revenir progressivement dans le match, grâce à la fabuleuse entrée en jeu du génie lyonnais, qui a donné l’impression d’être là depuis dix piges. Culotté, simple dans son jeu, mobile, généreux et toujours aussi incroyable quand il s’agit de trouver des angles de passes impossibles, Cherki est finalement la meilleure raison de se dire que cette soirée si mal embarquée n’a finalement pas si mal terminé.
Les motifs d’espoirs pour l’avenir existent bel et bien, tout comme ce 4-2-3-1 très offensif de Deschamps que l’on avait déjà beaucoup apprécié lors du match retour contre la Croatie en mars. Avec une défense au grand complet et le retour de Camavinga et Tchouaméni au milieu, ces Bleus ne manqueront pas d’une certaine allure dans les mois à venir.


















