France - Espagne : Le triomphe de Dembélé au PSG peut-il flinguer la bromance avec Mbappé chez les Bleus ?
EQUIPE DE FRANCE•Alors que les Bleus affrontent l’Espagne en demi-finale de la Ligue des nations, jeudi, à Stuttgart, le nouveau statut de Dembélé, champion d’Europe avec le PSG et favori pour le Ballon d’or, pourrait-il dénaturer sa relation d’amitié avec Mbappé ?Aymeric Le Gall
L'essentiel
- L’équipe de France affronte l’Espagne en demi-finale de la Ligue des nations, ce jeudi, quelques jours seulement après le sacre du PSG en Ligue des champions.
- Meilleurs potes dans la vie, Mbappé et Dembélé se retrouvent donc en Bleu dans un contexte particulier où le premier est devenu ce que le second rêvait d’être, une icône dans sa ville natale de Paris.
- Cela peut-il avoir un impact négatif sur la nature de leur relation, et par extension sur toute la vie du groupe France ? C’est la question qu’on s’est posée à quelques heures du coup d’envoi.
De notre envoyé spécial à Stuttgart,
Il y a des semaines comme ça dans la vie où on préférerait ne pas avoir à sortir de notre lit pour affronter la dure réalité qui nous attend en société. C’est précisément ce que doit actuellement traverser l’ami Kylian Mbappé, lui qui avait déclaré il y a un peu plus d’un an que s’il devait lier son avenir à la Ligue des champions, ça fait déjà longtemps qu’il serait « parti très loin » de Paris. Manque de bol, c’est précisément l’année où il décide de mettre les voiles que son ancien club réalise le plus grand objectif que s’était fixé QSI en rachetant le club de la capitale.
Le pire là-dedans, c’est que les deux événements ne sont pas loin d’être intimement liés. Car c’est précisément en retrouvant un esprit 100 % collectif et en redevenant une équipe au sens premier du terme que Paris a réussi là où il avait échoué pendant de si nombreuses années. Et en voyant Ousmane Dembélé débarquer lundi sur le Central de Roland-Garros, acclamé par tout un stade, quelques heures après avoir été célébré par tout une ville lors des célébrations du sacre parisien, avec la précieuse Ligue des champions dans les mains, on n’a pas pu s’empêcher de se dire que le numéro 10 du PSG était en train de vivre le rêve derrière lequel avait couru Mbappé pendant sept ans chez les Rouge et Bleu.
Dembélé, la nouvelle icône parisienne
Le rêve, voire les rêves, selon Florian Ridard, spécialiste de la communication sportive chez Vae Solis : « Il a réussi les trois choses que Mbappé n’a pas totalement, voire pas du tout sur certains aspects, réussies. 1. Ramener la Champions League, ce qui était l’unique mission de Mbappé quand il est arrivé au PSG. 2. Il s’est mis tous les supporters dans la poche, ce que n’était pas du tout le cas de Mbappé. 3. Il est ultra-favori pour le Ballon d’or, ce qui n’est jamais arrivé non plus pour Mbappé au PSG. Dembélé est devenu en l’espace de six mois l’icône du club et de la ville. Le retournement de situation est absolument dingue. »
Pour ne rien arranger, il a fallu que cela tombe quelques jours seulement avant que les deux amis ne se retrouvent réunis à Clairefontaine, avec l’équipe de France, sous l’œil des caméras scrutant la moindre réaction et le moindre rictus de Mbappé au moment de féliciter les cinq champions d’Europe que compose ce groupe France. Si les supporters parisiens n’ont pas manqué de noter les sourires de façade et la tension sur le visage de leur ancienne star, Florian Ridard, lui, trouve que le Madrilène a plutôt réussi à faire bonne figure.
« La séquence a été très propre. En termes de com’, quand tu vois le conflit assez brutal avec le PSG, je trouve que tout le monde a été très élégant. La réaction de Mbappé a été plus séduisante que celle de Rabiot, qui lui a eu du mal à avoir un mot pour le PSG et qui n’a parlé que de l’humiliation de l’Inter dans la Republica dello Sport. Les réactions ont été plutôt dignes, ce qui démontre un lien très fort entre les joueurs. »
« Il faut tâcher d’avoir un mot gentil et un sourire »
Reste à savoir si ces liens qui unissent les deux joueurs seront assez forts pour traverser cette mise à l’épreuve niveau boss de fin de jeu. Invitée il y a deux mois de l’émission de France Inter « Grand bien vous fasse » pour répondre à la question « Pourquoi est-il parfois difficile de se réjouir pour les autres ? », la psychologue clinicienne et psychanalyste Monique de Kermadec a accepté de nous livrer des éléments de réponse.
« Tout le monde ne réagira pas de la même manière face au bonheur de son ami. Certains vont ressentir l’envie de connaître eux aussi ce bonheur, ça aura alors en effet motivateur et ça va les pousser à donner le maximum d’eux-mêmes. D’autres en revanche, qui doutent plus d’eux-mêmes ou qui traversent une mauvaise passe, auront plus de mal à vivre avec simplicité la joie de l’autre. » Et dans ces cas-là, il faut alors tâcher de faire bonne figure devant les caméras.
« Si on n’arrive pas à montrer sa joie, il faut a minima tâcher d’avoir un mot gentil et un sourire. Mais c’est beaucoup plus dur à vivre pour des footballeurs qui ont été baignés dès le plus jeune âge dans un monde de compétitivité et de concurrence », poursuit-elle. Les premières images du rassemblement des Bleus montrent un Mbappé toujours aussi proche de Dembélé, souriant et volontiers chambreur quand il dit à son ancien coéquipier du PSG de regarder « la tête de Marcus » Thuram, les yeux dans le vague au moment du dîner, lui l’Intériste qui en a pris cinq dans les fouilles.
Mais pour la scientifique et autrice de « Le plus grand des amours » (Flammarion, 2025), le meilleur buteur de Liga cette saison ne devrait pas échapper à un petit coup de spleen passager. « Il y a un moment de douleur qui est inévitable, même au plus profond de soi, même si on ne se l’avoue pas, et dans ces moments-là, il peut y avoir une petite prise de distance avec son ami, avance-t-elle. Parce que ce que l’autre vit, c’est ce que nous souhaitions vivre nous-même plus que tout. Ce qui ne veut pas dire que l’amitié en pâtira sur le long terme. »
La puissance de cette amitié tissée au fils des ans, le talent reconnaissant le talent, devrait donc être plus forte que tout. Si tel était le cas, ce serait aussi le fruit du travail des entourages des deux joueurs, qui ont toujours pris soin depuis le début de leur éclosion de ne jamais les opposer, comme le racontait un proche des deux hommes dans L’Equipe en mars dernier.
Quand la question du Ballon d’or s’invite chez les Bleus
« Souvent, quand deux joueurs émergent simultanément, on a tendance à les opposer pour chercher un leader mais leurs proches s’apprécient et leur ont toujours rappelé qu’ils pouvaient être deux locomotives, assure-t-il. À la différence de Karim Benzema et Hatem Ben Arfa, qui ont eu des fâcheries, leur complicité très forte et naturelle a été protégée. Ce sont des frères, branchés en permanence. » « Ce sont plus que des amis, ce sont des frères, acquiesce Florian Ridard. Au fond, je pense quand même que Mbappé doit être fier pour son pote. Je ne pense pas qu’il y ait de jalousie, mais il y aura une forme de revanche, oui, c’est sûr. »
Reste tout de même cette histoire de Ballon d’or, qui s’est logiquement invitée dans les débats ces derniers jours à Clairefontaine, pour le plus grand bonheur (non) de Didier Deschamps. Appelé à se prononcer sur l’identité du favori qui sera honoré en septembre prochain, le sélectionneur a paru dans un premier temps marcher sur des œufs. S’il a cité le nom de Dembélé, il n’a pas manqué d’y ajouter celui de Yamal, Raphinha, Lewandowski, mais aussi et surtout Mbappé, qu’il ne faudrait surtout pas braquer avant la demi-finale de Ligue des nations, jeudi soir, contre l’Espagne.
Il aura finalement fallu une deuxième conférence de presse, jeudi, pour que DD finisse par admettre qu’il soutenait sans réserve l’ancien Rennais. Des précautions oratoires dont ne s’est pas embarrassé Ibrahima Konaté, mercredi, en conf, lequel a déclaré avec sa fraîcheur habituelle : « Personne n’a encore mentionné Ousmane Dembélé (lors de cette conférence de presse), qui a réalisé une saison exceptionnelle. Vous m’avez parlé de Yamal et de Kylian… Personne ne l’attendait là : c’est lui qui mérite le Ballon d’Or cette saison. »
« Je trouve que Deschamps a été plutôt dans son rôle, il préserve les ego et l’équilibre de son groupe, juge pour sa part Florian Ridard. Le sélectionneur est là pour faire consensus, pour protéger son groupe. Les joueurs, eux, peuvent être plus libres, plus cash. » On verra vite si cet épisode a pu jeter un petit voile de malaisance dans le groupe et entre les deux hommes ou si cela aura tendance à souder encore plus un duo de potes que rien ne pourra jamais désunir.


















