Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
« C’est du bidouillage »… A quoi sert ce match amical face au Luxembourg ?

France – Luxembourg : « C’est du bidouillage »… A quoi peut bien servir ce match amical dont personne ne veut ?

OVERDOSEAlors que le rassemblement des Bleus à Clairefontaine vient à peine de commencer, l’équipe de France n’a d’autres choix que d’affronter le Luxembourg en amical, mercredi. Un match dont Deschamps se serait bien passé
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • L’équipe de France affronte le Luxembourg en match de préparation à l’Euro 2024, mercredi, à Metz.
  • Une rencontre calée par l’UEFA dont se serait bien passé Didier Deschamps.
  • En effet, alors que les phases de préparation sont réduites à peau de chagrin ces dernières années, les sélectionneurs sont en permanence forcés de bricoler et de s’adapter aux contraintes.

France-Luxembourg-match amical-stade Saint-Symphorien-Metz. Vous aurez beau tourner et retourner les boules dans tous les sens, à aucun moment ça ne donne une combinaison gagnante au loto. C’est pourtant ce qui nous attend mercredi soir, à l’occasion du premier match de préparation à l’Euro 2024. Une affiche à vous faire piquer du nez dans votre rocking-chair, qui n’enchante pas non plus le sélectionneur français, comme il l’avait confié il y a quelques semaines à l’AFP.

« On a l’obligation, en raison des contrats signés par l’UEFA avec les diffuseurs, de disputer deux matchs amicaux. Autrement je n’en aurais programmé qu’un seul », avait-il admis. Et à voir l’identité de l’adversaire, on n’a pas beaucoup de mal à imaginer comment il a été choisi par la Fédé. « Bon les gars, il nous faut un déplacement le plus court possible. Metz ? Allez, banco. Et à côté de Metz, y’a quoi ? Ah ben le Luxembourg. Emballé, c’est pesé ! ». Notez que, dans la même veine, les Espagnols sont eux aussi allés au plus simple en choisissant d’affronter leur voisin Andorran.

« On s’adapte, c’est tout »

On savait Deschamps déjà un peu colère sur le sujet, mais on a quand même choisi de sauter dans le plat à cloche pied en conférence de presse, après l’annonce de sa liste, dans les locaux de TF1, la chaîne qui diffusera ce fameux match dont personne ne voulait. « Vous voulez que je me fasse des ennemis, s’est-il amusé. On a deux matchs amicaux en quatre jours, c’est comme ça. Mais toutes les équipes nationales sont plus ou moins dans cette situation-là. Ce n’est pas un problème, on s’adapte, c’est tout. Et on fera en sorte de trouver la meilleure solution. »

Mais quels enseignements peut-on tirer d’un match contre la 85e nation mondiale, avec un groupe pas encore au complet, les trois Madrilènes vainqueurs de la Ligue des champions rejoignant l’équipe mercredi midi à Metz, tandis qu’Olivier Giroud et Théo Hernandez sortiront d’un périple en Australie où ils sont allés disputer un match amical avec l’AC Milan ?

« Pour le sélectionneur, l’idée ce n’est même pas de tirer des enseignements, car son équipe il la connaît, il l’a en tête. Son seul but c’est de gérer l’état de forme de chacun, reposer celui qui a besoin de se reposer, faire jouer celui qui a eu moins de temps de jeu ces dernières semaines. Et surtout que personne ne se pète. C’est du bidouillage », résume Xavier Frezza, préparateur physique individuel auprès de nombreux footballeurs pros.

Une phase de préparation qui n’en a que le nom

Les plus optimistes trouveront toujours des motifs d’espoirs à se fader un tel match, revoir N’Golo Kanté sur un terrain, par exemple, mais pour le staff de l’équipe de France, cette rencontre est un fardeau de plus à ajouter au sac d’emmerdes déjà bien lourd que la FIFA et l’UEFA mettent sur le dos des sélectionneurs nationaux, qui ont vu leur temps de préparation avant une grande compète fondre comme la banquise sous les émissions de CO2.

« Chaque année le temps alloué à la préparation se réduit. Je me souviens du bon vieux temps : avant d’aller au Brésil (en 2014), on avait eu 28 jours. Waouh, 28 jours ! », se souvient DD avec nostalgie. Il fut un temps pas si lointain, en effet, où les Bleus partaient s’oxygéner en montagne lors du fameux stage à Tignes, avant de passer à la seconde phase de la préparation physique. Un luxe à tout jamais révolu, la faute à des instances junkies en manque permanent de leur dose de matchs (et de droits TV, surtout).

Aimé Jacquet, Chritophe Dugarry et Robert Pirès en stage de préparation à Tignes, un mois avant le début de la Coupe du monde 1998.
Aimé Jacquet, Chritophe Dugarry et Robert Pirès en stage de préparation à Tignes, un mois avant le début de la Coupe du monde 1998.  - GABRIEL BOUYS

« Ce système est une véritable plaie. Avec un temps aussi court, on ne peut même pas parler de phase de préparation. Pour que ce soit le cas, il faudrait pouvoir disposer de quatre semaines de travail. Là, il y a à peine plus de deux semaines. A un moment donné, qu’est-ce que vous voulez faire ? Rien, vous bricolez, constate, amer, Xavier Frezza. D’autant que certains joueurs n’ont pas trop joué, d’autres sont quasiment cramés. C’est impossible de les remettre tous à niveau en si peu de temps, encore moins avec deux matchs amicaux calés en quatre jours. »

Trop de foot tue le foot

Et celui-ci de s’insurger au nom de toute sa profession. « A un moment donné on se demande vraiment à quoi l’on sert. Un préparateur physique est là pour préparer des cycles de travail mais, aujourd’hui, c’est devenu quasi impossible, peste-t-il. Tout ce qu’on peut mettre en place, tout au plus, c’est un peu de récupération, un décrassage… Il n’y a plus la place pour faire un vrai travail pertinent. »

Un coup de gueule qui restera lettre morte, un de plus, le seul juge de paix étant l’audience des diffuseurs les soirs de match. Alors, pour que nos sélectionneurs aient à nouveau les coudées franches dans les années à venir et puissent bénéficier d’un vrai temps de préparation avant une grande compétition, agissez et zappez. En plus il y a Les Bodin’s en Thaïlande à la même heure sur une autre chaîne. Ce n’est pas mieux, c’est même carrément pire, mais c’est pour la bonne cause, messieurs dames.