Coupe du monde : Vendre la compétition à des investisseurs privés, c’est quoi encore ce projet terrifiant d’Infantino ?
fou du bus•Le président de la Fifa entend créer une société qui aurait la charge de vendre des parts de la Coupe du monde à des investisseurs extérieursNicolas Camus
L'essentiel
- Le président de la Fifa, Gianni Infantino, prévoit de vendre des parts de la Coupe du monde à des investisseurs privés via une nouvelle société appelée FIFA Forward Enterprise (FFE).
- Le projet profiterait principalement à l’entourage de Donald Trump, notamment le fonds d’investissement Thrive Eternal de Joshua Kushner (frère du gendre de Trump), et Infantino se serait assuré d’être nommé directeur général de la FFE en 2031, avec des revenus personnels décuplés.
- Les réactions sont majoritairement négatives, l’UEFA déclarant notamment que « l’âme et la gouvernance du football ne sont pas des capitaux sur lesquels faire de la spéculation ».
Installez-vous confortablement et surtout accrochez vos ceintures, vous êtes sur le point d’embarquer dans le petit train de l’enfer à la découverte du nouveau projet fou de tonton Gianni. Alors que la Coupe du monde 2026 vient de s’achever, le patron de la Fifa entend vendre la plus grande compétition sportive du monde par petits bouts à des investisseurs privés, promettant plus d’argent aux Fédérations – et à lui-même, bien sûr, ainsi qu’à l’entourage proche de Donald Trump. On fait le point sur ce dossier qui fait beaucoup réagir.
C’est quoi encore cette idée ?
L’information a été révélée par les confrères britanniques du Times mardi, puis confirmée par la Fifa elle-même quelques heures plus tard. En résumé, Infantino a dans l’idée de vendre des parts de la Coupe du monde à des investisseurs extérieurs, via la création d’une société qui gérerait toutes les activités commerciales liées à la compétition (diffusion, sponsoring, billetterie, octroi de licences).
Cette société aurait pour nom « la Fifa Forward Enterprise (FFE) », précise le communiqué de l’instance. Quand Infantino promettait de « libérer le potentiel commercial » de la Fifa dans sa conférence de presse d’ouverture du Mondial, le mois dernier, il avait déjà certainement ce projet en tête. Selon un courrier du grand patron consulté par Sky Sports, Infantino a donné aux Fédérations jusqu'au 19 septembre pour le soutenir ou non.
De quels montants parle-t-on ?
Afin de convaincre les assos membres, la FFE « lèverait 4,2 milliards de dollars » dès cette année (3,7 milliards d’euros), et « tous ses bénéfices nets seront réinvestis dans le football », assure la Fifa. Pas bête, pour faire passer la pilule, cette dernière promet aux Fédérations membres des retombées économiques via un nouveau mécanisme de financement, le Fifa Fast Forward Programme (FFFP).
Les 211 associations affiliées toucheraient ainsi 40 millions de dollars (35 millions d'euros) immédiatement, puis verraient leurs revenus croître d’année en année. La Fifa espère ainsi dégager une enveloppe supérieure à 10 milliards de dollars (8,8 milliards euros) sur les quatre prochaines années pour financer le développement du football, contre environ 2,7 milliards (2,37 milliards euros) initialement prévus sur la période 2027-2030.
A qui ça profiterait ?
C’est là que ça devient succulent. Après toutes les polémiques sur l’asservissement d’Infantino – et donc à travers lui du football – à Donald Trump et son administration pendant la Coupe du monde, le dirigeant suisse a le culot de mettre en branle ce plan qui profiterait en premier lieu… à l’entourage très proche du président américain. Car pour mener à bien le projet, la Fifa travaille avec la banque d’affaires J.P. Morgan et le fonds d’investissement Thrive Eternal, créé par Joshua Kushner, le frère de Jared, gendre de Donald Trump. Cette société devrait prendre la tête du groupe d’investisseurs potentiels pour la FFE, et donc en tirer les plus gros revenus.
Et ce n’est pas fini. Selon le Times, Infantino s’est déjà assuré auprès de Kushner d’être nommé directeur général de la FFE en 2031, à l’issue de son dernier mandat à la Fifa (s’il est bien réélu l’an prochain). Avec à la clé, bien sûr, des revenus personnels qui seraient décuplés, d’autant qu’il aura fait passer avant sa réforme d’une Coupe du monde passe à 64 équipes (donc 128 matchs contre 104 cette année, donc encore plus d’argent récupéré). Ça l’intéressera sûrement plus que l’ONU.
Quelles sont les réactions ?
Très bonnes. Non, on plaisante tant que l’on peut encore. Certaines Fédérations soutiennent certainement l’idée car elle leur promet plus d’argent. Mais pour l’instant, ceux qui ont réagi la condamnent pour ce qu’elle dit de l’avenir du football : un sport vendu en pièces détachées et qui deviendrait la propriété de quelques personnes qui auraient juste pour objectif d’en tirer le plus d’argent possible, sans se soucier du jeu et des milliards de fans à travers le monde. Voici les principales.
L’UEFA : « Ça franchit une ligne que les institutions gouvernant le football ne devraient jamais franchir. L’âme et la gouvernance du football ne sont pas des capitaux sur lesquels faire de la spéculation, surtout sans aucune transparence sur la destination des bénéfices financiers. Aucun d’entre nous n’est le propriétaire du football. Ce n’est pas à la Fifa de le vendre. »
Javier Tebas, président de la Ligue espagnole : « Ça ne ressemble pas à une réforme. Ça ressemble à une campagne électorale financée avec l’avenir du football. Le développement ne peut pas être utilisé pour acheter des voix ni des silences. Les compétitions et les droits commerciaux de la Fifa ne sont pas le patrimoine personnel d’Infantino. Celui qui mélange politique, discipline, argent et pouvoir sans transparence ne peut rien diriger. Infantino n’est pas la solution à la gouvernance de la Fifa, il est le problème. »
Andy Burnham, Premier ministre anglais : « Le football n’appartient pas aux investisseurs. Il appartient aux personnes qui remplissent les tribunes et qui se tiennent sur la ligne de touche semaine après semaine, sous la pluie ou le beau temps. La Coupe du monde n’est pas un produit. C’est la plus grande compétition du sport mondial, et elle n’a jamais appartenu à personne pour être vendue. Embellissez l’affaire comme vous voulez. Une fois que vous en avez vendu une partie, vous avez trahi. »
Philippe Diallo, président de la FFF : « C’est un projet sur lequel nous n’avons aucun détail et qui soulève beaucoup d’interrogations, sans que les membres que nous sommes n’aient été associés, alors que ces sujets sont fondamentaux pour l’avenir du football. Il y a des choses sur lesquelles il faudra certainement revenir, discuter avec peut-être des processus de décision un peu plus transparents dans lesquels des nations comme la France, qui est une des grandes nations de football, soient plus impliquées. »
Sepp Blatter, ancien président de la Fifa : « La relation étroite entre le président de la FIFA et le président des États-Unis a atteint une dimension financière qui nuit profondément au football. Personne n’a le droit de vendre notre sport. »


















