250 ans des Etats-Unis : Excès, m’as-tu-vu et feu de Bengale… A Miami Beach, on célèbre le 4 juillet à sa manière
REPORTAGE•En pleine Coupe du monde de football, les Etats-Unis ont célébré les 250 ans de l’indépendance du pays samedi. Nous étions à Miami Beach pour prendre le pouls d’une ville qui a célébré ça à sa manière, dans la mesure et la sobriété (faux)Aymeric Le Gall
L'essentiel
- Alors que Miami vit au rythme de la Coupe du monde de football, où l’Argentine a battu le Cap Vert vendredi, la ville floridienne était en fête pour une tout autre raison samedi.
- Elle fêtait comme partout ailleurs dans le pays le 250e anniversaire de l’indépendance des Etats-Unis.
- Mais à Miami Beach, où l’on est allé traîner nos pénates, on ne peut pas dire que l’ambiance était fondamentalement au patriotisme. Reportage.
De notre envoyé spécial à Toomuchland,
La consigne du grand raïs de 20 Minutes Sport était simple : « Raconte-moi un 4 juillet à Miami ». Ok, challenge accepted. Mais on doit bien l’avouer, après presque un mois à sillonner les Etats-Unis en long, en large et en travers, le cœur y était moins ce coup-ci. Et la fatigue beaucoup plus.
C’est peut-être pour ça qu’on a choisi la facilité en optant au doigt mouillé d’aller humer l’air de Miami Beach, quelques heures après la victoire de l’équipe de France sur le Paraguay en 8e de finale du Mondial, sur les traces de Tony Montana ou de Dexter, selon que l’on penche plus pour le trafiquant de drogue cubain ou pour le découpeur blondinet.
Et sur le papier, ce n’est pas un endroit inintéressant pour prendre le pouls de cette Amérique qui célébrait samedi soir ses 250 ans d’existence (la petite joueuse) en tant que nation une et indivisible. Car Miami Beach symbolise à elle seule les excès et les outrances de ces Etats-Unis qui ne sont jamais aussi bien racontées que dans les séries TV. Mais l’expérience coûte à celui ou celle qui y vient un peu à reculons beaucoup trop de points de vie et autant d’envie de réduire en cendre le capitalisme américain et les zozos qu’il a engendrés.
Un patriotisme discret à Miami Beach
Mais avant d’aller plus loin, et pardon par avance à ceux qui ont ce quartier dans le cœur (bande de zinzins), un premier constat : 250 ans ou pas 250 ans, les 4 juillet ici, jour de fête nationale, ressemble peu ou prou à nos 14 juillet à nous, à savoir une bonne occasion de s’habiller un peu chic et de sortir faire la fête jusqu’au bout de la nuit en famille ou avec les copains. Ni plus, ni moins. Ici non plus, et aussi bizarre que cela puisse paraître dans un pays où le patriotisme est élevé au rang de religion, pas de célébration ostentatoire du drapeau américain.
On a tout de même aperçu la trombine de Donald Trump sur Fox News aux côtés d’un ancien combattant en fauteuil roulant, projeté sur des écrans géants depuis la terrasse d’un resto chicos le long de Lummus Park, devant des clients sirotant des cocktails à 30 dollars et regardant le Commander In Chief d’un air détaché. Pour le reste, ce 4 juillet à Miami Beach ressemblait à un samedi soir comme un autre (en plus bondé, bien sûr) dans l’autre ville du vice et du péché. ET des clichés, serait-on tenté d’ajouter, tant les gens qui s’y pavanent semblent tout droit sortis d’une série TV ou de GTA Vice City.
Des looks à tomber à la renverse à tous les coins de rue
Les jeunes gangstas marchent les pecs en avant et roulent des mécaniques, chaînettes XXL en or leur tombant au niveau du nombril, les femmes, elles, sont maquillées comme des voitures volées et à peu près aussi vêtues qu’un nudiste au Cap d’Agde en plein mois d’août. Dans les bars, les shows se suivent et ne se ressemblent pas. Au Palace, un spectacle de drag-queens où le chauffeur de salle balance des gros « This is saturday night in Miami Beach, bitches !!! », à quelques mètres de là, un gogo danseur en costumes à paillettes bleues et chapeau de cow-boys fait monter les décibels autant que la chaleur.
En face, pas loin du front de mer, des familles pique-niquent sans prêter grande attention à ce défilé de looks improbables où tout le monde regarde tout le monde, où tout le monde juge tout le monde et où, bien sûr, tout le monde se trouve plus beau que tout le monde. Au loin, on entend les vieux beaux en Ferrari ou Lamborghini faire rugir leur moteur alors qu’ils sont à touche-touche dans les embouteillages monstres et habituels de ce côté-là de Miami.
Si, depuis le début de notre périple, les Américains nous avant bluffés en réduisant chaque jour un peu plus en miettes les clichés avec lesquels nous étions partis de France, Miami a replacé la barre très, très haut sur l’échelle des préjugés. Ici, tout n’est que démesure, excès et superficialité. Mais allez savoir, c’est peut-être aussi ça, ce qu’ils appellent « liberté ».
L’autre 4 juillet, le beau, le vrai
Finalement, pour se rendre un peu mieux compte de ce que représente un 4 juillet dans ce pays, c’est dans les quartiers résidentiels moins huppés qu’il faut se rendre. Là-bas, comme partout dans le reste du pays, c’est un festival de feux d’artifices à tous les coins de rue. Pendant près de dix heures, du coucher du soleil jusque très tard dans la nuit, chaque famille sort de chez elle et illumine le ciel de ces milliers de feux achetés en grandes surfaces, dans les magasins spécialisés ou dans ces petits stands improvisés qui pullulent un peu partout les jours précédents la fête nationale aux Etats-Unis.
C’est comme ça qu’on a fait la rencontre de Patrick et de ses deux ados, Noah et Aaron, artificiers en chef du quartier de Buena Vista, situé au nord de Downtown Miami. Impressionné par la quantité phénoménale de feux d’artifice en tous genres qu’ils ont sortis devant chez eux - ce qui représenterait chez nous, au bas mot, la quantité suffisante pour animer un 14 juillet à Carcassone - on s’approche pour taper la discussion. « C’est une tradition aux Etats-Unis. On fait ça deux fois dans l’année, le 4 juillet et pour la nouvelle année », dit-il avant de présenter son arsenal dans les moindres détails.
On y trouve des pétards, des fusées, des cierges magiques, des fontaines, des bombes aériennes, tout l’attirail nécessaire pour rendre fiers les enfants et folle la voisine d’à côté, laquelle a beau hurler pour que tout s’arrête, notre trio ne l’entend pas de toute façon. Quant au prix, Patrick ne lésine pas sur les moyens. « Il y en a pour environ 500 dollars. Mais pour un truc acheté, un truc offert », se plaît-il à rappeler plusieurs fois. « Mais ce n’est pas dangereux ? », lui demande-t-on quand même. « Pas quand on fait ça en bonne intelligence : sans boire d’alcool », dit-il dans un grand sourire avec sa canette de bière à la main.
« Vous n’avez pas ça en France », demande-t-il alors, intrigué qu’on le soit nous aussi. Si, bien sûr, mais chez nous cher monsieur, c’est organisé par les communes et encadrés par des pompiers formés à cela. Des spécialistes qui ont par ailleurs quelques notions de sécurité pour tout ce qui concerne les incendies. « Tu te souviens l’an dernier quand on a failli brûler le toit de la maison ? », lui rappelle son fils Noah, hilare, tandis qu’Aaron arrose de partout avec des pétards qui explosent un peu trop près à notre goût. De Miami Beach au quartier middle class de Buena Vista, cette ville est décidément remplie d’êtres à part qui, s’ils ne résument pas à eux seuls l’Amérique un 4 juillet, en dépeignent tout de même assez bien une partie de ses excès.


















