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« Tu sais que le foot, c’est fini »… Harvard, cimetière d’une carrière pro ?

Coupe du monde 2026: « A Harvard, tu sais que le foot, c’est fini »… Dans la meilleure fac du monde, priorité aux études

D’abord les étudesHormis Matt Freese, le gardien de l’équipe américaine, les joueurs de l’équipe de foot de Harvard privilégient les études à leur carrière dans le ballon rond
Et si la France organisait la Coupe du monde 2038 ?
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Matt Freese, gardien de l’équipe américaine pour la Coupe du monde, est passé par Harvard en 2017-2018. Un fait rare, car très peu de joueurs issus de cette université prestigieuse réussissent une carrière professionnelle dans le football.
  • Selon Francisco D’Agostino, ancien coach adjoint, les étudiants de Harvard perdent leur passion pour le sport une fois admis, car « la majorité utilise le sport pour faire des connexions, améliorer sa carrière pro dans le business » et « perdent la passion pour le sport en se concentrant sur le scolaire ».
  • Alessandro Arlotti, ancien joueur formé à Monaco et international italien passé par Harvard, illustre ce phénomène : « Quand tu vas à Harvard, tu sais que le foot, c’est fini. »

De notre envoyé spécial à Boston,

Les étudiants ont, dans leur grande majorité, déserté le campus et ils ne restent plus que les touristes, prêts à lâcher 50 dollars pour un ridicule hoodie frappé du « H » rouge bordeaux reconnaissable un peu partout dans le monde. En ce début d’été, Harvard et sa célèbre université, dans la banlieue de Boston, vit dans un calme tout relatif, alors que l’un de ses éminents représentants peut devenir le héros de tout un pays.

Passé par la meilleure université du pays (et du monde) en 2017-2018, Matt Freese garde les buts des Etats-Unis durant cette Coupe du monde. Et, à la manière de Barack et Michelle Obama, John F. Kennedy, George W. Bush, Bill Gates, Mark Zuckerberg, Natalie Portman, Matt Damon ou Michael Bloomberg, tous passés par le « H », le portier américain pourrait agrandir la légende de Harvard en cas de titre mondial improbable.

Au-delà d’une étoile sur le maillot, Freese confirmerait surtout qu’il est un extraterrestre du ballon rond, puisque le nombre de joueurs passés par Harvard qui ont réussi à percer se compte sur les doigts d’une main du regretté Matthew Perry. On a eu beau fouiller les registres, hormis deux joueurs ayant une petite carrière en MLS dans les années 2010, aucun joueur de pied ballon ne réussit en ayant porté le maillot des Crimson. Surnom parfaitement choisi puisqu’on pourrait traduire, au-delà de la couleur rouge bordeaux, par « cramoisi ».

A Harvard, « ils perdent la passion pour le sport »

Le problème ne vient pas tant du niveau des joueurs, des coachs ou des installations. Non, il est ailleurs. « Beaucoup d’étudiants ont travaillé très fort pour jouer à un bon niveau, mais quand vous arrivez à Harvard, ce n’est globalement pas pour devenir sportif professionnel, déplore Francisco D’Agostino, ancien coach adjoint en 2018 et 2019. La majorité utilise le sport pour faire des connexions, améliorer sa carrière pro dans le business. Le sport peut aider à entrer académiquement à Harvard (même s’il n’y a pas de bourses) et une fois qu’ils y sont, ils perdent la passion pour le sport et se concentrent sur le scolaire. »

Dans la voix de celui qui entraîne aujourd’hui à Boston College, on sent beaucoup de déception, de frustration, même, lui qui a vu plusieurs de ses ouailles abandonner même l’équipe pour rester focus sur les études. : « Harvard, c’est difficile pour un coach d’entraîner, on a des gamins, qui ne sont pas engagés autant dans le foot que dans les études, et c’est malheureusement très dur. Je ne dis pas qu’il faut mettre le foot en priorité, mais tu dois être capable de gérer les deux de front… »

Le terrain de foot où se jouent les matchs de l'équipe de foot d'Harvard.
Le terrain de foot où se jouent les matchs de l'équipe de foot d'Harvard. - A. Huot / 20 Minutes

On imagine bien le coup de pression qu’ont reçu les étudiants à son arrivée, eux qui n’avaient pas gagné un match en Ivy League (qui regroupe les huit universités privées les plus prestigieuses du nord-est des Etats-Unis). D’ailleurs, depuis 2009, Harvard n’a jamais plus regagné ce petit championnat. Cette saison, les Crimson ont fini milieu de tableau dans une équipe où figurait Sophian Lovato.

Equilibre études-foot difficile à trouver

Arrivé dans le Massachusetts en septembre dernier, l’attaquant originaire de San Francisco n’a pas joué un seul match d’Ivy League avec Harvard mais rêve toujours de devenir pro. « Même si c’est pour jouer en troisième division italienne, nous explique-t-il. J’essaie aussi de me concentrer sur mes études, et que ça n’empiète pas trop sur le foot, mais combiner les deux, mais c’est dur. L’équilibre est difficile à trouver, j’essaie d’être à fond sur mes cours le matin, pour avoir l’aprèm libre pour le foot. »

« Tout le monde veut venir à Harvard, indique D’Agostino. Tu peux parfois être un très bon joueur et tout quitter pour venir dans cette université, comme Alessandro Arlotti, et puis après être happé par ce que représente cette université. » Formé au centre de formation de l’AS Monaco, international chez les jeunes en Italie avec qui il a disputé la Coupe du monde U17, Arlotti avait même signé pro à Pescara (Serie B) avant de rejoindre la banlieue de Boston en 2021.

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« C’était une décision très compliquée, nous raconte le pote de Maghnes Akliouche. Plein de personnes ont reproché mon choix de laisser l’équipe nationale, le foot pro, pour aller à Harvard. Mais, c’est une expérience exceptionnelle. Je savais que je ne pouvais pas dire non. Au début, j’avais quand même cet espoir de pouvoir peut-être aller en MLS à la suite. Et j’ai fait de très belles années : j’étais Rookie of the Year la première année. Et les trois années que j’ai faites à Harvard, j’étais dans l’équipe type de l’Ivy League. »

« Harvard a changé ma vie »

Mais, comme beaucoup d’étudiants, le vice-champion d’Europe U17 se laisse finalement « avoir » par Harvard, déplore le manque d’implication de ses coéquipiers, dont la mentalité est complètement différente de ce qu’il a connu en centre de formation, et finit aussi par oublier son rêve de devenir joueur professionnel : « Les cours te prennent beaucoup de temps, tu dois travailler et ta vie n’est pas dédiée au foot, comme ça peut l’être en centre. Tout n’est pas fait pour que tu deviennes pro. » Alessandro Arlotti, encore :

« Quand tu vas à Harvard, tu sais que le foot, c’est fini, honnêtement. J’ai fait de mon mieux et j’ai bien fait. Harvard, c’est une expérience qui a changé ma vie, qui a changé la façon dont je vois les choses, ajoute celui qui a fait des études d’économie. Je veux changer le monde en bien. Harvard, ça ne m’a pas enlevé la passion du foot, mais ça t’ouvre l’esprit. Maintenant, j’ai décidé maintenant d’aller travailler à New York et de laisser le foot de côté. Il y aura toujours ce côté ''what if'', mais aucun regret, jamais. C’est une expérience que je ne changerais pour rien au monde. »

On n’a évidemment pas parlé de la trajectoire d’Alessandro Arlotti à Sophian lovato pour ne pas briser ses rêves de parapher un jour un contrat professionnel, il n’empêche, il lui sera compliqué d’atteindre son rêve, surtout en MLS. « Le championnat américain est devenu plus fort, il y a plus d’argent, plus de jeunes joueurs internationaux, le niveau est devenu plus difficile pour les jeunes de l’université », admet D’Agostino.

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Mais le jeune californien n’en démord pas. « Il n’y a pas beaucoup d’étudiants de Harvard qui deviennent pros, c’est sûrement plus facile dans d’autres universités, conclut Lovato. Mais nous avons de bons coachs, nous avons une bonne équipe. Si vous voulez devenir un pro, je pense que c’est tout à fait possible à Harvard. » On le lui souhaite en tout cas. Et on surveillera attentivement la liste des Etats-Unis à la Coupe du monde 2030.

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