France - Irak : « C’était interminable »… Comment les Bleus ont géré l’énorme interruption due aux orages à Philadelphie
la goutte d’eau•Le match France-Irak, comptant pour la deuxième journée de la Coupe du monde, a été interrompu pendant deux heures lundiAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Le match France-Irak (3-0) à Philadelphie a été interrompu pendant deux heures en raison d'une alerte orage, obligeant les spectateurs à évacuer les tribunes, selon la législation américaine.
- Pendant cette longue interruption, les joueurs français ont dû gérer mentalement l'attente dans les vestiaires en restant actifs (vélo, discussions, nutrition).
- À la reprise de l'échauffement, certaines zones du terrain étaient gorgées d'eau, ce qui a provoqué un léger agacement de Kylian Mbappé.
De notre envoyé spécial à Philadelphie,
Il y a un petit côté sadique, revendiquons-le. A force de nous annoncer qu’une alerte orages allait tomber en plein match entre la France et l’Irak (3-0), lundi à Philadelphie, on s’était presque mis à espérer qu’elle arrive vraiment, histoire de voir à quoi ressemblait un pays qui s’arrête pendant quelques minutes à cause de pauvres petites gouttes de pluies et des éclairs plus beaux que dangereux. Ça, pour voir, on a vu. Un peu trop, même.
Alors qu’un déluge s’abattait sur le Lincoln Financial Field peu avant la mi-temps, une annonce en guise de guillotine est tombée sur les écrans vraiment géants du stade, alors que les joueurs étaient en route pour rejoindre les vestiaires : « A sévère thunder storm is approaching. » Conséquence immédiate : match interrompu et spectateurs sommés de quitter leur siège pour se mettre à l’abri, alors que le stade ne dispose que d’un minuscule toit qui doit abriter à peine 2 % des tribunes.
Elle était donc là, cette fameuse alerte orages, plus belle qu’on ne l’espérait. Dans la tribune de presse, fermée aux grandes eaux, des officiels de la Fifa tentent de rassurer : « On pense que le match reprendra quinze minutes après la fin de la mi-temps. » Il y en aura eu finalement cent cinq de plus. Deux heures d’attente, au total, avant que la seconde période ne puisse reprendre, en vertu de la législation en vigueur aux Etats-Unis qui prévoit que toute manifestation en extérieur peut être interrompue ou retardée si des éclairs sont détectés dans un rayon de 13 km.
« On s’adapte aux lois locales », comment Deschamps
« C’est une question de sécurité, je n’en veux à personne, a sobrement commenté Didier Deschamps. A partir du moment où il y a un risque, on s’adapte aux lois locales. » Et plutôt deux fois qu’une, puisque le sélectionneur a vu plusieurs fois l’horaire de reprise être décalée de trente minutes, en raison de petits éclairs qui circulaient dans le périmètre. « On attendait, parce qu’on avait des créneaux et ils étaient sans arrêt repoussés », soupire DD.
Alors, qu’ont fait les joueurs français, qui menaient 1-0 à la mi-temps grâce à un nouveau but de Kylian Mbappé, pendant ces deux très longues heures, où la pluie et les éclaircies se sont renvoyé la pareille, sans que personne ne sache quand le jeu allait reprendre ? « On a joué aux cartes, a plaisanté le sélectionneur. Non, on attendait, on était tranquilles, je plaisantais avec les joueurs. » Des joueurs, comme Manu Koné, qui fêtait sa première titularisation en Coupe du monde, dont le mental a été mis à rude épreuve.
« C’était interminable à l’intérieur, mais nous sommes restés professionnels. Nous nous sommes dit qu’il fallait rester concentrés, intenses. On a fait de la mobilité, le coach nous parlait. C’était long, j’avoue. »
Enorme travail mental et émotionnel
« Au départ comme on ne savait pas trop, on restait un peu actifs, on faisait un peu de vélo. Après quand on a vu qu’on n’avait pas d’heure (de reprise) on discutait, on rigolait », a rajouté Jules Koundé sur M6. « Chacun s’activait comme il pouvait, il y en a qui jouaient un peu au ballon, d’autres s’hydrataient et mangeaient, a ajouté Maghnes Akliouche. Il fallait surtout être prêt pour le moment où les arbitres allaient dire qu’il fallait aller s’échauffer. »
Mais le plus dur, durant cette interruption a été surtout de ne pas lâcher mentalement, « pour ne pas sortir du match » selon Akliouche, comme l’ont souligné tous les joueurs français interrogés après le match, dont Kylian Mbappé :
« C’était une soirée très longue, on a passé beaucoup de temps dans le vestiaire. Nerveusement et émotionnellement, c’était très difficile parce qu’on devait rester concentrés et concernés. Rester deux heures dans le vestiaire et rester très concentrés, c’est très difficile. Le staff et les joueurs ont fait un grand effort pour essayer de laisser concerner tous les joueurs. »
Et ça a payé. A 19h30 (2h30 en France), les joueurs ont fini par revenir sur la pelouse pour un nouvel échauffement, « le plus important, pour ne pas prendre de risques », selon Deschamps, alors que les spectateurs, trempés jusqu’à la moëlle avaient enfin l’autorisation de regagner leur siège, et que la sono crachait La Macarena et Hey Baby, de DJ Ötzi pour essayer de réchauffer tout ce beau monde. La fin du calvaire ? Pas totalement.
Inondations de certaines zones du terrain
Car, évidemment, pendant les deux heures de pause, la pluie a continué à tomber, et pas qu’un peu, sur l’antre des Eagles de Philadelphie, dont l’énorme vestiaire a servi de zone mixte. Et certaines zones du terrain ont fini gorgées d’eau. A l’échauffement, pendant que l’on voyait le ballon ne pas avancer à quelques endroits, on a alors vu Kylian Mbappé et plusieurs membres du staff tricolore gesticuler.
« Ce n’était pas de l’agacement, a répondu le Kyks. La partie où on attaquait était gorgée d’eau, ils ont passé vingt minutes à nettoyer la partie où on défend, et pas la partie où on attaque. Je voulais qu’ils passent le même temps sur les deux parties, quitte à choisir de nettoyer celle où on attaque. Mais ils n’y étaient pour rien, eux. Sur le moment, le fait d’attendre deux heures et quand tu arrives, tu vois qu’on n’a pas protégé la pelouse, c’était un petit énervement. »
Toute l'actu de la Coupe du mondeUn tout petit, qui n’a pas empêché les Bleus de repartir de l’allant. Pas perturbés plus que ça par cette pause, les Français ont fini par prendre le large au score, seulement neuf minutes après le retour des vestiaires, grâce à Kylian Mbappé. Il y en avait un qui avait des fourmis dans les jambes.


















