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Mais pourquoi le vestiaire du Real est aussi difficile à gérer ?

Real Madrid - Monaco : Alonso viré, Arbeloa moqué... Pourquoi le vestiaire madrilène est-il aussi difficile à gérer ?

galactiquesLe départ de Xabi Alonso la semaine dernière témoigne une fois de plus de la difficulté d’entraîner le Real Madrid, où le football est souvent relégué dans l’ombre des ego et de Florentino Pérez
Le Real Madrid est-il le club le plus détestable du monde ?
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • Le Real Madrid affronter l’AS Monaco en Ligue des champions ce mercredi. Les Merengues traversent actuellement une crise sportive marquée par le départ de Xabi Alonso sur le banc du Real et l’arrivée d’Alvaro Arbeloa pour le remplacer.
  • Le départ de Xabi Alonso pose la question de la marge de manœuvre des entraîneurs aux principes tactiques bien clairs à Madrid : après avoir tenté de recadrer Vinicius, Xabi a eu affaire à Florentino Pérez, qui lui a demandé d’être plus affectueux avec son joueur.
  • Seuls les entraîneurs acceptant un management consensuel comme Zidane et Ancelotti réussissent au Real Madrid, tandis que son successeur Alvaro Arbeloa adopte déjà une posture excessivement complaisante envers les stars et notamment Vinicius.

Les retrouvailles avec l’AS Monaco en Ligue des champions réveillent un lointain mais mauvais souvenir à Madrid, celui d’une élimination humiliante en quarts de finale contre une équipe insignifiante vu du piédestal des Galactiques. Si le club du rocher est assez loin de ce qu’il était en 2004 comme le prouve sa triste défaite contre Lorient, le contexte actuel du Real Madrid - départ de Xabi Alonso, arrivée d’Arbeloa et vestiaire capricieux - sonne comme une réminiscence de la crise déclenchée par cette funeste soirée à Louis-II qui avait conduit Florentino Pérez vers une inexorable démission en 2006, après trois années sans trophée.

Un départ en forme d’électrochoc pour réveiller la montagne de stars vieillissantes et capricieuses du Real, les Figo, Zidane et Ronaldo Nazario, toujours plus prompts à faire virer le pauvre José Antonio Camacho au bout de six matchs qu’à se remettre en question. « J’aurais souhaité mieux leur inculquer la notion d’effort, que chaque jour il faut faire en sorte de gagner sa place, déclarait il y a 22 ans Florentino Pérez. Nous avons fait une équipe de grands joueurs dont je suis seul responsable, je les ai mal élevés et ils se sont trompés. J’ai agi comme un père qui donne ce qu’il y a de mieux à ses enfants et les induit en erreur. Je suis le seul coupable. »

« Un coach interventionniste va se heurter à l’autorité de Florentino Pérez »

Dans un monde normal, le président du plus grand club du monde aurait tiré des leçons de son vécu en refusant d’accorder trop de pouvoir à ses stars. Dans le nôtre, Vinicius a eu le droit de remettre en cause l’autorité de son entraîneur en mondiovision lors d’un clasico sans être réellement inquiété. Fede Valverde peut bouder parce qu’il joue latéral droit et Jude Bellingham traîner des pieds parce qu’il n’aime pas le système en place. Chassez le naturel, il revient au galop. Florentino péfère les stars à ses entraîneurs. Normal, elles ont fait du Real le club le plus riche au monde. Alors il faut les aligner, coûte que coûte, souvent au détriment des idées des entraîneurs, quand ils en ont comme Xabi Alonso, Julen Lopetegui ou Rafael Benitez. Le jour où les principes de jeu feront vendre, la tendance s’inversera.

« Si un entraîneur prétend être interventionniste au Real Madrid, il va se heurter à l’autorité du président, qui souhaite lui aussi intervenir, y compris dans les questions sportives, révèle le journaliste d’El Pais Diego Torres, longtemps suiveur privilégié de la vie à la maison blanche. Le président donne son avis sur la composition des équipes, sur le schéma tactique, sur le choix entre un 4-4-2, un 4-3-3, cinq défenseurs ou quatre défenseurs. »

C’est aussi lui qui décide une année - contre l’avis de Carlo Ancelotti - que Toni Kroos n’a pas besoin de successeur puis la suivante que Luka Modric - contre l’avis de Xabi Alonso - non plus. « L’influence du président est très importante, ce qui rend le vestiaire très difficile à gérer pour un entraîneur. C’est le facteur déterminant. »

La phrase de Florentino qui a perdu Xabi Alonso

La magie du poste ? Si l’entraîneur échoue dans un numéro d’équilibriste qui consiste à bien faire jouer au football les Merengues, gagner valider les choix de Florentino et satisfaire les egos… c’est de sa faute. Selon le récit du départ de Xabi tel qu’écrit en Espagne par la Cadena SER, le grand raïs l’aurait accusé de n’avoir pas su tenir son vestiaire. Ce à quoi le technicien basque aurait rétorqué qu’à chaque fois qu’il avait essayé de le faire, le club s’était rangé du côté des joueurs contre lui et qu’il n’avait jamais pris le parti de son entraîneur.

Sans doute faisait-il alluson à la phrase à l’origine de son mal-être qui lui a adressée par Pérez après le Clasico-gate : « tu dois être plus affectueux envers Vinicius ». Consigne moyennement entendue. Lors de la récente victoire (5-1) du Real contre le Betis, Alonso en était encore à pourir le Brésilien pour son pressing mou du genou à la perte du ballon. « Eh, putain Vini. Vas-y mec, vas-y. Fais le pressing, putain, fais le pressing ! Ne t’arrête pas, vas-y ! » Des trucs de coach qui coache, oui, mais surtout des trucs qu’on ne fait pas impunément à une star de ce Real.

Le compromis à la Zidane et Ancelotti, seule voie possible pour avoir la paix ?

Xabi Alonso aurait-il péché par amour propre dans un costume qui lui demande parfois de se faire tout petit ? « Ceux qui ont réussi au Real Madrid sont des personnes, des entraîneurs qui ont une capacité extraordinaire à équilibrer leurs relations avec les joueurs et avec le président », résume Diego Torres. Carlo Ancelotti et Zinédine Zidane sont les meilleurs exemples. Dans une vidéo publiée par Hamidou Msaidie, ancien adjoint de ZZ au Real, sur sa chaîne YouTube, l’ancien numéro 10 évoque son management à Madrid. « On était à la disposition des joueurs. Pour moi, c’est ce qui fait la force de quelque chose, tu es là pour le joueur. Si tu n’as pas compris ça tu ne peux pas durer dans ce métier. Tu es là pour les accompagner. Tu es là pour montrer que tu es là pour eux. Pour qu’ils adhèrent à ce que tu mets en place, il faut qu’ils nous aiment bien quand même ! »

Faute de remplaçant crédible disponible ou disposé à succéder à Xabi Alonso, le Real Madrid a choisi Alvaro Arbeloa, un homme qui, pour le coup, fait tout pour être aimé de tous. Un chouïa trop. L’ancien défenseur du club et de la Roja est devenu un « meme » en un temps record par sa propension à en faire des tonnes. Et que je m’arrête devant les 15 trophées de la C1 devant les caméras alors que je passe devant tous les jours depuis 15 piges. Et que je me revendique de José Mourinho. Et que mon effectif est parfait. Et que je n’ai pas besoin de milieu créatif. Et que je m’écrase devant Vinicius malgré sa médiocrité.

« Il sera sur le terrain tant qu’il sera disponible et qu’il continuera à fournir les performances qu’il fournit actuellement, a déclaré Arbeloa à la veille du match contre Monaco. C’est un footballeur fantastique, exceptionnel. En tant qu’entraîneur du Real Madrid, si je veux avoir une chance de gagner, j’ai besoin de lui. J’ai besoin de Vinicius sur le terrain. »

Preuve que la méthode bisounours ne fonctionne pas beaucoup mieux que celle de Xabi Alonso, Florentino Pérez ne verrait pas Alvaro Arbeloa comme un entraîneur crédible sur le long terme. Celui-ci rêverait secrètement de Jurgen Klopp et, à défaut, de José Mourinho. « Personne ne l’apprécie plus au Real que Florentino », sourit Diego Torres. Le Mou est peut-être le seul entraîneur capable d’être plus grand qu’un vestiaire rempli de Galactiques. Plus insupportable, aussi. Mais c’est encore une autre affaire.