Coupe du monde féminine 2023 : « Notre fierté a été heurtée »… Comment Hegerberg et la Norvège ont-elles digéré l’Euro ?
FOOTBALL FEMININ•De retour en sélection après cinq ans de mise en retrait, la star de l’OL a vécu une désillusion lors de l’Euro 2022 en Angleterre. La voici face à un nouveau défi, dès le match d’ouverture du Mondial contre la Nouvelle-Zélande, jeudi (9 heures)Jérémy Laugier
L'essentiel
- La Norvège va disputer le match d’ouverture de cette Coupe du monde féminine de football, jeudi (9 heures) à Auckland, contre la Nouvelle-Zélande.
- Portée par son attaquante vedette qui évolue à l’Olympique Lyonnais, Ada Hegerberg, mais aussi par la Barcelonaise Caroline Graham Hansen, la sélection norvégienne fait partie des outsiders de la compétition.
- Difficile toutefois d’occulter le fiasco de l’Euro 2022 en Angleterre, où malgré le retour de sa buteuse lyonnaise, la Norvège avait notamment subi un historique 0-8 contre les Anglaises au premier tour.
Est-il plus facile de porter sa sélection nationale lorsqu’on se nomme Ada Hegerberg ou Erling Haaland ? Au vu du riche palmarès féminin (sacres à l’Euro en 1987 et 1993, à la Coupe du monde en 1995 et aux JO en 2000, et plus récemment finale de l’Euro 2013 et quart du Mondial 2019), le débat semble vite réglé. Mais même s’il n’y a eu que cinq phases finales dans toute l’Histoire pour les Norvégiens (dont une traversée du désert en cours depuis le Mondial 1998 et l’Euro 2000), l’ascension (sans fin) du crack de Manchester City et l’élargissement (sans fin) des grandes compétitions internationales rebattent les cartes.
« En Norvège, on s’est habitué à ce que ce soit les filles qui participent aux grands tournois, explique Jonas Adnan Giæver, journaliste sportif norvégien. Il y a une vraie tradition, elles ont été à un tel niveau de performance pendant si longtemps. Donc encore aujourd’hui, notre Fédération met autant en avant Hegerberg qu’Haaland pour faire la promotion des équipes nationales. Et cela se fait naturellement, ce n’est pas du tout un calcul pour ne pas dénigrer le football féminin. »
« Le pays mérite qu’on montre une meilleure image »
Ce journaliste norvégien remarque néanmoins une évolution : « Il y a à présent un élan d’espoir vu le niveau d’Haaland avec City et d’Odegaard avec Arsenal. Mais malgré les tournois agrandis, ça reste plus de l’espoir et du rêve d’en faire partie. Les vraies attentes concernent notre équipe féminine ». A commencer par le match d’ouverture de la Coupe du monde féminine 2023, jeudi (9 heures à Auckland) contre la Nouvelle-Zélande. La poule des Scandinaves semble très abordable, avec également la Suisse et les Philippines. Et surtout, après s’être mise en retrait de sa sélection de 2017 à 2022, car elle ne supportait plus le fonctionnement amateur de sa Fédération, Ada Hegerberg est de retour.
Mais la première Ballon d'or de l’histoire du football féminin (en 2018) n’a pas évité un sacré fiasco lors de l’Euro 2022 en Angleterre. « Une Coupe du monde, c’est quelque chose de très spécial, nous rappelait d’emblée la Lyonnaise, lors d’une interview fin mai au centre d’entraînement de son club. A nous d’avoir beaucoup d’envie, le pays mérite qu’on montre une meilleure image de nous-même que l’an passé. » Car on pouvait presque se demander s’il ne valait pas mieux être absent d’une telle compétition, comme les garçons, qu’afficher une telle bouillie collective lors du premier tour. Il y a bien eu un net succès contre l’Irlande du Nord (4-1), mais aussi une courte défaite fatale face à l’Autriche (0-1) et une déroute monumentale contre l’Angleterre (0-8). Ada Hegerberg a accepté de revenir sur ce douloureux épisode :
« Notre fierté a été beaucoup heurtée pendant l’Euro. Le 0-8 a été très dur à digérer pour moi. Je n’avais jamais perdu sur un tel score dans ma carrière. Je sortais d’une saison où on avait gagné la Ligue des champions avec l’OL, ce qui m’avait donné beaucoup de confiance. On ne peut pas se permettre de perdre de cette manière, à ce niveau-là, surtout par rapport au soutien qu’il y avait dans notre pays. On n’a pas envie de revivre ça. Si on n’a pas appris de ce moment difficile, on n’avancera pas. La qualité de la Norvège a toujours été de se battre et de rester ensemble, à nous de le faire. » »
Des anciennes joueuses à la tête de la Fédé et de la sélection
A quel point le fiasco de l’Euro, avec cette élimination dès le premier tour, a-t-elle déçu le peuple norvégien ? « Les attentes étaient très importantes au pays car on récupérait enfin Ada Hegerberg pour un tournoi majeur, confie Jonas Adnan Giæver. On pensait tous que l’attaque allait être redoutable autour d’Ada Hegerberg (28 ans) et de Caroline Graham Hansen [FC Barcelone, 28 ans], deux joueuses ayant remporté la Ligue des champions. Mais c’est surtout le sélectionneur [le Suédois Martin Sjögren] qui a été pointé du doigt dans le pays, bien plus que les joueuses. Il n’avait aucun leadership et un style très frileux. »
NOTRE DOSSIER SUR LA COUPE DU MONDE FEMININELa nomination sur le banc de touche d’Hege Riise, élue meilleure joueuse du Mondial 1995, et la présence d’une autre ex-internationale majeure de la sélection, Lise Klaveness, à la tête de la Fédération norvégienne de football, pourraient permettre à Ada Hegerberg et sa bande de rebondir lors de ce Mondial. « J’aime bien être confiante, mais je n’aime pas trop parler avant de disputer les matchs, sourit Ada Hegerberg. Le plus important, c’est d’être bien préparées, avec un groupe soudé, et de savoir qu’on a quelque chose à faire dans le tournoi. La Norvège est un petit pays, on n’a pas 1.000 joueuses à disposition. Mais ça ne veut pas dire qu’on ne doit pas avoir d’ambition. » On imagine effectivement mal Ada Hegerberg en manquer un jour.


















