Chelsea - Real Madrid : Comment Benzema a érigé le jeu de tête au rang d'œuvre d'art
FOOTBALL•A Stamford Bridge, mercredi soir, Karim Benzema a confirmé qu’il était désormais l’un des plus beaux joueurs de tête que compte le football à l’heure actuelleAymeric Le Gall
C’est José Mourinho qui disait que le foot est un jeu qui « commence par la tête, continue par le cœur et finit par les pieds. » Mercredi soir, sous les trombes d’eau londonienne, Karim Benzema est venu apporter sa petite correction personnelle, en bouclant la boucle de la tête à la tête. Si la progression du Nueve dans ce domaine n’a rien d’une nouveauté, ces deux magnifiques coups de casque contre Chelsea l’ont définitivement fait entrer dans la catégorie des maestros de la discipline.
Et encore, on parle de coup de casque mais, s’agissant du deuxième, une merveille parmi les merveilles, il serait plus judicieux de parler de caresse. C’est d’ailleurs celui-là que son auteur a préféré. « Les trois buts sont importants mais c’est peut-être le deuxième [le plus beau], parce que c’est en finesse », disait-il au coup de sifflet final. De son placement entre les défenseurs jusqu’au petit pas de recul qui fait la diff’, en passant par ce mini-mouvement de la nuque pour amortir le ballon plus que le frapper, tout dans ce geste n’est que luxe, calme et volupté.
Benzema, où le réflexe contrôlé
Notez que le premier n’est pas vilain non plus, mais dans un autre style. Pour le décrire, vu qu’on ne fera pas mieux que lui, on laisse la plume de Vincent Duluc, jeudi dans L’Equipe, faire le travail : « Quand Vinicius centre en retrait, un peu fort, il n’a que la tête à opposer, comme un réflexe, mais le réflexe dit tout ce que son corps a été préparé à faire sans réfléchir. »
Réflexe, le mot ne pouvait être mieux choisi. Mais un réflexe tout en contrôle pour venir rabattre ce ballon dans la lucarne de Mendy et donner des maux de tête aux physiciens de la trajectoire les plus chevronnés. Honnêtement, combien de joueurs à l’heure actuelle son capable de rentrer ce ballon ? Lewandowski, peut-être, c’est tout. Et, surtout, combien à sa place auraient fermé les yeux et parié sur la chance du malentendu ?
Mais Benzema ne ferme pas les yeux, il répète ses gammes comme avec ses pieds. A force de travail, sous le patronage de CR7, le roi de la cabeza, l’international tricolore est parvenu à maîtriser toutes les techniques possibles. C’est ce qu’il racontait lundi à nos confrères de L’Equipe : « Pour la précision, c’est comme dans mon jeu, je ne suis pas un bourrin. Donc je saute, et ensuite je sais s’il faut piquer, s’il faut mettre en cloche. Faire une tête, ce n’est pas fermer les yeux et mettre un coup. Pourtant, il y en a beaucoup qui marquent des buts comme ça ! ».
La classe de la tête aux pieds
C’est cette manière d’appréhender le geste avec intelligence qui a plu à Tony Cascarino, un autre maître en la matière, dans un précédent papier que nous avions écrit sur le sujet. « Le jeu de tête requiert bien plus de technique qu’il n’y paraît, nous disait l’ancien Nancéien. C’est tout un art. L’art de se placer, l’art de sauter dans le bon tempo. Tout le monde n’en est pas capable. La progression de Benzema dans le jeu de tête depuis dix ans est juste exceptionnelle. »
Après un doublé du crâne contre l’Athletic Bilbao en 2019, Zidane himself en était resté pantois. « Il a marqué 10 buts de la tête cette saison ! Je ne le voyais pas aussi bon de la tête. Mais vraiment ! Il est toujours au bon endroit, il saute au bon moment, il a cet instinct de se mettre toujours où il faut. Je suis content pour lui, ça paye, son travail est récompensé. »
Depuis cette fameuse saison déclic, en 2018-2019, KB9 a planté 27 buts (sur 121, soit 22%) de la tête avec le Real. Mais le plus beau dans tout ça, c’est que ce sont rarement des buts de raccrocs. « Il a mis la tête là où d’autres n’auraient pas mis le pied », disait feu Thierry Roland en son temps. Là encore, l’ancien Lyonnais se permet de corriger l’expression à sa sauce : Il fait avec sa tête ce que d’autres ne font pas avec leurs pieds. Chapeau l’artiste.


















