OL-ASSE : Les supporteurs lyonnais se réjouiraient-ils vraiment de voir leurs « meilleurs ennemis » couler en Ligue 2 ?

FOOTBALL En cas de septième défaite consécutive en championnat, ce vendredi (21 heures) au Parc OL, les Stéphanois (20es) se rapprocheraient encore un peu plus d’une relégation en Ligue 2

Jérémy Laugier
— 
Les écharpes anti-Stéphanois sont fréquentes dans les travées du Parc OL, à l'occasion du derby.
Les écharpes anti-Stéphanois sont fréquentes dans les travées du Parc OL, à l'occasion du derby. — R.Lafabregue/AFP
  • L’OL accueille ce vendredi (21 heures) son voisin stéphanois, pour un 124e derby sous haute tension, en raison des deux situations sportives compliquées, à Lyon comme à l’ASSE.
  • Actuels 20es de Ligue 1, les Verts sont en grand danger de relégation, 18 ans après leur remontée dans l’élite.
  • Si d’aventure Sainté filait en L2, quelle serait la réaction de ses « meilleurs ennemis », du côté de Lyon ?

« Derby : ils sont à l’agonie… Achevez-les ! » Il a suffi d’une banderole des Lyon 1950, sèchement condamnée par   l'OL sur Twitter, mercredi, pour raviver le débat sur les limites de la ferveur autour d’un tel match. Fâchés contre la réaction de leur club, les supporteurs lyonnais craignent de voir leur derby « aseptisé ». Certains redoutent, plus encore, de ne pas vivre de sitôt un 125e épisode entre les ennemis voisins. Car avant un rendez-vous lourd d’enjeu, ce vendredi (21 heures) au Parc OL,  les Verts sont derniers de Ligue 1, avec seulement deux succès en 20 matchs.

« Comme tout supporteur de l’OL, dès que le calendrier de la saison tombe, je regarde les deux dates du derby, bien avant les matchs contre le PSG ou l’OM, indique Thierry Greco, vice-président du groupe les Canuts de l’OL, situé dans le virage sud. Ça me ferait donc chier de voir les Stéphanois en Ligue 2 car je tiens à cette suprématie régionale qu’on garde pendant six mois, à condition de l’emporter dans l’affrontement direct sur le terrain. J’ai de la famille à Sainté, et des collègues de travail fans des Verts, et je suis à fond pour nos chambrages avec eux. Non, vraiment, nos meilleurs amis me manqueraient. »

L'ambiance parfois hostile du derby reste importante dans le Chaudron.
L'ambiance parfois hostile du derby reste importante dans le Chaudron. - P.Desmazes/AFP

« Ça m’irait très bien que ce club disparaisse en DH »

Si Thierry Greco (57 ans), qui a vécu son premier derby à la fin des années 1970, souhaite donc aux Verts « de finir 17es », tous ne sont pas de cet avis. « Quand je vois à quel point aucune défaite ne me rend aussi triste et énervé que contre l’ASSE, ça m’irait même très bien que ce club dépose le bilan et disparaisse en DH, lance ainsi Richard, un supporteur du virage sud. Je n’aime pas les Stéphanois, et pour moi, le derby, ça va au-delà du chambrage. Donc je ne peux pas leur souhaiter quelque chose de positif comme un maintien. Mais peut-être que je finirai par regretter l’absence du derby s’il n’y en a plus dans nos cinq prochaines saisons. »

De nombreuses banderoles avaient notamment visé les joueurs de l'OL, trois jours après une défaite (2-0) dans le derby de février 2017..
De nombreuses banderoles avaient notamment visé les joueurs de l'OL, trois jours après une défaite (2-0) dans le derby de février 2017.. - JEFF PACHOUD / AFP

Cette configuration, Richard l’a déjà vécue, comme tous les supporteurs lyonnais de plus de 35 ans, durant le précédent bail de l’ASSE en Ligue 2 (de 2001 à 2004). Celui-ci n’épargne pas le voisin stéphanois.

 Comme on était tout le temps champions sur ces saisons-là, je me foutais un peu de l’absence des Verts. Après, les retrouver et les humilier à chaque fois, c’était un bonus sympa. »
 

Les supporteurs de l’ASSE n’ont toujours pas pu se rendre au Parc OL

Les Stéphanois vont en effet être gâtés de 2004 à 2009, avec un bilan de 2 nuls et 8 défaites, dont un cruel revers 2-3 pour les retrouvailles en octobre 2004 dans le Chaudron, après avoir mené 2-1 jusqu'à la 87e minute. « Leur remontée en L1 nous avait permis de prendre encore plus de plaisir dans nos titres, résume Jean-Pierre, un habitué du virage nord. Je me souviens surtout du 4-0 pour être champions à Gerland [en avril 2006], où on voit débouler les joueurs avec le visage peint en rouge et bleu. En fait, on les déteste mais on aime les détester. Donc dans un sens, je prendrais un malin plaisir à les voir mourir à petit feu en  Ligue 2, mais d’un autre côté, je me dis qu’on n’a actuellement déjà plus beaucoup d’émotions dans une saison. Alors si en plus on se retrouve sans derby… »

L'électricité lors d'un derby se retrouve aussi sur la pelouse, avec ici un affrontement de légende entre Alexander Söderlund et Mapou Yanga-Mbiwa, en 2018 à Sainté.
L'électricité lors d'un derby se retrouve aussi sur la pelouse, avec ici un affrontement de légende entre Alexander Söderlund et Mapou Yanga-Mbiwa, en 2018 à Sainté. - P. Desmazes/AFP

Voilà le dilemme de tant d’accros à l’OL et à la rivalité régionale, qui constatent déjà avec regret que les supporteurs de l’ASSE n’ont jamais pu assister à un derby à Décines depuis le déménagement en 2016 au Parc OL. Côté Sainté, cette perspective de plus en plus plausible est évidemment encore plus mal vécue, puisqu’elle s’accompagnerait d’un retour en Ligue 2, un an avant le passage à 18 clubs de la L1.

« Le prochain derby sera peut-être contre Grenoble, ce n’est pas le même délire »

« Ça ne sent vraiment pas bon pour nous et il y aurait un grand vide de ne plus affronter l’OL, estime Baptiste (42 ans), fidèle supporteur des Verts. Rien ne vaut la montée d’adrénaline d’une semaine d’avant-derby. Quand je pense au fait que le prochain derby pour nous sera peut-être contre Grenoble, ce n’est pas le même délire. Ça affadit la saison. »

Le virage sud du Parc OL s'était inspiré pour un tifo, en février 2018, de la célébration iconique de Nabil Fekir lors du précédent derby (0-5).
Le virage sud du Parc OL s'était inspiré pour un tifo, en février 2018, de la célébration iconique de Nabil Fekir lors du précédent derby (0-5). - J.Pachoud/AFP

Et ce n’est pas Jean-Michel Aulas, qui vient d’évoquer « un préjudice de près de 12 millions d’euros » après les huis clos et jauges à 5.000 spectateurs sur les gros matchs contre l’OM, le PSG et l’ASSE, qui se réjouirait de l’absence de derby en 2022-2023.