OL-PSG : Pourquoi Peter Bosz a-t-il à ce point renoncé à son football offensif contre Paris ?

FOOTBALL Avec moins de 32 % de possession de balle, les Lyonnais ont livré une prestation aussi solide que minimaliste, dimanche contre le PSG (1-1)

Jérémy Laugier
— 
A l'image de Damien Da Silva et Lucas Paqueta s'employant ici pour tenter de stopper l'incontournable Kylian Mbappé, l'OL a surtout passé son temps à défendre dimanche.
A l'image de Damien Da Silva et Lucas Paqueta s'employant ici pour tenter de stopper l'incontournable Kylian Mbappé, l'OL a surtout passé son temps à défendre dimanche. — Laurent Cipriani/AP/SIPA
  • Enlisé en milieu de tableau en Ligue 1, l’OL (désormais 11e) a obtenu un point contre le PSG (1-1) dimanche.
  • Même s’ils ont vite ouvert le score au terme d’un superbe mouvement entre Bruno Guimaraes et Lucas Paqueta (1-0, 8e), les Lyonnais ont montré un visage très défensif, avec 31,6 % de possession de balle.
  • Pourtant adepte d’un « football attractif », Peter Bosz a assumé ce choix tactique, dicté par la mauvaise passe de son équipe et la menace constituée par Kylian Mbappé.

Au Parc OL,

Cherchez l’erreur : il y a quatre mois au Parc des Princes, l’OL n’avait pas eu peur de tenir tête par le jeu (46 % de possession) à un  PSG effrayant sur le papier avec son quatuor offensif Di Maria-Mbappé-Neymar-Messi (2-1). Seul  Kylian Mbappé était disponible dimanche et pourtant, Peter Bosz a totalement envoyé balader ses fameuses convictions d’un football « offensif et attractif » pour cette rencontre à domicile, alors que son équipe (13e au coup d’envoi) avait urgemment besoin de points.

Alors Peter, qu’était-ce donc que ce 3-4-3 avec en piston droit un Léo Dubois sans surprise inoffensif au possible ? « Je ne regrette pas notre manière de jouer, assume le coach néerlandais. Sans nos trois attaquants qui sont à la CAN, ça ne nous donnait pas la chance d’évoluer d’une certaine manière, donc on a joué avec trois défenseurs centraux. »

Déjà en 3-4-3 à domicile face au FC Metz

Un premier décryptage s’impose : on trouve parmi les joueurs ayant rejoint le Cameroun Tino Kadewere (0 but et 1 carton rouge en 9 apparitions avec Bosz) et Islam Slimani (4 buts en 16 matchs), clairement la doublure de Moussa Dembélé cette saison. Autant dire que seul le Camerounais Karl Toko Ekambi (11 buts en 23 rencontres) est véritablement une pièce maîtresse de l’OL cette saison sous Peter Bosz. Et puis, les trois mêmes défenseurs centraux (Lukeba, Da Silva et Boateng) avaient déjà été alignés avant Noël contre… le FC Metz (19e), pour un nul (1-1) guère renversant.

L’ancien technicien de l’Ajax en convient : « Le match aller à Paris était différent, on avait mieux joué, mais ce soir, on était 13es et on avait beaucoup d’absents. » Oui, enfin deux titulaires donc (Denayer et Toko Ekambi). « Normalement, on va chercher les équipes très haut, mais face à des joueurs rapides comme Mbappé, j’ai demandé aux gars de bien défendre avec cette stratégie d’un bloc médian, même bas et compact. »

« Je crois vraiment que ce sont des bonnes bases pour la suite »

Des joueurs, vraiment ? Quelle était donc l’autre flèche offensive d’un PSG que même Pochettino a qualité de « lent » sur la première période dimanche ? Icardi ? Wijnaldum ? Herrera ? Vous l’aurez compris, Kylian Mbappé et ses 7 buts sur les 3 matchs précédents fait désormais tellement flipper qu’il pousse à lui seul l’entraîneur adverse à renoncer à sa vision du foot pendant (au moins) 90 minutes. Au final, ça nous donne 31,6 % de possession de balle pour un OL acculé dans ses 30 mètres, et qui avait planifié/accepté de l’être bien avant l’ouverture du score de Lucas Paqueta, au terme d’un sublime mouvement collectif partant d’un six mètres d’Anthony Lopes (1-0, 8e).

Même s'il ne l'a pas totalement reconnu, c'est bien le seul Kylian Mbappé, dans une forme éblouissante actuellement, qui a en partie poussé Peter Bosz à opter pour un très prudent 3-4-3 à domicile.
Même s'il ne l'a pas totalement reconnu, c'est bien le seul Kylian Mbappé, dans une forme éblouissante actuellement, qui a en partie poussé Peter Bosz à opter pour un très prudent 3-4-3 à domicile. - Laurent Cipriani/AP/SIPA

« Le groupe a tout donné jusqu’au bout, tout le monde s’est battu, insiste Peter Bosz. Il y a un peu de déception mais il faut quand même être content avec ce point. Je crois vraiment que ce sont des bonnes bases pour la suite. » Aura-t-on donc le plaisir de voir l’OL s’inspirer d’un match de « bétonneurs » pour se rendre à Troyes (16e) dimanche prochain ? Quand on voit le récital technique, malgré ce choix minimaliste, du trio de playmakers Guimaraes-Aouar-Paqueta, n’y a-t-il pas matière à vite repartir sur le projet initial de l’été plutôt que de se féliciter d’avoir gratté un nul à l’arrache à Lille (1-1) et contre le PSG (1-1) ?

« L’état d’esprit a vraiment été top et on veut garder ça »

« Je pense qu’on s’est rassuré ce soir, il y avait du mieux par rapport à nos matchs de 2021, retient avant tout Maxence Caqueret. On s’était préparés à un match comme celui-ci face à Paris, à avoir un peu moins la balle. Mais on aurait dû faire plus offensivement, être un peu plus haut, pour gagner ce match. » Ouf, la lucidité n’a pas définitivement quitté le vestiaire lyonnais après ce succès qui lui tendait les bras jusqu’au surprenant but de Thilo Kehrer (1-1, 76e).

Les deux poteaux trouvés par Kylian Mbappé, guère muselé sur son côté par la doublette Dubois-Da Silva, auraient aussi pu pousser l’ancien capitaine rennais à tirer un constat moins optimiste. « L’état d’esprit a vraiment été top et on veut garder ça, c’est un socle pour l’équipe, martèle Damien Da Silva. Voilà, aujourd’hui c’était Paris en face, mais on doit bien évidemment travailler pour pouvoir pratiquer un jeu plus alléchant. Si tout le monde pense à l’équipe, ça va le faire. » La reconstruction d’un groupe convalescent (désormais 11e en L1) va clairement prendre du temps.



« On est l’OL, donc on est dangereux pour chaque équipe »

A ce propos, l’analyse de Marco Verratti est virile mais correcte : « Lyon a joué la contre-attaque en étant très très bas. On sait qu’ici en France, c’est difficile parce qu’on n’a pas d’espace et qu’après, il y a des joueurs qui vont vite. On a eu des matchs beaucoup plus difficiles que ça contre Lyon. »

Dans un passé récent, Bruno Genesio et Rudi Garcia étaient par exemple spécialistes de gros coups face à l’ogre du championnat. Maxence Caqueret a tout de même tenu à basculer dans l’autopersuasion dimanche soir : « On est l’OL, donc on est dangereux pour chaque équipe ». Pas certain que les Troyens soient spécialement terrorisés ce lundi.