Girondins de Bordeaux : Vladimir Petkovic est-il encore vraiment l'homme de la situation ?

FOOTBALL A la tête d’une équipe totalement à la dérive, l’entraîneur suisse n’a jamais été aussi proche de la sortie

Clément Carpentier
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Vladimir Petkovic, l'entraîneur des Girondins de Bordeaux.
Vladimir Petkovic, l'entraîneur des Girondins de Bordeaux. — Sebastien SALOM-GOMIS / AFP
  • La question de l’avenir de Vladimir Petkovic à la tête des Girondins de Bordeaux se pose de plus en plus après la nouvelle déroute de son équipe à Rennes.
  • Arrivé cet été dans les valises de Gérard Lopez, le Suisse n’a jamais réussi à créer de dynamique avec son groupe et son management interroge dans une course au maintien.
  • Son avenir ne tient qu’à sa loyauté envers sa direction et à un gros chèque à signer pour celle-ci en cas de limogeage.

C’est une déclaration aussi marrante que lunaire. Dimanche, Vladimir Petkovic a tout simplement avancé l’argument de son signe astrologique (le lion) pour évoquer son avenir à la tête des  Girondins de Bordeaux et affirmer au passage qu’il « ne lâchera pas ». Une première dans l’histoire du football. Et qui a évidemment donné encore du grain à moudre à ses détracteurs entre ses « popopopo » à longueur de match sur son banc de touche ou ses « sicuramente (sûrement) » à chaque question d’un journaliste en conférence de presse. Une attitude et des réponses qui lui valent déjà depuis des semaines les pires moqueries de ses propres supporteurs sur les réseaux sociaux. Comme si le club, déjà raillé à longueur de temps, avait besoin de ça.



Cela a au moins eu le mérite de montrer à quel point l’ancien entraîneur de la Nati semble aujourd’hui totalement perdu. Incapable de sortir son équipe d’une impasse qui la mène « tout droit en Ligue 2 » pour reprendre les mots de son défenseur Enock Kwateng après la déroute à Rennes (6-0). Une vilaine fessée synonyme de deuxième défaite historique en l’espace d’une semaine, après  celle contre l’OM. C’est en effet la plus large défaite du club depuis près de 36 ans. Si  Gérard Lopez, le propriétaire et président des Marine et Blanc, multiplie ces derniers jours les attaques en règle envers ses joueurs, il va devoir très sérieusement se pencher sur la question de son coach qu’il soutient mordicus depuis le premier jour. Car la question est bien inévitable aujourd’hui : Vladimir Petkovic, pire entraîneur de l’histoire du club dans l’élite (14,3 % de victoires), est-il encore vraiment l’homme de la situation ?

Sa relation avec les joueurs ? « C’est le néant ! »

Pour la plupart des supporteurs bordelais, non. Pour la direction, oui jusqu’à maintenant. Au milieu de tout ça, les Ultramarines font part de leurs « très sérieux doutes » sur le Suisse mais sans (encore) réclamer sa démission. Pourtant, Vladimir Petkovic est de plus en plus indéfendable, à l’image de son équipe devenue le week-end dernier la pire défense des cinq plus grands championnats européens (50 buts encaissés en 21 matchs, 2,35 buts par match). Bien sûr, il y a beaucoup d’erreurs individuelles. Mais l’entraîneur a aussi une large part de responsabilité quand, au bout de six mois, son équipe n’a toujours pas réussi un clean-sheet (match sans prendre de but). Il y a quelques semaines, une scène avait particulièrement frappé les habitués du Haillan. Après une nouvelle défaite contre Brest (et un premier coup de gueule de la direction) et alors que les Girondins prenaient déjà l’eau de partout, le coach bordelais n’avait pas trouvé bon de travailler dans l’urgence l’aspect défensif, avant un nouveau déplacement périlleux à Strasbourg. Cela avait « rendu fou »  Jaroslav Plasil, l’un des adjoints, racontait à l’époque un témoin de la séance.

Vladimir Petkovic au milieu de ses joueurs.
Vladimir Petkovic au milieu de ses joueurs. - PHILIPPE LOPEZ / AFP

L’état physique de ses troupes pose aussi sérieusement question, ses joueurs ne gagnent pas un duel. Même si le préparateur physique du club (Antonio Calado) est largement pointé du doigt – « il n’a pas du tout le niveau », explique un proche de l’équipe – c’est sa responsabilité. Cette même personne ajoute d’ailleurs que Vladimir Petkovic et son adjoint portugais se « contredisent régulièrement ». En interne, on affirme simplement que c’est aux joueurs de s’acclimater à une nouvelle façon de travailler. Enfin, le plus inquiétant est sûrement son management. Au-delà de ses propres joueurs qui se plaignent d’entraînements quasi-identiques d’une semaine à l’autre, le Suisse ne transmet rien. Il n’a pas piqué une colère en 21 matchs alors que son équipe aligne parfois des performances indigentes. Pire, il ne dégage absolument rien depuis son banc de touche pendant les matchs, comme s’il ne savait pas quoi faire.

Sa relation avec les joueurs ? « C’est le néant ! », lâche un membre du club. Il ne s’appuie d’ailleurs sur aucun joueur en particulier pour faire passer ses messages, seul Jaroslav Plasil essaie d’entretenir un lien entre le staff et les joueurs avec l’aide d’Admar Lopes. Si les compétences tactiques de Vladimir Petkovic ne sont pas remises en cause (quoique), son management interroge dans une course au maintien. Là où il faudrait une figure forte, un point de repère pour les joueurs au quotidien, sans tomber dans la caricature comme d’autres entraîneurs, ils ont face à eux un personnage lisse et surtout froid. Aurait-il oublié qu’on ne gère pas un club comme une sélection ? Peut-il forcer sa nature pour bouger son équipe ? Pour l’instant, en réponse, il se tait et ne souhaite pas alimenter la critique.

Un fidèle « pion »… qui pourrait en plus coûter (très) cher

Face à ce constat, la position de la direction de le soutenir est-elle si surprenante ? Oui et non. Gérard Lopez et son directeur technique, Admar Lopez, ne sont pas dupes. Ils connaissent le football et virer un entraîneur, ils savent faire (cf. Marcelo Bielsa au Losc en 2017). Dans des conditions similaires, El Loco avait été remplacé par Christophe Galthier pour mener l’opération maintien. Sauf qu’il y a une différence aujourd’hui, et elle est de taille. Contrairement à l’actuel coach de Leeds, Vladimir Petkovic n’est jamais sorti du rang : « Il est toujours dans le projet, il n’a pas fait d’écart notamment dans sa communication, il est encore aligné sur ses patrons », affirme un proche de la direction. C’est d’ailleurs pour cette raison que les détracteurs des Girondins de Bordeaux affirment qu’il n’est avant tout qu’un « pion ». Un pion qui accepte tout de sa direction (des recrues à la dernière minute, des membres du staff imposés dont un entraîneur des gardiens presque inaptes à la pratique du football, des joueurs écartés dont son propre capitaine, etc.). Certains vont même jusqu’à dire qu’il ne fait pas l’équipe…

L’autre raison de ce soutien est bien sûr financière. Gérard Lopez a beau crier à tue-tête que limoger son entraîneur n’est pas une question de gros sous car il est là pour construire sur le long terme, l’homme d’affaires hispano-luxembourgeois ne trompera personne sur le sujet. Vladimir Petkovic n’a pas un aussi beau contrat que Paulo Sousa à l’époque, mais il émargerait tout de même à près de 150.000 euros mensuels. Avec encore deux ans et demi de contrat, son licenciement coûterait au bas mot entre 4 et 5 millions d’euros au club. Même si forcément la somme risque de baisser en cas de négociations, elle resterait énorme pour un club comme les Girondins de Bordeaux. Selon les informations de 20 Minutes, ce n’est de toute manière toujours pas la tendance et aucune négociation n’a été ouverte à cette heure. Plus globalement, l’entourage de Gérard Lopez répète ne pas « sentir un président inquiet mais plutôt quelqu’un de déterminé prêt à sortir son club de ce bourbier. » Et pour l’instant, toujours avec l’aide de Vladimir Petkovic…

Coupet débarque à Bordeaux

L’ancien gardien international Grégory Coupet a rejoint ce lundi le staff technique des Girondins de Bordeaux où il s’occupera des gardiens de l’équipe professionnelle. A 49 ans, celui qui était en poste à Dijon (L2) « remplace le Portugais Vitor Pereira qui occupera de nouvelles fonctions au sein du club ». Formé à Saint-Étienne, l’international aux 34 sélections (de 2001 à 2008) a fait la majeure partie de sa carrière à Lyon où il a décroché sept titres de champion, une Coupe de France et une Coupe de la Ligue, avant de rejoindre l’Atletico Madrid puis le Paris SG. Après sa carrière de joueur, Coupet a été consultant avant de devenir entraîneur des gardiens à l’OL en 2016, puis à Dijon en 2020.