Le RC Strasbourg peut-il encore être appelé le « Marseille de l’Est » ?

FOOTBALL Un temps le Racing et l’OM ont été comparés pour leurs similitudes, notamment en termes de passion et d’instabilité. Est-ce toujours le cas ? Les deux clubs s’affrontent ce dimanche (17 heures) au stade de la Meinau

Thibault Gagnepain
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Souvent opposé à la direction du club pendant les années 90 et 2000, le public strasbourgeois a aujourd'hui normalisé ses relations avec le club.
Souvent opposé à la direction du club pendant les années 90 et 2000, le public strasbourgeois a aujourd'hui normalisé ses relations avec le club. — SEBASTIEN BOZON / AFP
  • Le RC Strasbourg (6e) et l’Olympique de Marseille (3e) se retrouvent ce dimanche en Ligue 1 à la Meinau.
  • Les deux clubs ont été pendant un moment comparés. Le Racing était ainsi surnommé le « Marseille de l’Est » en référence à des excès dignes du club phocéen.
  • Est-ce que cette comparaison peut encore exister ? Oui et non selon d’actuels ou anciens joueurs ou membres du club strasbourgeois.

Un informaticien qui rachète le club pour un euro, des supporters qui mettent (littéralement) le feu au stade pour contester le renvoi d'un entraîneur ou encore  des dirigeants poursuivis pour des transferts frauduleux… Bienvenue au  RC Strasbourg ! Il n’y a pas encore si longtemps, le club alsacien était surnommé le « Marseille de l’Est ». Une comparaison née à partir des années 1980, quand le Racing, alors en haut de l’affiche, a découvert l’instabilité. Crise de résultats, de gouvernance, tensions, débordements, surtout dans les années 1990 et 2000… De quoi être rapproché de  l'OM et de ses excès en tous genres.

« Au niveau de l’ambiance et des publics, c’était aussi assez similaire. Il y avait et il y a toujours un peuple de chaque côté », souligne l’ancien défenseur Teddy Bertin, qui a joué dans les deux clubs. Dont cinq saisons en Alsace (1998-2003), pendant lesquelles il a connu… 6 entraîneurs ! « Oui, ça défilait pas mal et on ne voyait pas souvent le président [Patrick Proisy]. J’ai le souvenir de quelques tensions », sourit aujourd’hui l’entraîneur de Saint-Quentin (N2), ravi de voir que ces temps sont révolus.

Depuis sa rétrogradation administrative en CFA 2 (5e division) à l’intersaison 2011, le RC Strasbourg ne fait plus de vagues extra-sportives. « Toute cette instabilité n’existe plus depuis l’arrivée comme président de Marc Keller [à l’été 2012] », précise Jean-Luc Filser, speaker historique du club. « Il est plus que carré et aussi exigeant vis-à-vis de lui-même qu’avec ses équipes. Même quand ça va moins bien, tout le monde tire dans le même sens. »

Des supporters toujours "aussi passionnés mais plus dans l’analyse"

Les supporters aussi. Finis les appels à la démission de présidents (Bord, Proisy, Ginestet, Hilali, etc.) ou d’entraîneurs. L’union sacrée semble décrétée depuis que le club alsacien s’est sorti des tréfonds du foot amateur. « Les relations sont apaisées avec la direction », confirme Philippe Wolff, le président de la Fédération des supporters du RCS. « On est toujours aussi passionné qu’avant mais plus dans l’analyse. Et on monte au front de manière constructive. »

Serait-ce là une différence notable avec leurs homologues marseillais, dont certains avaient saccagé le centre d'entraînement de l'OM en janvier dernier ? François Keller veut le croire. « Je pense que nos fans sont plus positifs que dans le Sud, où ils sont davantage dans la critique dès que ça ne va pas », estime le directeur du centre de formation du club alsacien et frère du président. Un argument validé par Jean-Luc Filser. « Nous sommes passés d’un public de spectateurs à un public de supporters. Le déplacement du kop d’un virage à la tribune ouest y a fait pour beaucoup et aujourd’hui, un chant est repris par tout le stade. »

Fini le banc éjectable

Plus globalement, le RC Strasbourg a su se défaire d’une réputation sulfureuse. « Aujourd’hui, on sent qu’il y a un projet et une cohérence, ce qui n’était pas toujours le cas à mon époque », confirme Cédric Kanté, formé sur les bords du Krimmeri avant de s’y affirmer chez les pros jusqu’en 2006. « Tout ça est le résultat d’un gros travail de fond mené depuis des années avec Marc Keller comme personnage central. »

Un personnage discret et pas du genre à virer un entraîneur sur un coup de tête. En neuf ans et demi de mandat, il en a connu seulement quatre : son frère François, Jacky Duguépéroux, Thierry Laurey et donc, depuis l’été dernier, Julien Stéphan. Sur la décennie précédente, dix techniciens s’étaient succédé sur le banc de la Meinau !

La fin des stars

« Le tempo du projet est donné par la direction qui choisit un entraîneur à même de le mener », résume François Keller en évoquant un climat de travail « serein ». Où, à son poste de directeur du centre de formation, il n’est plus difficile d’attirer les talents de demain. « Car on a maintenant l’image d’un club sexy, familial, qui monte et surtout où on travaille. » Une image incarnée, aussi, par des joueurs besogneux et aux noms peut-être moins clinquants qu’à une époque. Celle des Mostovoï, Chilavert, Leboeuf, etc.

« Certains étaient starifiés alors qu’aujourd’hui, il ne semble plus avoir de grandes disparités de statuts ni de revenus », analyse encore Cédric Kanté. L’actuel consultant pour Canal+ International l’avoue, il n’a, comme beaucoup en Alsace, jamais trop aimé la comparaison avec l'Olympique de Marseille. « Car les palmarès ne sont pas comparables et que c’était surtout lié à des affaires extra-sportives. On avait tendance ici à faire vite de grosses histoires de pas grand-chose. C’est loin tout ça… »

Ce dimanche, les deux clubs se retrouveront à la Meinau dans un climat apaisé. Après deux débuts de saison réussis sportivement et sans bouleversement de gouvernances. Et si c’était  l'OM qui s’inspirait maintenant du Racing ?

« A l’intérieur, on ressent cette stabilité »

Entraîneur des gardiens du Racing depuis son retour de… Marseille à l’été 2020, Stéphane Cassard confirme que le club alsacien ne nage plus en eaux troubles. Lui qui l’a connu à des époques bien plus compliquées (2004-2010). « A l’intérieur du club, on ressent cette stabilité », explique l’ancien gardien. « C’est dans la volonté de continuer comme ça, de progresser et de grandir encore. On le voit notamment avec le nouveau centre d’entraînement ou le projet d’agrandissement du stade. » Comme beaucoup, Stéphane Cassard lie cette force tranquille nouvelle du Racing à un homme : le président Marc Keller. « Il a su, avec les personnes qui l’entourent, stabiliser, structurer et redonner son identité à ce club », loue-t-il, avant de prévenir. « Le Racing n’est pas revenu depuis très longtemps en Ligue 1 (été 2017), il faudra voir avec les années si ça dure. »