Girondins de Bordeaux : Comment le club est-il arrivé bord du gouffre financièrement ?

FOOTBALL Ce monument du football français est en péril après le désengagement de son actionnaire cette semaine

Clément Carpentier

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Frédéric Longuépée
Frédéric Longuépée — UGO AMEZ/SIPA
  • Face à une situation financière catastrophique, King Street a décidé de se retirer du club et d’enclencher un processus de vente.
  • Déjà structurellement déficitaires, les Marine et Blanc paient aujourd'hui une gestion totalement hors sol de ses propriétaires américains depuis deux ans et demi. 
  • La dette du club est estimé autour de 100 millions d'euros.  

Plus de 100 millions d’euros. Voilà le déficit des Girondins de Bordeaux aujourd’hui. Un énorme trou dans la caisse qui a fini ce jeudi par pousser King Street, le fonds d’investissement américain propriétaire du club, à lâcher les Marine et Blanc pour le mettre « sous la protection du Tribunal de Commerce de Bordeaux » afin d’entamer un processus de vente. Comme dirait lui-même le PDG du club, Frédéric Longuépée, l’actionnaire a décidé de siffler la fin de la récréation. De mettre fin (radicalement) à une gabegie financière qui dure depuis bien trop longtemps au château du Haillan.

En effet, si la situation s’est fortement dégradée depuis le rachat du club en novembre 2018 par les Américains, elle n’était déjà pas très glorieuse à l’époque de M6. Cela date de la gestion de l’après titre de 2009. A l’époque, les Girondins ont les yeux plus gros que le ventre, la direction augmente notamment fortement les salaires. Au fur et à mesure, le club se retrouve avec un déficit structurel de plus en plus important et tous les ans, la chaîne remet au pot pour effacer d’un revers de main celui-ci jusqu’au jour où elle ne peut plus tenir le rythme et décide de vendre.

Cette année-là, le déficit structurel est de 25 à 30 millions d’euros. Pourtant, M6 s’est toujours vanté d’avoir vendu le club sans un centime de dettes et même avec un résultat positif de quelques millions. Pourquoi ? out simplement parce que le club venait de boucher celui-ci une dernière fois grâce à la vente de Malcom au Barça pour 40 millions d’euros à l’été 2018.

Une masse salariale qui a explosé en deux ans et demi

Problème, la question du déficit n’était pas pour autant réglée puisqu’il s’agissait bien d’un déficit structurel avec notamment un club qui a « une structure de club de Ligue des champions [près de 300 salariés] alors qu’ils jouent la 10e place de la Ligue 1 ! » dixit un ancien dirigeant. Mais le pire est à venir. Le club est acheté à crédit avec un prêt de 40 millions d’euros contracté par King Street auprès de Fortress à rembourser d’ici octobre 2022.

Le fonds d’investissement fait aussi l’erreur de confier la gestion des Girondins à son associé GACP, un autre fonds d’investissement. Peu regardant sur la situation du club à l’époque, KS met un an à se rendre compte que les Girondins vont droit dans le mur. En effet, GACP va tout simplement dépenser de l’argent qu’il n’a pas ! Cela se traduit par une très forte augmentation de la masse salariale (de 11 millions d’euros selon Joe DaGrosa, le président du club à ce moment-là) et un train de vie des nouveaux dirigeants complètement hors sol.

L'entente cordiale est terminé entre Joe DaGrosa, Hugo Varela et Frédéric Longuépée.
L'entente cordiale est terminé entre Joe DaGrosa, Hugo Varela et Frédéric Longuépée. - NICOLAS TUCAT / AFP

King Street arrête alors une première fois les frais en écartant GACP en décembre 2019. Mais dans les mois qui suivent, la politique ne change pas beaucoup. Frédéric Longuépée, le nouveau PDG, continue de recruter à tour de bras avec parfois des salaires très élevés. Le déficit continue de se creuser et pourtant, dans le même temps, les Marine et Blanc vendent les derniers « bijoux de famille » pour tenter de combler les pertes : Jules Koundé part à Séville pour près de 25 millions d’euros alors que six mois plus tard en janvier 2020, Aurélien Tchouaméni rejoint Monaco pour 18 millions d’euros. Les deux joueurs sont aujourd’hui aux portes de l’équipe de France.

LeCovid-19 et Mediapro ont fini par achever le club

Mais à la grande différence de M6, King Street refuse de boucher le trou « gratuitement » à chaque fin de saison. Il le bouche pour passer la DNCG le moment venu mais considère cet apport d’argent comme un nouveau déficit. Et bien sûr à force d’accumuler ces derniers, la note devient très vite salée. Peu importe si depuis un an le club a mis en place une politique d’austérité pour essayer coûte que coûte de redresser la barre. Par exemple, 26 salariés ont quitté le club ces dernières semaines à travers un plan social.

Enfin, le coup de grâce est arrivé, comme pour d’autres, avec la crise sanitaire du Covid-19 et ses conséquences économiques. La défaillance de Mediapro​ venant achever les Girondins puisque le business plan des Américains était notamment construit sur les Droits TV. C’est en partie avec eux que King Street espérait récupérer son argent. Il n’en sera rien. Le déficit est aujourd’hui estimé entre 60 et 80 millions d’euros en fin de saison. Une somme à laquelle, il faut ajouter le prêt de 40 millions d’euros de Fortress, la barre des 100 millions d’euros n’est plus très loin.

Alors pourquoi la DNCG n’a rien dit pendant tout ce temps ? Eh bi n parce que King Street s’était jusqu’à maintenant toujours porté garant devant le gendarme financier du football français. Le fonds d’investissement avait même augmenté le capital social du club de 27 millions d’euros l’été dernier, puis de 40 cet hiver pour passer devant la DNCG avant qu’en début de semaine, le board de KS ne décide de couper le robinet.

Les Ultramarines appellent à un rassemblement samedi

Le plus grand groupe de supporteurs des Girondins donne rendez-vous ce samedi à 15h place Pey Berland à Bordeaux à tous les amoureux du club. « Une manifestation de colère, d’orgueil mais aussi de dignité. Un électrochoc pour nos joueurs, également. Notre club est en ruines, nous ne pouvons pas nous résigner à le regarder couler sans mot dire », explique les Ultramarines dans leur communiqué.