FFF : « Il fallait qu’il y ait 50 % de "vrais Français" »… L’ancien directeur de l’INF revient sur l’affaire des quotas

FOOTBALL Cela fait dix ans tout pile que l’affaire des quotas a éclaboussé la Fédération française de football

A.L.G.

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Gérard Prêcheur, l'ancien directeur de l'INF Clairefontaine, lors d'une séance d'entraînement avec les jeunes du centre.
Gérard Prêcheur, l'ancien directeur de l'INF Clairefontaine, lors d'une séance d'entraînement avec les jeunes du centre. — FRANCK FIFE / AFP

Un anniversaire de sombre mémoire. Comme nous le rappellent nos confrères de RMC, qui ont invité l’ancien directeur de l’INF Clairefonatine Gérard Prêcheur dans l’After mardi soir, cela fait presque dix ans que l'affaire des quotas a éclaboussé la Fédération Française de Football. Souvenez-vous : en avril 2011, Mediapart avait mis en lumière le projet jusque-là secret, discuté lors d’une réunion de la direction technique nationale (DTN), d’instaurer des quotas dans la sélection des jeunes formés dans les pôles Espoirs du pays.

C’est aussi à cette occasion que les propos du sélectionneur tricolore de l’époque Laurent Blanc, présent lors de cette réunion, avait choqué l’opinion publique. « En France, on a l’impression qu’on forme le même prototype de joueurs : grands, costauds, puissants. Grands, costauds, puissants. Qu’est-ce qu’il y a actuellement comme grands, costauds, puissants ? Les Blacks. C’est comme ça », avait-il alors dit lors de cette conversation entre quatre murs (avec oreilles).

Dix ans plus tard, donc, Gérard Prêcheur est revenu sur cet épisode sur RMC. « Il y a eu une volonté de la Fédération d’instaurer des quotas discriminatoires à mon goût. Je m’y suis opposé », a-t-il posé d’entrée de jeu. Avant de détailler le mail qu’il a reçu à l’époque et dans lequel on lui demandait « qu’il n’y ait pas plus 50 % de jeunes joueurs candidats au concours [d’entrée à l’INF] qui aient la double nationalité. Pour reprendre une expression qui m’a un peu choqué, il fallait qu’il y ait 50 % de "vrais Français", qui n’aient que la nationalité française. »

Un coup d’épée dans l’Atlantique

« Le lendemain, j’ai envoyé un mail à mon directeur technique national, mon supérieur hiérarchique, en lui expliquant que je ne pouvais pas répondre favorablement à sa consigne et que je m’opposais à cette politique. Quelques jours après, l’affaire a éclaté », poursuit-il. Mais malgré la mise en place d’une commission d’enquête à la demande de la ministre des Sports de l’époque, Chantal Jouanno, aucune réelle suite n'a été donnée à cette affaire.

Une vraie déception pour l’ex-directeur de l’INF : « Je suis resté quelques années encore [à la FFF] pour veiller mais ni le ministère, ni la fédération [dirigée à l’époque par Fernand Duchaussoy] n’a pris de sanction. Quelques semaines après, Noël Le Graët était élu nouveau président de la FFF et renforçait le DTN [François Blaquart, à l’origine de la proposition de quotas] dans ses fonctions. »