PSG-Leipzig : Comment Mbappé est devenu meilleur passeur que buteur (on exagère à peine)

FOOTBALL L’attaquant parisien est celui qui compte le plus de passes décisives en C1 depuis 2017

A.L.G et J.L

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Kylian Mbappé est le meilleur passeur décisif en Ligue des champions depuis 2017.
Kylian Mbappé est le meilleur passeur décisif en Ligue des champions depuis 2017. — David Ramos / POOL / AFP
  • Kylian Mbappé n’a plus marqué en Ligue des champions depuis sept matchs, c’est la pire série noire de sa carrière.
  • S’il ne plante plus sur la scène européenne, le Parisien est en revanche le meilleur passeur de la compétition depuis 2017 (avec 15 passes dé).
  • Alors, simple adaptation en attendant de retrouver son modjo face aux buts ou réelle évolution de sa palette ? C’est la question qu’on s’est posée avant la réception de Leipzig au Parc des Princes.

Sept matchs sans marquer dans la même compétition. On ne s’est pas caillés le lait à remonter toute la carrière de Kylian Mbappé depuis la crèche des petits lutins à Bondy, mais chez les pros, c’est une première. Même en équipe de France, où il a connu des périodes de sécheresse les premiers temps, la série s’est arrêtée au plus tard le septième jour, parce que l’attaquant parisien ne respecte pas les dimanches du seigneur.

Plus jeune joueur à avoir planté 17 buts en Ligue des champions, Mbappé cale un peu depuis un an, et le drakkar norvégien du Borussia Dortmund pourrait envoyer son record par le fond avant la fin de l’année. Mais s’il y a bien une stat’ qu’Haaland n’approchera même pas en rêve, c’est celle des passes décisives. Avant d’affronter Leipzig pour un match ô combien crucial pour l’avenir du PSG cette saison, Mbappé en C1, c’est 15 offrandes depuis 2017. Personne ne fait mieux.

« Je pense que je dois évoluer »

Pour vous donner une idée du chantier, les meilleurs passeurs de l’histoire de la compétition, que sont nos deux Martiens habituels Messi et Ronaldo, plafonnent autour de 35/40. On peut donc estimer qu’à ce rythme, Mbappé mettra moins de temps à devenir le meilleur passeur ever de la C1 que son meilleur buteur (s’il y arrive un jour), ce qui dit beaucoup de l’évolution naturelle du Français, beaucoup moins individualiste que ce qu’on veut bien raconter, parfois. C’est le joueur lui-même d’ailleurs qui a tenu à mettre la question sur le tapis lors d’une interview publiée fin octobre sur le site officiel du PSG.

« Je pense que je dois évoluer et j’en prends conscience chaque jour, avoue Mbappé. (…) Il faut jouer avec les autres. Tu ne gagnes pas tout seul et ça, c’est le plus important dans un sport collectif. Ce n’est pas encore parfait parce que je suis un attaquant et un attaquant, au fond, on lui apprend à être égoïste à être dans sa bulle. C’est un poste très spécial, et je sais qu’il est difficile de comprendre l’état d’esprit d’un attaquant. Mais je fais un travail sur moi-même, je sais que pour gagner un match il faut travailler tous ensemble, et savoir faire briller les autres aussi, c’est aussi important que de briller soi-même. C’est vraiment quelque chose que je suis en train d’apprendre. »

Mbappé passeur, une adaptation plus qu’une évolution

Par curiosité, on est allés fouiller sur le site des archéologues de l’histoire parisienne pour situer le jeune champion du monde : 51 passes décisives répertoriées depuis l’été 2017, cela en fait déjà un membre émérite du top 10 all time, entre Verratti (47) et Rothen (52). Rothen, justement. On a voulu demander l’avis de celui qui n’aura bientôt plus Mbappé dans son rétro, pour savoir si, en tant que spécialiste des passes sur un plateau, il note lui aussi une évolution notoire dans la manière de jouer du Français.

« Pour moi c’est surtout dû à son positionnement qu’à une véritable prise de conscience. Dans les matchs de très haut niveau, on le voit beaucoup décrocher, partir de très loin, en faisant de grosses différences individuelles au niveau de la percussion, et quand t’es dans ce rôle-là – un peu à l’image de ce que fait Neymar –, t’as plus l’occasion de donner des balles de but que de finir. Pour moi, ce n’est pas une évolution, c’est plus une adaptation. » L’ancien numéro 25 parisien en veut pour preuve le match à Monaco vendredi. « Si tu le fais jouer mardi comme il a joué ce week-end sur la première mi-temps [en pointe dans le 4-4-2 de Tuchel aux côtés de Moise Kean], tu vois qu’il fait beaucoup d’appels dans la profondeur, et il a marqué. Là, naturellement, tu vas plus le voir finisseur. »

La passe pour Neymar contre Dorrmund, en 8e de finale aller 2020.
La passe pour Neymar contre Dorrmund, en 8e de finale aller 2020. - Capture d'écran/RMC
a passe pour Choupo face à l'Atalanta Bergame, en quarts de finale du Final 8.
a passe pour Choupo face à l'Atalanta Bergame, en quarts de finale du Final 8. - Capture d'écran/RMC

« Passeur il l’était déjà »

C’est peu ou prou ce que nous dit Jean-Claude Lafargue, son ancien formateur à l’INF Clairefontaine, pour qui Mbappé « ne se découvre pas subitement des talents de passeur ». « Si vous jouez au Barça, vous n’allez pas prendre le poste de Messi, vous allez être obligé de vous adapter. Pareil pour ceux qui jouent avec Ronaldo, le cas de Benzema est très parlant à ce titre. Benzema, aujourd’hui, il est autant passeur que buteur, et il s’est énormément amélioré dans la dernière passe, dans le jeu pour les autres. Mbappé c’est pareil, ce n’est pas tant qu’il a évolué, c’est qu’il s’est adapté à la situation du PSG. Ces joueurs-là sont capables d’analyser et de se dire "voilà, le poste où je vais être le plus efficace, c’est là" ».

Pro jusqu’au bout des ongles, Jean-Claude Lafargue prend le temps de ressortir son vieux calepin des cartons pour étayer son propos. « J’avais écrit ça sur lui un jour, quand il était petit, à l’INF : "Kylian possède un potentiel très intéressant dans la diversité offensive passeur/buteur." Voilà, passeur il l’était déjà. Il était buteur aussi, bien évidemment, mais il faisait déjà marquer énormément de buts à ses coéquipiers. Sauf qu’avec le temps, selon les postes où il joue, et aussi les joueurs avec qui il joue, il expérimente encore tout un tas de choses. On a tendance à l’oublier mais il est encore jeune et je pense qu’il est encore dans une période de test. »

Mbappé doit trouver sa voie

Mbappé serait donc à la croisée des chemins, à jauger ce qui est le plus pertinent pour la suite de sa carrière. Mais ira-t-il jusqu’à se déjuger lui-même et accepter l’idée, du moins tant qu’il est au PSG, que c’est sur le côté qu’il est le plus utile pour l’équipe, avec potentiellement à la clé plus de passes dé que de pions ? En gros, va-t-il choisir la voie de Messi ou celle de Ronaldo, qui sur ces denières années est devenu plus un buteur pur, quitte à délaisser les petits copains ? « Le but à un moment donné c’est d’être efficace, les grands joueurs ne sont jugés que là-dessus, et pour l’être il faut trouver le registre dans lequel on est le plus performant. Mais lui il sera dans les deux, buteur et passeur », prédit Lafargue.

Jérôme Rothen n’a visiblement pas la même boule de cristal à la maison. « Pour moi, le vrai passeur entre guillemets, il a ça en lui, analyse-t-il. Et tu le vois, Kylian c’est pas le style à faire un contrôle-une passe dé. C’est plutôt un contrôle, je vais percuter, je vais dribbler, et après il va tellement vite dans les enchaînements qu’il a le choix de donner ou de finir. Il peut tout faire mais je reste persuadé que son point fort c’est de marquer des buts et pas de les donner. »

« C’est vrai qu’on l’attend malgré tout à la finition », acquiesce un autre ancien parisien, José-Karl Pierre-Fanfan. « Il veut évoluer au poste d’avant-centre, donc on l’attend là. Il faut qu’il arrive à transcrire son côté tueur en Ligue 1 en Ligue des champions, prévient l’actuel consultant pour Canal +. La concentration, la gestion des émotions, de la pression, sont des domaines où il doit encore travailler. Il connaît la pression hein, il est champion du monde, etc, mais il est sûrement conscient qu’il a encore un petit déficit en Ligue des champions. Les passes décisives, c’est très bien, mais c’est un minimum. »