PSG-OL : « Je voulais savoir jusqu’où la petite fille venant d’Islande pourrait aller », confie Sara Björk Gunnarsdottir

INTERVIEW La première internationale islandaise de l’histoire de l’OL évoque longuement pour « 20 Minutes » son parcours et sa mentalité de guerrière, au moment de défier le PSG ce vendredi (21 heures) dans le choc de la D1

Jérémy Laugier

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Trois mois après avoir battu le PSG sur la scène européenne, Sara Björk Gunnarsdottir va retrouver la défenseure parisienne Paulina Dudek ce vendredi au Parc des Princes.
Trois mois après avoir battu le PSG sur la scène européenne, Sara Björk Gunnarsdottir va retrouver la défenseure parisienne Paulina Dudek ce vendredi au Parc des Princes. — Alvaro BARRIENTOS / AFP / POOL
  • Moins de deux mois après sa signature à l’OL, Sara Björk Gunnarsdottir (30 ans) a remporté la Ligue des champions pour la première fois de sa carrière.
  • Dans un entretien accordé à 20 Minutes, l’ancienne milieu de terrain de Wolfsburg raconte son enfance en Islande, marquée par le football mais aussi deux graves blessures.
  • Sara Björk Gunnarsdottir décrypte également ce fighting spirit qui pourrait être précieux à l’OL, ce vendredi (21 heures) pour son choc en D1 au Parc des Princes face au PSG.

Au centre d’entraînement de l’OL,

Inarrêtable  Sara Björk Gunnarsdottir. C’est ainsi que la recrue majeure de l’OL cet été a intitulé son autobiographie (enfin, Óstöðvandi en VO), publiée l’an dernier. A 30 ans, l’ancienne milieu de terrain de Wolfsburg vient d’un pays comptant davantage de volcans actifs que de joueuses professionnelles dans toute son histoire. Très attachée à l’Islande, île de moins de 400.000 habitants qu’elle aime redécouvrir durant les vacances à bord d’un mini-van, elle est désormais la joueuse la plus capée de sa sélection (134 matchs).

Avant de disputer le choc de la D1, ce vendredi (21 heures au Parc des Princes) contre le PSG, Sara Björk Gunnarsdottir s’est longuement confiée à 20 Minutes, mercredi au centre d’entraînement de Décines. Entre fighting spirit exacerbé à l’adolescence par deux années blanches en raison de graves blessures, adaptation express dans la meilleure équipe d’Europe, et rêve tenace d’un sacre en Ligue des champions comblé illico avec Lyon, les Parisiennes ont une sacrée nouvelle cliente face à elles.

Vivre jusqu’à l’âge de 20 ans dans un pays aussi particulier et isolé que l’Islande vous a-t-il à la fois construit en tant que femme et en tant que joueuse ?

Oui, l’Islande fait partie de moi. On a l’habitude de travailler dur, et ce quelles que soient les conditions climatiques. Concernant le football, je m’entraînais tout le temps dehors durant mon enfance. Quand ta seule possibilité pour jouer, c’est d’aller affronter un vent soufflant à plus de 100 km/h, la neige et la pluie, ça te rend forcément plus forte, plus résistante. Quand j’ai commencé à évoluer à l’étranger, ce n’était vraiment pas un problème pour moi s’il y avait un peu de vent (sourire).

Comment vous êtes-vous construit un destin de footballeuse professionnelle en étant sur cette île qui compte encore aujourd’hui moins de 7.000 licenciées ?

Petite, je n’avais pas de modèle féminin dans le football. On était loin du professionnalisme d’aujourd’hui, et les footballeuses n’étaient pas du tout visibles. J’ai donc grandi en regardant la Premier League à la télévision. Avant l’adolescence, ça ne m’a jamais traversé l’esprit de rêver de devenir une joueuse pro. Et puis à 18 ans, j’ai vu certaines filles quitter l’Islande pour rejoindre le championnat suédois, qui était professionnel, et j’ai réalisé que je pouvais moi aussi y arriver. Quand je vois le développement récent du football féminin, je me dis que j’aurais bien aimé avoir 15 ans aujourd’hui (sourire).

Appréciez-vous d’être perçue comme une véritable guerrière sur le terrain ?

Oui, le fighting spirit est toujours dans la mentalité d’une joueuse islandaise. On doit tout faire pour prouver qu’on a le niveau international car notre sélection est toujours présentée comme la petite équipe. Ce trait de caractère vient notamment de ce qu’était ma vie à 18-19 ans. Je devais me lever à 5 heures pour effectuer un extra d’entraînement individuel, puis j’allais à l’école, puis je travaillais dans une garderie après les cours, et j’avais mon entraînement collectif de football le soir. Quand tu veux devenir meilleure, tu dois organiser ton agenda en fonction. Bien sûr qu’à cet âge-là, tu dois sacrifier des fêtes avec les amis. Mais la période qui définit le mieux mon goût du travail, c’est celle de mes blessures, entre 15 et 17 ans.

Que vous est-il alors arrivé ?

J’ai été touchée gravement aux ligaments croisés du genou puis au fémur. Le premier médecin que j’ai vu était bien stupide (sourire), il m’a dit : « Je ne pense pas que tu puisses rejouer au football un jour, mais peut-être que tu pourrais être hôtesse de l’air ». J’ai immédiatement pleuré en sortant de son cabinet, puis ma mère a eu la bonne idée de changer de médecin. Ma rééducation a été extrêmement longue, avec deux années sans football, mais je savais que je ferai tout pour retrouver ma passion. C’était le seul domaine dans lequel j’étais vraiment bonne. Pour moi, la victoire dans un match est la meilleure sensation possible dans la vie.

Avez-vous puisé une partie de votre motivation pour revenir sur les terrains dans les mots de ce premier médecin ?

Oui, je suis comme ça, quand on ne croit pas en moi, qu’on me dit que je vais échouer, ça me donne de l’énergie. Durant ma carrière, beaucoup de joueuses ne me trouvaient pas bonne et ne comprenaient pas pourquoi j’étais titulaire. Elles ont à chaque fois réussi à allumer une flamme en moi. Aujourd’hui, je suis ici à Lyon et ces critiques se font plus discrètes…

Islande, Suède, Allemagne, France, vous filez à votre rythme du Nord au Sud de l’Europe…

A 19-20 ans, je savais que j’étais la meilleure joueuse de mon équipe islandaise de Breiðablik Kópavogur. Je devais sortir de ma zone de confort et j’ai pu rejoindre Rosengard, le meilleur club suédois. Là-bas, j’ai vécu dans un 20 m2, je ne me déplaçais qu’en vélo. Pour moi, ça n’était pas une question d’argent ou de ce nouveau statut de pro. Non, je voulais savoir jusqu’où la petite fille venant d’Islande pourrait aller. Je voulais être la meilleure au milieu de toutes ces internationales, et après cinq ans et demi, et quatre titres de championnes de Suède, j’ai senti que la zone de confort était de nouveau là. J’avais pour la première fois de ma vie un agent à cette période. Et quand il m’a demandé mes destinations de rêve, j’ai répondu « Wolfsburg et Lyon » (sourire).

Avant de devenir championne d'Europe cet été aux côtés de Dzsenifer Marozsan, Sara Björk Gunnarsdottir s'était souvent heurtée à l'OL, avec Wolfsburg, en Ligue des champions, comme ici en finale en mai 2018.
Avant de devenir championne d'Europe cet été aux côtés de Dzsenifer Marozsan, Sara Björk Gunnarsdottir s'était souvent heurtée à l'OL, avec Wolfsburg, en Ligue des champions, comme ici en finale en mai 2018. - Genya SAVILOV / AFP

Et après quatre saisons à Wolfsburg (2016-2020), vous voici sur le point de disputer votre première grosse affiche de D1 à Paris. Avez-vous conscience que chaque saison, le titre se joue sur cette double confrontation directe ?

C’est dur à dire pour moi car je n’ai pas encore affronté toutes les équipes de D1. Je trouve en tout cas que le niveau global du championnat est meilleur que je ne le pensais.

A l’image du 14-0 du PSG contre Issy la semaine passée, on a quand même l’impression que le fossé entre Lyon-Paris et le reste du championnat est toujours beaucoup plus grand que ce qu’on peut constater en Allemagne, et désormais en Espagne et en Angleterre, non ?

C’est bien sûr quelque chose auquel j’ai pu penser avant de signer. Dans toute l’Europe, les joueuses parlent beaucoup de ce grand écart qui existe en D1. Honnêtement, je n’ai jamais vraiment regardé le championnat de France donc je suis venue en espérant qu’il y aurait d’autres matchs difficiles à disputer que seulement ceux contre le PSG. Et sincèrement, cette critique du championnat ne reflète pas la réalité. En Allemagne, beaucoup d’équipes évoluent maintenant contre Wolfburg et le Bayern avec un bloc défensif encore plus bas que nos adversaires ne le font en D1.

Que ce soit vis-à-vis du PSG ou de votre ancienne équipe de Wolfsburg, n’avez-vous pas la sensation que l’OL a pris depuis de longues années un avantage psychologique tel qu’il se rend quasi invincible, même aux yeux de pareils adversaires ?

Quand on a rencontré Lyon en Ligue des champions avec Rosengard (5-0 ; 3-0) en 2013, je me suis vite dit : « Wah, on n’a aucune chance de l’emporter, cette équipe est bien trop forte ». Mais par exemple en 2018, quand je me blesse en finale de Coupe d'Europe, on a bien senti avec Wolfsburg qu’on était tout près de battre Lyon (1-4 après prolongation). L’OL a une mentalité de gagnant et des gros caractères à tous les postes. Je m’en rends mieux compte encore maintenant, en voyant à quel point tout le monde travaille dur pour poursuivre cette dynamique de succès. Ce groupe a tout gagné et cela fait forcément peur aux adversaires.

Et en plus, à l’image de vos débuts réussis, Lyon accueille des recrues ne semblant pas avoir besoin d’une phase d’adaptation…

Je suis arrivée dans une période où il y avait directement la finale de la Coupe de France, puis le Final 8 de la Ligue des champions, soit un sacré package d’émotions. Donc il fallait absolument que je sois immédiatement à fond pour montrer mon caractère.

Le 30 août, en finale de la Ligue des champions, Sara Björk Gunnarsdottir a vécu l'étrange expérience de marquer contre Wolfsburg, où elle évoluait encore deux mois plus tôt.
Le 30 août, en finale de la Ligue des champions, Sara Björk Gunnarsdottir a vécu l'étrange expérience de marquer contre Wolfsburg, où elle évoluait encore deux mois plus tôt. - Villar Lopez / POOL / AFP

Au sujet de ce Final 8 justement, ça fait quoi de mieux connaître ses adversaires que ses partenaires lors de cette finale OL-Wolfsburg (3-1), dans laquelle vous avez qui plus est marqué, moins de deux mois après avoir quitté ce groupe ?

C’était vraiment irréel. Les règles ont été dictées ainsi pour les joueuses transférées durant l’été. Je savais que ça serait bizarre, je me suis répété qu’il fallait que je me concentre sur Lyon, Lyon, Lyon (rires). Remporter la Ligue des champions était mon rêve depuis mes débuts professionnels. Mais c’était aussi un moment difficile d’aller chercher le trophée, en voyant toute mon ancienne équipe avec les larmes aux yeux. Je ressentais vraiment leur peine, mais d’un autre côté, j’étais très fière aussi.

Juste avant, la demie contre le PSG avait été très tendue (1-0). On a l’impression que dans ces matchs serrés, Wendie Renard peut faire la différence à chaque fois de la tête sur un coup de pied arrêté. Que retenez-vous de votre expérience à l’Euro 2017, où vous étiez à son marquage ?

Défendre sur elle sur les coups de pied arrêtés, c’est très difficile. C’est une vraie mission. Wendie a une tête et même un cou de plus que vous. Mais ce n’est pas que la taille (1,87 m), elle a aussi la puissance, la vitesse, le timing et la lecture du jeu, elle a tout. Donc la seule chose que vous pouvez tenter de faire, c’est de lui faire perdre son équilibre ou de la serrer. Je suis contente de faire partie de son équipe maintenant, on peut le dire ainsi (sourire).

Ici à l'Euro 2013 contre les Pays-Bas, Sara Björk Gunnarsdottir vient de devenir la joueuse la plus capée de l'histoire de la sélection islandaise.
Ici à l'Euro 2013 contre les Pays-Bas, Sara Björk Gunnarsdottir vient de devenir la joueuse la plus capée de l'histoire de la sélection islandaise. - MIKAEL FRITZON / SCANPIX SWEDEN / AFP

Outre les tensions avec Corinne Diacre pointées dimanche par votre partenaire Amandine Henry, depuis 2012, l’équipe de France n’est jamais allée plus loin que votre sélection islandaise (quart-de-finaliste de l’Euro 2013) dans une grande compétition. Comment peut-on expliquer cela alors que le noyau dur collectionne les titres avec l’OL ?

C’est vrai que c’est étrange, après c’est compliqué pour moi de répondre à cette question. Cette sélection a les joueuses de qualité, tout ce qu’il faut, et c’est selon moi forcément une question de mentalité. J’entends évidemment des discussions autour de l’équipe de France entre les joueuses à Lyon mais il n’y a rien qui affecte notre équipe, même cette semaine.

En dix années dans le football professionnel, « la petite fille venant d’Islande » ne s’en est pas mal sortie jusque-là, non ?

(Sourire) Oui, quand j’ai affronté Lyon avec Rosengard en 2013, je me souviens m’être dit : « Imagine-toi si un jour tu arrives à jouer là-bas ». On était alors vraiment dans le rêve le plus grand que je pouvais faire en tant que footballeuse. L’OL s’intéressait à moi depuis quelque temps, donc j’ai suivi mon instinct en venant cet été.