« Aujourd’hui, Rennes est plus attractif que Lyon »… L’OL va-t-il devenir un club de « trading » avec ce mercato ?

FOOTBALL De nombreux départs de joueurs majeurs comme Memphis Depay, Houssem Aouar et Moussa Dembélé sont fortement envisagés cet été à l’OL

Jérémy Laugier

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Houssem Aouar et Moussa Dembélé, ici lors du quart de finale de la Ligue des champions contre Manchester City, seront-ils encore lyonnais dans un mois?
Houssem Aouar et Moussa Dembélé, ici lors du quart de finale de la Ligue des champions contre Manchester City, seront-ils encore lyonnais dans un mois? — Franck Fife/AP/SIPA
  • Après avoir vu partir ces derniers jours Fernando Marçal et Rafael, l’OL continue de vivre un mercato animé dans le sens des départs.
  • Des leaders très convoités, comme Houssem Aouar, Memphis Depay et Moussa Dembélé, pourraient à leur tour quitter l’effectif lyonnais, privé de Coupe d'Europe cette saison.

Combien de « grands joueurs » de l’OL auront l’occasion, d’ici le 5 octobre, de connaître une virée dans la voiture de coach Rudi ? La sortie médiatique de l’entraîneur lyonnais, dimanche dans Téléfoot (« Memphis, comme beaucoup de mes grands joueurs, s’il a l’occasion de jouer dans un club construit pour gagner la Ligue des champions, je l’amènerai avec ma voiture personnellement »), pose en tout cas une question majeure : l’OL va-t-il totalement devenir cet été un club tremplin, voire de trading ? Car trois semaines après avoir atteint la demi-finale de la C1 contre le Bayern Munich (0-3), Lyon semble enclin à laisser partir des leaders comme Memphis Depay, Houssem Aouar et Moussa Dembélé.

« Les propos de Rudi Garcia peuvent paraître durs pour l’OL mais ils décrivent une situation hyper logique, estime l’ancien septuple champion de France lyonnais Sidney Govou. Face à une saison sans Ligue des champions ni même Ligue Europa, des joueurs comme Memphis Depay et Houssem Aouar se posent forcément des questions. A mon époque, on restait chaque été au club car c’était pour nous normal d’être champions de France ici, et qu’on s’estimait capables de remporter la Ligue des champions. »

« L’OL a toujours vendu ses pépites »

Les temps ont bien changé, avec un palmarès vierge depuis huit ans, et un exode inéluctable des meilleurs éléments, de Lacazette à Ndombele en passant par Umtiti, Tolisso, Fekir et Ferland Mendy. « Ce n’est pas nouveau, l’OL a toujours vendu ses pépites, rappelle l’agent de joueurs Frédéric Guerra, qui vit à Lyon. Là, son effectif est peut-être trop important, et vu la crise économique actuelle et l’absence de Coupe d'Europe, il faut bien trouver une solution. Je note qu’il y a globalement beaucoup plus de transparence que d’habitude sur ce marché estival particulier, et beaucoup de dossiers avancent très vite. »

L’opération « grande braderie de Lille » (dixit Rudi Garcia mercredi)… à l’OL, avec les départs enchaînés depuis dimanche de Fernando Marçal, Rafael (et bientôt Kenny Tete et Ciprian Tatarusanu), va vraisemblablement s’accompagner de pertes bien plus dommageables dans les prochaines semaines, et ce malgré la belle aventure collective inespérée à Lisbonne.

« Une nouvelle base en s’appuyant sur des joueurs de devoir » ?

« Après le concours de circonstances en août où tout s’est bien goupillé, la réalité sans Coupe d'Europe est vite réapparue, analyse l’ancien latéral de l’OL Jean-Marc Chanelet, champion de France en 2002 et 2003 à Lyon. Aulas n’est pas fou, il sait qu’il y a un temps pour vendre. Memphis n’a plus qu’une année de contrat et Aouar n’aura pas la même valeur marchande, après une saison se limitant à la Ligue 1, que là, au terme du Final 8. »

Une logique économique n’annonçant rien de bon pour les perspectives sportives d’un effectif en plein chamboulement, qui devra batailler pour retrouver le podium en mai prochain. « Il y a une histoire ici et l’OL redeviendra l’OL, tente de positiver Sidney Govou. Juninho doit construire une nouvelle base en s’appuyant sur des joueurs de devoir, des joueurs de club. Il faut faire prendre conscience aux nouveaux éléments qu’ils ne viennent pas pour être vus mais pour performer. Aujourd’hui, Rennes est plus attractif que Lyon. »

La mise en vitrine de Ndombele et Aouar par JMA

Inimaginable il y a encore deux ans, ce constat fait actuellement sens, tant le mercato breton se veut ambitieux en vue d’une première participation en Ligue des champions. Et parvenir à conserver une saison de plus un talent aussi précoce qu’Eduardo Camavinga (17 ans) ressemble à un petit exploit. « Si Memphis veut aller à Barcelone, l’OL ne pourra pas le retenir, rappelle l’ancien attaquant de l’OL et des Bleus. Le président Aulas a toujours eu la même politique lorsqu’un joueur souhaitait vraiment partir, comme pour Michael Essien à Chelsea (contre 38 millions d’euros en 2005), mais sa communication était différente avant. »

Car dans les années 2000, loin de Twitter, JMA n’allait pas publiquement suggérer au PSG de tenter de recruter l’un de ses milieux de la dimension de Tanguy Ndombele. Ou glisser dans une interview avec un journal italien : « J’aimerais voir Houssem Aouar à la Juventus à l’avenir. J’espère qu’il a également cette ambition. Un jour ou l’autre, je ferai un transfert avec mon ami Andrea Agnelli ».

« Caqueret va connaître le même sort qu’Aouar » en partant vite

Face à une telle mise en vitrine décomplexée d’éléments à forte valeur marchande, tout en haut du club, faut-il finalement s’étonner du déballement dans la presse la semaine passée de Jeff Reine-Adélaïde (22 ans), frustré par son temps de jeu dès son retour à la compétition, après une grave blessure au genou droit ? « On voit que les jeunes se vendent bien à Lyon, mais à condition qu’ils jouent, rappelle Jean-Marc Chanelet. Je comprends dans un sens la sortie de Reine-Adélaïde, qui ronge son frein et qui a cherché à piquer ses dirigeants. » Dans ce cas précis, on imagine mal l’OL pouvoir effectuer une énième plus-value, un an seulement après un investissement record de 25 millions d’euros (+ 2,5 M€ de bonus) pour recruter l’ex-espoir angevin.

« La plupart des clubs français comme Monaco, Lille et Bordeaux, fonctionnent ainsi, et l’OL s’oriente aussi vers du trading, constate Jean-Marc Chanelet. Si Lyon ne passe pas ce cap de devenir une forte équipe reconnue sur la scène européenne, d’ici deux ans un gamin comme Maxence Caqueret va le sentir et va connaître le même sort qu’Houssem Aouar. » Les supporters lyonnais seraient alors voués à demander aux fans du futur club de Caqueret, tel Edwin van der Sar pour le récent transfert de Donny van de Beek de l’Ajax vers Manchester United, de « prendre soin de lui et de l’aider à rêver ». A moins que le rêve n’ait d’ici là fait son retour à Lyon.