OM : Fair play financier, mercato… Comment Marseille prépare son retour en Ligue des champions

FOOTBALL L’arrêt de la Ligue 1 est plutôt salué à Marseille : l’OM doit retrouver la Ligue des champions l’an prochain. Le club commence à se préparer, sans savoir à quoi ressemblera le football post-Covid 19

Jean Saint-Marc

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Andoni Zubizarreta, André Villas-Boas et Jacques-Henri Eyraud commencent à préparer la saison 2020-21.
Andoni Zubizarreta, André Villas-Boas et Jacques-Henri Eyraud commencent à préparer la saison 2020-21. — C. Paris / AP / SIPA
  • L’OM a appris ce jeudi sa qualification pour la Ligue des champions 2020-2021.
  • Marseille est toujours sous la menace du fair play financier.
  • Le mercato d’été sera sans doute compliqué pour l'OM, qui peut toutefois compter sur les subsides de la Ligue des champions.

Les télétravailleurs de l’OM n’ont pas débouché le champagne, ce jeudi. Pourtant, une excellente nouvelle a animé l’après-midi des salariés : la LFP a acté l’arrêt de la Ligue 1 et, donc, la seconde place de l’Olympique de Marseille. « On attend la confirmation juridique, mais on peut considérer que la qualification en Ligue des champions est acquise », expose un dirigeant prudent.

La nouvelle a été saluée par les supporters marseillais. Ils sont frustrés d’être privés de la fin de saison 2019-20, et notamment d’un Classico au Vélodrome, mais sont ravis de retrouver la grande Coupe d'Europe après sept années de sevrage. « L’OM a fait une grande saison 2019-20, ils méritent ça », s’enthousiasme l’ancien olympien Victor Zvunka.

« Le public attend ça, mais les joueurs aussi… Je pense qu’ils vont se transcender et qu’ils seront capables de faire bonne figure, même sans gros renforts », pronostique l’actuel coach du voisin (et rival) Toulon.

Les joueurs n’ont pas accepté la baisse de salaires

En février dernier, Dimitri Payet disait le contraire : « Se qualifier, c’est bien (…) Mais si c’est pour avoir un effectif qui ne permet pas de la jouer dans les bonnes conditions, je pense que je me poserai les bonnes questions, à savoir s’il faut rester ou aller voir ailleurs. » Une pandémie mondiale a rebattu les cartes, mais les motifs d’inquiétude de Dimitri Payet restent les mêmes : les finances de la maison bleue et blanche sont dans le rouge.

L’OM, propriété du magnat américain Frank McCourt, affichait 91,4 millions de déficit au 30 juin 2019. Le président Jacques-Henri Eyraud considère que la crise du coronavirus va coûter plusieurs dizaines de millions d’euros au club, privé de nombreuses recettes (billetterie et droits TV, notamment). La direction cherche à faire des économies… Mais ce jeudi, les joueurs n’ont toujours pas accepté de baisser temporairement leurs salaires.

« On a un peu de temps ! »

« C’est beaucoup trop tôt pour envisager cela », assène l’agent d’un cadre du vestiaire. Dans l’entourage de Jacques-Henri Eyraud, on se veut rassurant : « Il n’y a pas d’énorme dissension » entre la direction et les joueurs, nous dit-on. La décision de la LFP de ce jeudi constitue une « nouvelle donne » pour les joueurs. Ils se posent désormais une question basique : peuvent-ils partir en vacances ?

L'OM d'André-Pierre Gignac avait perdu ses trois matchs de poule lors de la Ligue des champions 2013-14.
L'OM d'André-Pierre Gignac avait perdu ses trois matchs de poule lors de la Ligue des champions 2013-14. - J. Guy / SIPA

Les services administratifs de l’OM comptent laisser les joueurs au chômage partiel jusqu’à la fin juin, comme la majorité des 300 salariés du club. Avant les annonces d’Edouard Philippe mardi, les dirigeants planchaient sur une éventuelle reprise de l’entraînement lors du déconfinement : quels seraient les masques adaptés pour les joueurs, comment les tester, quel type d’entraînement leur proposer. Toutes ces questions sont balayées par l’arrêt de la Ligue 1. L’OM peut donc déjà préparer sa saison 2020-21 et sa campagne européenne. « On a un peu de temps », sourit un cadre olympien. Et un peu d’argent, malgré la crise.

La Ligue des champions, c’est 60 millions (minimum)

« Si on additionne la prime de participation, la prime historique, les droits télé et les recettes de billetterie des trois matchs à domicile, on peut imaginer que l’OM touchera au minimum 60 millions d’euros », estime l’économiste du sport Pierre Rondeau, qui pose une condition : que les matchs de poule ne se disputent pas à huis clos. Ces 60 millions vont-ils calmer l’ire des inspecteurs du fair-play financier ? La menace d’une sanction plane sur l’OM : début mars, le dossier du club a été transmis à l’instance de jugement du fair-play financier.

« L’UEFA a annoncé qu’elle allait fermer les yeux sur les comptes 2019-20, mais l’enquête doit continuer pour Marseille », rappelle Pierre Rondeau. L’OM encourt une amende ou, au pire, une suspension de toutes les compétitions européennes. Mais l’économiste, consultant pour RMC Sport, a « du mal à imaginer que l’UEFA va sanctionner des clubs qui ont subi les foudres de la crise sanitaire. »

Sans être radieux, l’avenir de l’OM peut-il être moins sombre que prévu ? « Le contexte est horrible, mais cette crise sanitaire pourrait aussi devenir une opportunité pour l’OM », assure l’agent Yvan Le Mée, conseiller de plusieurs jeunes marseillais. Le mercato s’annonce pourtant compliqué : l’OM, qui comptait sur le « trading joueurs » pour refaire de la trésorerie, voit les cours s’effondrer.

« Il faudra sans doute prolonger certains contrats »

Selon une enquête du Centre international d’économie du sport (CIES), la valeur de transfert des joueurs des cinq grands championnats européens a reculé de 28 % avec la crise du Covid-19. L’OM est le club européen le plus fortement touché par cette décote (-38 %). Les acheteurs potentiels ont conscience que Marseille sera forcé de vendre pour satisfaire les exigences de l’UEFA.

Yvan Le Mée estime malgré tout que Marseille pourrait réussir à tirer son épingle du jeu à l’ouverture du mercato :

Dans un contexte de crise globale, les clubs ne trouveront pas des acquéreurs à 50 ou 60 millions pour un joueur. Donc ils préféreront le prêter pour qu’il conserve sa valeur. Les gros clubs européens avec qui je discute disent qu’ils veulent faire des accords intelligents plutôt que d’assumer tous leurs gros salaires. L’OM pourra en profiter. »

Andoni Zubizarreta et les scouts olympiens sont déjà au travail. Même s’ils ignorent, pour l’instant, quand le marché d’été va ouvrir. Le directeur sportif de l’OM a ronchonné, sur Radio Catalunya : « C’est difficile de parler de prévisions pour le mercato quand tout est arrêté. Personne ne sait comment ça va se passer. » Une seule certitude : « Il faudra sans doute prolonger certains contrats. » Celui de Florian Thauvin, par exemple.

Le bail de « FloTov » à l’OM ne court que jusqu’en juin 2021. Et l’international français a été très clair, le week-end dernier, lors d’un live Instagram : « Je ne vais pas partir au moment où on va jouer la Ligue des champions ! Je reste à Marseille. »