ASSE-OM : « C’est honteux de renvoyer les supporters chez eux »… Que s’est-il vraiment passé avant le match ?

FOOTBALL Des heurts ont opposé des supporters stéphanois et marseillais avant l'affiche de Ligue 1 mercredi soir. Si bien que la préfecture de la Loire a décidé de renvoyer à la maison les cars rassemblant 400 fans de l'OM 

Jérémy Laugier

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Plusieurs véhicules de la gendarmerie étaient encore présents devant le stade Geoffroy-Guichard, dans la nuit de mercredi à jeudi, plus d'une heure après la fin du match ASSE-OM.
Plusieurs véhicules de la gendarmerie étaient encore présents devant le stade Geoffroy-Guichard, dans la nuit de mercredi à jeudi, plus d'une heure après la fin du match ASSE-OM. — Jérémy Laugier/20 Minutes
  • Si l’OM l’a emporté sans trembler mercredi à Saint-Etienne (0-2), les joueurs ont tous regretté l'absence de dernière minute de leurs supporters dans le Chaudron.
  • Des heurts ont éclaté avant la rencontre entre des membres du kop nord stéphanois et des supporters de l’OM.
  • Ces incidents ont incité les forces de l’ordre à utiliser une grande quantité de gaz lacrymogènes, provoquant même le report de quinze minutes du coup d’envoi.

Au stade Geoffroy-Guichard (Saint-Etienne),

« On a une énorme pensée pour nos supporters car ils ont fait l’aller-retour dans le vent. » Le latéral droit marseillais Bouna Sarr a parfaitement résumé le frustrant mercredi de 400 fans de l'OM, qui ont enchaîné près de 700 km sans pouvoir pénétrer un instant dans le parcage visiteur du stade Geoffroy-Guichard. Comment ce déplacement effectué « dans un cadre organisé », avec une jauge fortement limitée par la préfecture de la Loire, a-t-il pu dérailler à ce point lors de l’arrivée sur le parking ?

C’est là que les versions divergent, entre le communiqué du club marseillais et celui de la préfecture de la Loire. Pour l’OM, qui a vivement réagi juste avant la fin du match, « les cars des supporters ont été la cible d’individus cagoulés qui les ont violemment attaqués, juste avant d’arriver au stade ».

Les cars ont subi des dégradations importantes. Arrivés sur le parking du stade, nos supporters ont été confinés sur place. Ils ont alors subi des jets d’objets multiples de la part des supporters stéphanois, ainsi que des réactions particulièrement violentes des forces de l’ordre qui ont utilisé des gaz lacrymogènes, un canon à eau mais aussi visiblement des flash-balls. Ils n’ont pas été autorisés à rentrer dans leur tribune pour des raisons obscures. Nos supporters sont doublement victimes. »

L’ASSE sous la menace d’un nouveau huis clos total

Une chose est certaine, les forces de l’ordre n’ont pas lésiné sur les lacrymos, si bien que les joueurs ont dû interrompre leur échauffement, et que cette affiche de la 23e journée de Ligue 1 a commencé avec un retard de quinze minutes. Dans son communiqué, la préfecture de la Loire fait état de « heurts entre supporters stéphanois et marseillais, dès l’arrivée des bus des supporters de l’OM ». Une version corroborée au micro de Canal + par Xavier Thuilot, directeur général de l'ASSE, juste avant le coup d’envoi du match (0-2).

Le club stéphanois a été sanctionné le mois dernier d’un huis clos total pour ASSE-Nantes et il est sous le coup d’un sursis pour un match supplémentaire, à la suite de l’improbable feu d’artifice effectué par le kop nord en décembre contre le PSG. L’institution stéphanoise a bien pris soin de préciser via Xavier Thuilot que ces incidents se sont déroulés « sur la voie publique et non dans le stade ». Et ce à quelques dizaines de mètres près. Des échanges de tirs de fumigènes ont alors eu lieu entre des Magic Fans et les Marseillais.

« Nous sommes tous attristés par la situation »

Neuf policiers auraient été blessés durant ces incidents selon L’Equipe. Pour la préfecture de la Loire, « de nombreux supporters marseillais étaient détenteurs d’objets pouvant servir de projectiles et d’armes par destination. Ces éléments risquaient de compromettre gravement la sécurité du match. » D’où la décision prise illico de « reconduire dans leur ville d’origine » les 400 fans de l’OM.

Dans ce contexte pesant malgré la victoire maîtrisée, les joueurs ont tous eu une pensée pour eux, à commencer par le premier buteur Dimitri Payet. « Je vais dédier ce match à nos supporters, on peut dire qu’ils étaient avec nous ce soir », a glissé sur Canal + le capitaine marseillais. Valentin Rongier allait dans son sens en zone mixte : « Nous sommes tous attristés par la situation. On ne savait pas ce qu’il se passait quand on sentait les lacrymos durant l’échauffement. C’est seulement quand on n’a pas vu nos supporters dans le parcage qu’on a compris. On a besoin d’eux. »

« J’ai appris en plus qu’il y avait des blessés »

Steve Mandanda s’est montré plus remonté sur le sujet : « Je ne connais pas les conditions exactes mais nos supporters méritent un peu plus de respect. Ce n’est pas normal que ça se passe de cette façon. J’espère sincèrement que ça ne se reproduira plus parce que le foot est une fête et que nos supporters méritent de participer à ce genre d’événements ». Si André Villas-Boas a lui même reconnu être « surpris par cette décision de ne pas faire entrer nos supporters », la palme du coup de gueule revient à Morgan Sanson.

Au moment d’évoquer sa « soirée bizarre », le milieu marseillais a lancé des informations non dévoilées par le club, s’attirant un regard gêné de l’attaché de presse de l’OM : « J’ai appris en plus qu’il y avait des blessés. C’est honteux de voir le parcage vide comme ça et de renvoyer les supporters chez eux comme si de rien n’était ». Et oui, même un exquis extérieur du pied gauche de Dimitri Payet (0-1, 7e) paraissait bien futile mercredi pour ces 400 supporters privés de Chaudron.