Equipe de France : De Nancy au Barça et aux Bleus… C’est quoi le secret de Clément Lenglet, « le footballeur parfait » ?

FOOTBALL De ses débuts à Nancy à la saison passée avec le Barça, le défenseur s’est imposé très vite partout où il est passé… Et maintenant, l’équipe de France ?

Nicolas Camus (avec A.L.G.)

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Didier Deschamps et Clément Lenglet, à Clairefontaine, le 5 juin 2019.
Didier Deschamps et Clément Lenglet, à Clairefontaine, le 5 juin 2019. — FRANCK FIFE / AFP
  • L’équipe de France fait sa rentrée et affronte l’Albanie, samedi, puis Andorre, mardi, dans le cadre des éliminatoires à l’Euro 2020.
  • Samuel Umtiti dans le dur, Aymeric Laporte forfait, Clément Lenglet a une belle opportunité de se faire une place chez les Bleus lors de ces deux matchs.
  • Ce ne serait qu’une demi-surprise pour le défenseur de 24 ans, qui s’est imposé très vite à Séville puis au Barça après seulement quelques matchs en Ligue 1 avec Nancy, son club formateur.

« Ah mais il a cette tête-là Clément Lenglet ? Ah oui… » On taira son nom par soucis de crédibilité, mais sachez que l’auteur de cette phrase est un membre éminent du service des sports d’une grande rédaction parisienne abusant de Photoshop. A sa décharge, c’est vrai qu’on ne connaît pas très bien le nouveau défenseur de l’équipe de France. Il est grand temps que ça change.

Après une première sélection en juin à Andorre, il devrait, s’il se remet comme prévu de du petit pépin qui lui a fait manquer l’entraînement jeudi, profiter des difficultés de Samuel Umtiti et du forfait d’Aymeric Laporte pour enchaîner lors des deux matchs de rentrée des Bleus, face à l’Albanie et Andorre. Si ça se goupille bien pour lui, le Picard de 24 ans peut déballer ses cartons pour un bon moment au cœur de la défense des champions du monde.

C'était pas fini, les boys band ?
C'était pas fini, les boys band ? - FRANCK FIFE / AFP

Il y a pas mal de petites choses qui nous font penser ça. D’abord, en sélection, c’est bien souvent à celui qui saura saisir sa chance. Regardez Umtiti, justement, huitième choix en charnière avant l’Euro 2016 et qui avait fini par fêter sa première cape lors du quart de finale contre l’Islande grâce à la blessure de Mathieu pendant la préparation, puis la suspension de Rami et la méforme de Mangala en cours de route. Il n’avait plus bougé du onze de DD ensuite. Clément Lenglet n’est pas du genre à rendre la place. Un coup d’œil sur sa fulgurante progression suffit à s’en convaincre.

Professionnel à Nancy à 18 ans, titulaire et très vite capitaine de l’équipe à 19, il refuse une offre de la Juventus car il ne se sent pas prêt, puis découvre la Ligue 1 deux ans plus tard. Transféré au bout de six mois au FC Séville, il fait tout de suite parti des meubles et séduit le FC Barcelone, qui le recrute à l’été 2018. Promis au rôle de doublure d’Umtiti, il profite des blessures à répétition de son compatriote pour s’installer, en attendant, peut-être, de faire la même chose en équipe de France. « Son arrivée aussi rapide au très haut niveau m’a énormément surpris, confie Blaise Matuidi. Il est assez discret dans la vie, très calme sur le terrain, et c’est une bonne chose. Il y a de la concurrence mais il a l’air de savoir y répondre. »

C’est vrai que rien ne semble pouvoir freiner son ascension. Entre ce que l’on a pu lire sur lui et ce que nous ont dit des personnes qui le connaissent bien, on a l’impression d’avoir affaire à une machine, qui a toujours tout mis en œuvre pour réussir sans jamais céder à la tentation. « Il n’est jamais sorti du chemin, pose Joffrey Cuffaut, qui l’a connu chez les jeunes avant de le retrouver à Nancy. Les mêmes mots reviennent : « Sérieux », « bosseur », « mature ». Et ce dès l’adolescence.

Quand il a été nommé capitaine à 19 ans, il y avait des joueurs comme Hadji ou Pedretti dans le vestiaire, mais pour nous tous c’était une évidence, se souvient Cuffaut, aujourd’hui à Valenciennes. Il parlait peu mais bien, n’en faisait pas trop et laissait aussi de la place pour les anciens. Il a été intelligent dans sa manière de gérer ça. »

Voilà qui résume bien le personnage. La fin de saison 2015-2016, aussi. Alors que l’ASNL est assurée de monter en Ligue 1 à six journées de la fin, il prend soin de motiver tout le monde pour ne pas se relâcher et aller chercher le titre de champion. « C’est quelqu’un de très ambitieux, il déteste perdre et veut tout gagner dans sa carrière. Et quand il a obtenu un truc, il ne s’arrête pas là, il veut toujours faire plus », décrit Alexis Busin, qui l’a connu à 12 ans et qui passe encore aujourd’hui toutes ses vacances avec lui.

« Le footballeur parfait »

Des qualités qui ont fait dire un jour à Vincenzo Montella, alors coach du FC Séville, que Lenglet était « le footballeur parfait ». Et qui lui ont permis de passer en moins de quatre ans de la Ligue 2 au Barça et à l’équipe de France. « Il le vit sans “enflammade”, assure son pote. Bon, au fond de lui, quand il voit où il en est, il doit se dire “ah ouais, quand même…” Mais en tout cas, il ne se dit pas que tout était acquis. On a parlé en début de saison, il me disait que dans sa tête, il ne partait pas encore titulaire. Il se remet en question en permanence. »

Il peut en tout cas compter sur le soutien des supporters du Barça. Sceptiques dans un premier temps, ils sont nombreux à considérer aujourd’hui que la charnière qu’il forme avec Gérard Piqué est la meilleure depuis l’association entre le fossoyeur de la Coupe Davis et la légende Carles Puyol. Les médias sont aussi sous le charme. Ce début de saison, dans lequel il part en pôle, est l’occasion pour Lenglet d’asseoir sa position, que ce soit en club ou en sélection. « Le niveau international c’est encore un niveau au-dessus mais je ne me fais pas de soucis pour lui, croit Alexis Busin. Il a tout passé jusque-là, je ne vois pas pourquoi il s’arrêterait là. »