Equipe de France: Mondial à la maison, espoirs populaires et objectif «finale»... Comment les Bleues vont-elles gérer cette pression de dingue?

FOOTBALL L'équipe de France entame sa Coupe du monde vendredi soir au Parc des Princes avec uen certaine pression sur les épaules

Aymeric Le Gall

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Noël Le Graët a fixé le cap des Bleues pour le Mondial: la finale ou walou.
Noël Le Graët a fixé le cap des Bleues pour le Mondial: la finale ou walou. — FRANCK FIFE / AFP / JEAN-MICHEL PAINT
  • Les Bleues défient la Corée du Sud en match d’ouverture de la Coupe du monde féminine, vendredi soir au Parc des Princes.
  • A cette occasion, le président de la FFF a fixé comme objectif une qualification pour la finale, le 7 juin prochain.
  • Au-delà de la Fédé, c’est tout un peuple qui fonde de grands espoirs dans cette équipe. Pression, quelle pression ?

En déambulant dans les rues de Paris à la veille du lancement de la Coupe du monde féminine, peu de signes laissaient penser que la France s’apprêtait à organiser la compétition suprême du football. Ce n’est qu’en s’approchant du Parc des Princes, pour aller assister à la dernière conférence de presse de Corinne Diacre avant le match d’ouverture contre la Corée du Sud vendredi, qu’on a commencé à percevoir les premiers indices. Partout, le personnel de la Fifa s’affaire pour que tout soit prêt pour le grand jour. Le Parc, quant à lui, a mis au placard les couleurs du PSG pour revêtir celles du Mondial.

En pénétrant dans l’auditorium de l’enceinte parisienne, en revanche, plus aucun doute possible, il se passe bien un truc. « C’est un rêve de voir autant de médias, on n’avait jamais vécu ça ! », lâche d’entrée Amandine Henry, la capitaine de l’équipe de France en s’installant sur le pupitre aux côtés de Corinne Diacre. En effet, on était à deux doigts de l’embouteillage dans les entrailles du Parc. Les Bleues se savaient attendues, elles en ont eu confirmation.

Et ce n’est rien à côté de ce qui les attend vendredi soir, quand elles débarqueront sur la pelouse avec le maillot bleu sur les épaules, accompagnées par près de 48.000 spectateurs.

La finale sinon rien, rien que ça

Alors que la France organise pour la première fois de son histoire une Coupe du monde féminine, c’est donc tout un pays qui se voit déjà soulever le trophée le 7 juillet prochain sur la pelouse du Parc OL, à Lyon. Il faut dire qu’après la victoire des Bleus en Russie l’été dernier, on commence à prendre goût à la victoire. A quelques heures du plus grand événement de leur carrière, de leur vie peut-être, les 23 joueuses françaises portent sur leurs épaules les espoirs et les rêves de tout un pays. Lourde responsabilité. Car les objectifs, fixés par le président de la FFF Noël Le Graët, sont on ne peut plus clairs : la finale (au minimum), la victoire (tant qu'à faire). 

Le président de la République en a rajouté une couche lors de sa visite, mardi à Clairefontaine, distillant, ici, un encouragement, glissant, là, un gentil petit coup de pression.

« Je suis venue leur dire que toute la nation sera derrière l’équipe de France, avec une pression particulière puisque cette compétition se jouera en France. Nous serons donc présents au lancement lors de ce match d’ouverture vendredi soir au Parc des Princes… et le 7 juillet, je serai présent lors de la finale pour les encourager également. » 

Si l’on résume un peu ce bazar, en plus de jouer un match d’ouverture à domicile (ce qui est déjà un événement suffisamment chargé en émotion, en soi), voilà ce pour quoi les Bleues vont se battre à partir de vendredi :

  • Pour toutes les anciennes joueuses de l’équipe de France qui n’ont jamais eu la chance de disputer un Mondial à la maison.
  • Pour l’avenir du football féminin en France.
  • Pour les Français, avides d’une nouvelle fiesta en juillet prochain.
  • Pour la Fédération, qui travaille depuis des années pour organiser au mieux l’événement.
  • Pour la patrie, pour le drapeau, pour le président.
  • Un peu pour elles aussi, éventuellement.
  • Pour la survie de l'espèce humai... Ah non, là on s'emballe. 

Corinne Diacre a d'autres chats à fouetter

On a profité de cette ultime conférence de presse avant France-Corée du Sud pour dresser cette liste à Corinne Diacre, histoire de scruter sa réaction. On l’a voulu, on l’a eu. Cash, comme d’habitude avec elle: « Ecoutez, il ne faut pas qu’on se trompe d’objectif, vendredi on a un match de football à jouer. Le président de la République, le président de la Fédération, l’essor du football féminin en France, ce n’est pas notre problème pour vendredi et ça ne sera pas notre problème durant la compétition, on a autre choses à faire et autre choses à penser. »

Mais la sélectionneuse n’a pas attendu tout ce beau monde pour se fixer le même objectif ambitieux. La finale ? « Ca ne me fait pas peur, pour moi ce serait un échec de ne pas y être », déclarait-elle au début du mois de mai. Ca ne semble pas l’empêcher de dormir en tout cas: « Je suis sereine, la nuit a été très bonne, comme d’habitude », a-t-elle glissé à son auditoire, au Parc, jeudi midi.

Chez ses joueuses aussi, le message est bien intégré. « On va avoir la pression, c’est clair, mais elle est avant-tout positive. On sait qu’on n’a pas le droit de manquer cette Coupe du monde, beaucoup trop de monde comptent sur nous », concède Aïssatou Tounkara. Du côté de la toujours très détendue Sakina Karchaoui, on affirme là encore que « c’est de la bonne pression. On ne va pas commencer à se plaindre, jouer une Coupe du monde à la maison c’est quelque chose de fou. »

Les retraitées valident les ambitions

On imagine bien que les françaises ne comptaient pas se lancer dans ce Mondial dans l’idée de se faire croquer en huitièmes de finale, mais tout de même, il n’est pas illégitime de se demander si l’objectif affiché n’est pas un peu élevé pour une sélection qui n’a jamais gagné le moindre trophées dans son histoire (son meilleur résultat restant une 4e place au Mondial 2011). On est même plutôt réputé pour être les champions des matchs amicaux, les losers magnifiques qui se prennent les pieds dans le tapis quand le niveau s'élève dans une compétition internationale. 

« On pouvait difficilement s’attendre à autre chose, témoigne l’ancienne internationale Camille Abily. Si on prend le classement Fifa et le fait qu’on joue à la maison, ça semblait compliqué d’annoncer autre chose comme objectif. D’ailleurs Corinne Diacre n’a pas paru inquiète quand ils ont annoncé cet objectif-là. »

Même son de cloche du côté de son ex-coéquipière en bleu Sabrina Delannoy : « On est censée être portée par notre public. Regardez le cas des Pays-Bas au dernier Euro, qui n’étaient pas du tout favorites et se retrouvent championnes d’Europe. Les Françaises espèrent vivre la même chose en termes de soutien populaire et ça me semble logique de revoir à la hausse nos ambitions. » De toute façon il est trop tard pour faire marche arrière.