Coupe d'Europe: Droits TV, coachs étrangers, intensité… Comment le foot anglais règne à nouveau sur le continent

FOOTBALL Liverpool-Tottenham, Arsenal-Chelsea, les finales de C1 et de C3 auront des airs de Premier League

Maxime Ducher

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Liverpool était la saison passée le 7ème budget mondial selon le cabinet Deloitte.
Liverpool était la saison passée le 7ème budget mondial selon le cabinet Deloitte. — COLORSPORT/LYNNE CAMERON/SIPA

C’est la fin d’une dynastie, celle de la domination espagnole sur la scène européenne. Depuis 2000, seules trois équipes britanniques avaient soulevé la coupe aux grandes oreilles, contre dix pour l’Espagne. Même bilan côté rosbifs pour la coupe de l’UEFA (devenue Ligue Europa en 2010). Mais cette année, les clubs anglais s’assoient sur toute l’Europe avec deux finales 100 % anglaises. Tout simplement du jamais-vu en C1 et en C3​. On a tenté d’avoir quelques explications avec l’ancien entraîneur adjoint de Claude Puel à Leicester City (2018), Jacky Bonnevay.

1 – Un portefeuille anglais bien rempli

Quand Pierre Ménès parle de jeu « en diamant » dans FIFA pour qualifier la richesse britannique, il n’a pas tout à fait tort (pour une fois). Selon la dernière étude annuelle « Football Money League » du cabinet d’audit et de conseil Deloitte sur les revenus des clubs de football professionnels, la Premier League est le championnat le plus représenté dans le top 10 avec six clubs (dont les quatre finalistes européens). La saison dernière, Liverpool (7e de ce classement) a par exemple généré 513,7 millions d’euros de revenus, sans prendre en compte les indemnités de transferts, et s’est offert le Néerlandais Virgil Van Dijk pour une somme record (pour un défenseur) de 84 millions d’euros.

Tottenham, invisible depuis deux mercatos, a néanmoins financé son nouvel écrin pour plus d’1 milliard d’euros. En ce qui concerne les droits TV, les clubs de PL se sont partagé 2,7 milliards d’euros, une somme astronomique comparée au 1,153 milliard d’euros pour les équipes de Ligue 1.

L’avis de Jacky Bonnevay : « La puissance financière est le facteur principal pour expliquer ce niveau de jeu des clubs anglais. Elle permet à certains clubs très riches d’avoir des effectifs incroyables avec pratiquement les meilleurs joueurs du monde. Donc les effectifs sont conséquents et ce sont souvent les mêmes équipes qui jouent. Avant, on parlait du Big Four avec Arsenal, Chelsea, Liverpool et Manchester United. Mais maintenant, moi je parle de Big Six car on peut ajouter Tottenham et Manchester City, deux énormes puissances financières aussi. »

2 – L’apport des entraîneurs (et des joueurs) étrangers

Depuis quelques années, la Premier League attire de nombreux entraîneurs étrangers parmi les meilleurs au monde, comme Pep Guardiola, Jürgen Klopp ou encore Mauricio Pochettino. Ils représentent 75 % des coachs d’Angleterre, et ils impriment leur patte avec des choix offensifs plus audacieux et un jeu plus réfléchi. Aujourd’hui, Pochettino se retrouve à disputer la finale de la C1 grâce à un tricard au PSG qu’il a su relancer. Et que dire de Liverpool, condamné à l'exploit en demi-finale retour, qui a su renverser le Barça, vainqueur 3-0 à l’aller (4-0 pour les Reds au retour), notamment grâce au pressing très haut ordonné par le technicien allemand des Reds, source du premier but d’Origi dès la 7e minute.

L’avis de Jacky Bonnevay : « Avec l’arrivée des entraîneurs étrangers, le management a muté. Ils sont plus affectifs, plus tactiles qu’avant. Maintenant on fait la bise aux joueurs au lieu de leur serrer la main, et certains font même des "big hugs" à leurs joueurs. Il y a une certaine empathie à leur égard comparé à la réserve qu’il peut y avoir dans d’autres championnats ou qu’on voyait avant. Sur le plan tactique, le "kick and rush" est passé de mode, le football de possession n’est plus d’actualité, maintenant on privilégie la qualité technique et les courses à haute intensité »

3 – Goliath contre Goliath à chaque journée

En Premier League plus qu’ailleurs, les matchs sont toujours extrêmement disputés. En janvier dernier, Manchester City, champion en titre, se déplaçait à Newcastle, qui n’a gagné que trois points sur ses vingt-deux derniers matchs. Pourtant ce sont bien les Magpies qui se sont imposés au final (2-1). Autre exemple, Arsenal, pourtant en finale de Ligue Europa, a perdu consécutivement trois matchs face à des équipes de milieu voire bas de tableau (Crystal Palace, Wolverhampton et Leicester City) qui lui ont coûté la qualif en C1 via le championnat. Et une équipe comme les Wolves n’aurait pas à rougir en face d’un cinquième ou quatrième de Ligue 1.

L’avis de Jacky Bonnevay : « En Premier League, il n’y a pas de trêve hivernale. Les joueurs ont des matchs très régulièrement et chaque rencontre est difficile. Le football est en mutation, et quand on regarde en Angleterre, il y a une intensité maximale à tous les matchs. Ils mettent une intensité féroce à l’entraînement car ils savent que sinon ils perdront leur place. D’ailleurs, en Angleterre, on ne part jamais au vert. Les entraînements sont courts mais intenses et quand il faut faire des pauses, on accorde des breaks de 3-4 jours aux joueurs. Cela permet d’aller loin dans la saison en les habituant à un haut niveau d’intensité. Ils ont une certaine accoutumance aux gros matchs tous les week-ends et ne font pas de différence entre un match de championnat et un de Ligue des Champions. »

4 – Le « fighting spirit » à l’anglaise

Réputée pour la rudesse et l’intensité de ses matchs, la Premier League impose une dimension physique supérieure à celle des autres championnats européens à laquelle les joueurs s’habituent. Sans compter un calendrier très exigeant. Pour preuve, le « Boxing Day » est une spécificité d'outre-Manche. A la période de Noël, les équipes anglaises peuvent jouer jusqu’à trois fois en huit jours.

L’avis de Jacky Bonnevay : « Les joueurs de Premier League ont un mental hors norme. Pour eux, un match n’est jamais fini même quand le match paraît plié. Un jour, alors qu’on menait 2-0 avec Leicester à la 75e minute, j’ai dit à l’entraîneur Claude Puel "ça y est, là je crois que c’est bon". Et il s’est retourné d’un coup pour me dire "chuuut, ça va pas ! Ne dis pas ça tant que ce n’est pas fini". Ces joueurs ont un supplément d’âme, ce sont des gladiateurs. En Angleterre, on sait qu’on peut toujours renverser un match et par exemple Liverpool en était conscient face aux Barça. C’est pour ça qu’ils ont réussi leur exploit. »