OM-ASSE: « Tiraillements » et optimisme… On vous raconte le passage tumultueux de Rudi Garcia à Sainté

FOOTBALL Le coach de l'OM Rudi Garcia a débuté sa carrière par une relégation avec l'AS Saint-Etienne, en 2000-2001. Une saison improbable, où il a aussi servi de traducteur à l'ambitieux John Toshack

Jérémy Laugier et Jean Saint-Marc

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Rudi Garcia a débuté sa carrière d'entraîneur pro à Saint-Etienne, avant de coacher Dijon.
Rudi Garcia a débuté sa carrière d'entraîneur pro à Saint-Etienne, avant de coacher Dijon. — F. Fife / AFP
  • Rudi Garcia a débuté sa carrière d'entraîneur professionnel en tant que préparateur physique à Saint-Etienne.
  • Il a vécu une saison compliquée en 2000-2001, avec un duo difficile avec Jean-Guy Wallemme. Sainté a été relégué en fin de saison, mais le vestiaire stéphanois garde un bon souvenir de Rudi Garcia.

« C’était le feu dans le Forez ! » Souvenir d’un ancien qui a vécu cette saison 2000-2001, où les Verts ont connu cinq entraîneurs, ont perdu sept points après une rocambolesque affaire de faux passeports et sont descendus en deuxième division. Sacré baptême du feu pour la première expérience de Rudi Garcia, qui retrouve ce dimanche (21 heures) le premier club pro qu’il a entraîné.

Il était arrivé discrètement, comme simple préparateur physique, après avoir envoyé une candidature à son mentor Robert Nouzaret, qui l’avait entraîné à Caen. « Il a tout de suite eu l’étoffe d’un adjoint, se souvient l’ancien coach. Il était compétent, et, surtout, n’était pas béni oui-oui : parfois, le numéro 1 a besoin d’être secoué, d’être recadré… Certains adjoints sont trop dociles ! »

Simple traducteur pour Toshack

Ce n’était pas le cas de Rudi Garcia, qui est resté dans le staff après le départ de Nouzaret et a assisté ses successeurs : Gérard Soler puis John Toshack. Auprès du Gallois, ancien coach du Real Madrid, Rudi Garcia avait un rôle particulier : mi-porteur de plots, mi-traducteur. Yves Verrière, qui couvre l’ASSE pour le quotidien Le Progrès, se souvient de conférences de presse mémorables : « Toshack ne voulait pas faire les confs, il disait : "c’est Roudi qui parle !" Garcia était censé traduire les réponses, mais comme l’autre ne disait rien… Rudi faisait le truc à sa sauce, c’était lui qui nous parlait ! »

Le Gallois a rapidement quitté le navire et Garcia s’est retrouvé à la tête de l’équipe… aux côtés du capitaine Jean-Guy Wallemme. Un tandem, jugé « très improbable » par un observateur stéphanois, sur lequel Jean-Guy Wallemme a accepté de revenir : « Déjà à l’époque, Rudi était très ambitieux. Donc il a forcément été déçu que les dirigeants ne lui aient pas confié l’équipe… Moi, je lui ai proposé ce système, à deux. Notre duo a d’abord bien fonctionné et puis il y a eu des tiraillements. »

« Il a un optimisme naturel »

Un gros clash, même. Mais les deux hommes se sont aujourd’hui réconciliés. « Je ne pense pas que Rudi ait manœuvré contre moi, il a eu l’opportunité de prendre l’équipe tout seul, c’est tout », estime Wallemme, qui s’était « sacrément engueulé avec les dirigeants. »

Le tout avec une grosse polémique en fond : Sainté a perdu sept points pour avoir fait jouer plusieurs joueurs avec de faux passeports. « Rudi avait les mots justes pour nous faire mettre de côté l’extra-sportif, se souvient le défenseur Fousseni Diawara. Il a un optimisme naturel. Il a su remobiliser tout le monde pour la fin de saison et il n’avait qu’une idée en tête : sauver l’équipe. Il faisait toujours preuve d’assurance dans ses discours : "Les gars, on gagne aujourd’hui et on met la pression sur les adversaires". Au final, sans ces points de pénalité, on se serait maintenus. »

Difficile de lui donner tort en regardant le classement, Sainté (avant-dernier à six points du premier non-relégable, l’OM) étant virtuellement 14e sans cette sanction administrative. Si les dirigeants stéphanois l’ont licencié, à l’été 2001, pour miser sur Alain Michel, Rudi Garcia n’a selon Fousseni Diawara, pas manqué ses débuts sur le banc :

Il a vite su fédérer et il a toujours regardé tout le monde dans les yeux, ce qui était apprécié, souligne l’ancien défenseur des Verts. On sentait qu’il allait être un grand coach, avec cette image de gars qui ne lâche jamais rien. D’ailleurs, beaucoup semblaient surpris de le voir s’accrocher à l’OM malgré un environnement hostile. Mais j’étais certain qu’il n’allait même pas cligner de l’œil. Il va s’en sortir, c’est obligatoire. Tous les matins, il doit se lever avec la conviction que l’OM va se qualifier pour la Ligue des champions. »