OM: Aux racines du mal... Depuis quand Rudi Garcia est-il obsédé par l'arbitrage?

FOOTBALL On dirait que l'entraîneur de l'OM veut leur couper le sifflet...

Jean Saint-Marc

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«Camaïeu de Rudi Garcia gueulant contre des arbitres» (bientôt au Mucem).
«Camaïeu de Rudi Garcia gueulant contre des arbitres» (bientôt au Mucem). — SIPA
  • Voyage en terre bien connue pour Rudi Garcia, ce week-end : l'OM se déplace à Dijon (17h), club qu'il a entraîné pendant cinq ans, entre 2002 et 2007. 
  • C'était le tout début de sa carrière d'entraîneur, et c'est aussi l'époque où il a commencé à commenter les décisions arbitrales...

« Calme-toi, Rudi. » Petit texto amical d’un mentor à son « copain ». Quand Robert Nouzaret écrit à Rudi Garcia, ce n’est pas seulement pour le féliciter d’avoir pris les trois points (qui sont importants, on ne le répétera jamais assez). « Le conseil que je lui donne, c’est de garder son énergie pour ses joueurs », professe l’emblématique entraîneur, qui a dirigé le joueur Rudi Garcia à Caen et l’a eu comme adjoint à Saint-Etienne.

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Si on a appelé Robert Nouzaret, c’est parce qu’on se douterait bien qu’il nous aiderait à comprendre d’où Rudi Garcia tient cette obsession pour les hommes en noir. Mais on n’a pas appelé que lui. On a fait tout le CV du coach de l’OM. Et commencé, forcément, par Corbeil-Essonnes.

« Un jeune entraîneur se focalise sur son travail plus que sur l’arbitre »

Un arbitre qui repart du stade Louis-Mercier de Corbeil-Essonnes avec la fiancée du jeune Rudi sous le bras, voilà qui suffirait pour expliquer quarante ans de haine contre les hommes en noir. Hypothèse tentante, mais évidemment fausse : « Sur le terrain, c’était une crème », se souvient Eric Barbier, qui a joué avec lui de 5 à 12 ans. Et qui n’était pas loin quand Rudi Garcia est revenu entraîner le club, au milieu des années 1990 : « Sur le banc, il était beaucoup moins nerveux que maintenant ! »

On avance un peu dans le temps et vers le Sud (on a bien dit « un peu ») : Saint-Etienne, où Rudi Garcia a été préparateur physique, puis adjoint, puis coach (en binôme). Nous sommes au début des années 2000, Rudi porte de magnifiques vestes en cuir mais n’a pas encore pris la confiance. Robert Nouzaret n’a « jamais eu à se plaindre de quoi que ce soit » : « en même temps, sur le banc, un adjoint ne réagit pas comme un numéro 1. »

« C’était un jeune entraîneur, qui se focalisait plus sur le travail qu’il avait à accomplir que sur l’arbitre », confirme Fousseni Diawara. L’ancien défenseur des Verts soupire : « Avec les années, il a appris les codes du haut niveau. » Nous y voilà. Et on avance d’une case de plus dans le CV de Rudi Garcia : Dijon, club où il a passé cinq saisons, club qu’il a professionnalisé, structuré et fait monter du National à la Ligue 2.

Râleur « comme un Français » passé par l'Italie

« C’est vrai qu’il interpellait pas mal les arbitres depuis le banc, qu’il était râleur… Un bon Français, quoi », se souvient un suiveur du DFCO. Le président du DFCO alors, Bernard Gnecchi, confirme que le caractère de Rudi Garcia s’est peu à peu révélé :

« Il a le sang chaud, Rudi ! Quand on vit le match en live, y a pénalty, y a pas pénalty, y a hors-jeu, ah non, le tacle était dangereux… Il y a de quoi s’énerver ! Et dans son analyse des matchs, en cas de défaite notamment, c’est vrai qu’il s’en prenait parfois aux arbitres. »

Une question de « sang chaud » ? « Rudi Garcia est quand même quelqu’un qui se maîtrise très bien, qui maîtrise tout ce qu’il fait », note Abasse Ba, alors défenseur du Dijon. Ses déclarations sur les arbitres seraient-elles un chouïa calculées ? On voit (au moins) trois bonnes raisons d’en faire des caisses après avoir perdu un match qu’on a gagné :

>> Donner du « biscuit » aux médias. C’est le moment où cet article devient plus « méta » qu’un épisode de Community. Pointer que Rudi Garcia parle très souvent d’arbitrage, c’est lui donner raison. « Rudi Garcia est un excellent communicant », sourit Jean-Guy Wallemme, entraîneur-joueur aux côtés de Garcia, à la tête d’une équipe de Sainté en plein scandale des faux passeports. Si à l’époque, Garcia parlait assez peu aux médias, il a appris à les gérer, à Dijon, Lille et, enfin, en Italie. Les zones mixtes qui durent trois heures, les debriefs éternels des télévisions romaines… « Rudi vous connaît bien, vous, les médias, il sait que ce que vous voulez entendre. Et il vaut mieux être dans la lumière que se faire oublier », sourit Gnecchi.

>> Se trouver des excuses. « Tout entraîneur qui perd ne veut pas voir ses propres lacunes ou ses propres faiblesses, donc on en conclut facilement que c’est la faute de l’arbitre », poursuit l’ancien président Dijonnais, toujours avec son sourire, et en martelant que c’est le fait de « tous les entraîneurs professionnels. » Encore plus avec l’énorme pression marseillaise. L’ancien attaquant dijonnais Sébastien Heitzmann, qui doit beaucoup à Rudi Garcia, embraye : « C’est humain : quand vous avez un groupe qui n’était pas prédestiné, à mon avis, à finir troisième de Ligue 1, que vous faites un super boulot sur le banc, se dire que tout peut basculer sur une erreur d’arbitrage, c’est terrible ! »

>> Faire pression en faveur du club. Louper la qualif' en Ligue des champions (et les millions d’euros de droits TV/billetterie/sponsoring qui vont avec) pour un pénalty non sifflé, c’est le cauchemar absolu de Jacques-Henri Eyraud. En décembre, il a enchaîné une série d’interventions publiques sur ce registre, avec un beau clash sur Twitter avec Jean-Michel Aulas. On a du mal à imaginer que la stratégie n’a pas été coordonnée avec Rudi Garcia. « Si le duel pour la troisième place avait été entre Marseille et Bordeaux, glisse l’ancien Stéphanois Jean-Guy Wallemme... Rudi n’aurait peut-être pas eu les mêmes réactions. »

Réactions qui donnent carrément des boutons à Robert Nouzaret :

« J’ai utilisé ça aussi parfois dans ma carrière et je n’en suis pas fier. Les arbitres sont comme nous, les entraîneurs : parfois ils sont bons, parfois ils se gourent. Mais penser qu’il suffit de balancer des vannes pour être mieux arbitré… Non, ça voudrait dire que la profession est pourrie, qu’ils sont influençables, corrompus. Ce serait la fin des haricots ! Et insister sur ça dans la presse, ça donne cette sale impression qu’on se cherche des excuses. Alors que Rudi, c’est un mec classe. Rudi, c’est mon copain. Mais quand il fait ça, il n’a pas raison. »

L’interview se termine et au bout du fil, Robert Nouzaret se marre : « Ben dis donc, t’as noté toute la tirade ? » C’est vrai que c’était un peu plus long qu’un texto...