VIDEO. OM: «Pas une communication nord-coréenne!» Le réalisateur d'«Objectif Match» raconte les coulisses de Marseille

INTERVIEW Le travail de Sébastien Iglesias est plus difficile quand l'OM est en crise, comme en ce moment. Mais pour le réalisateur d'«Objectif Match», «il y a toujours quelque chose à raconter, même dans la défaite...»

Propos recueillis par Jean Saint-Marc

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Sébastien Iglesias filme les coulisses de l'OM depuis 2012.
Sébastien Iglesias filme les coulisses de l'OM depuis 2012. — Helios Images / Olympique de Marseille
  • «Objectif Match», c'est «Les Yeux dans les Bleus», version OM. Sébastien Iglesias, à la tête de ce très populaire programme depuis 2012, se confie sur son quotidien.
  • Les émissions sont vérifiées par un membre du staff, mais il n'y a pas de censure, assure le réalisateur, qui dénonce le «fantasme [d'une] communication à la nord-coréenne.»

Sa voix grave, qu’il « force un peu », accompagne les supporters de l'OM depuis l’été 2012. Chaque semaine, Sébastien Iglesias raconte les coulisses de Marseille dans l’émission Objectif Match. Pour 20 Minutes, le réalisateur sort de l’ombre et se confie sur son travail.

Ce n’est pas trop difficile d’obtenir la confiance du staff ?

En six ans, j’ai connu six entraîneurs… On a eu de la chance, car on a toujours travaillé en confiance ! J’en suis reconnaissant car il y a eu des moments difficiles, et dans ces moments-là, la caméra peut-être très lourde… On a franchi un palier depuis l’arrivée de Rudi Garcia, qui est celui qui a le plus de curiosité et de respect pour notre travail. Alors qu’au début, il était comme les autres : il n’était pas fan d’avoir une caméra en permanence dans son vestiaire !

Comment l’avez-vous convaincu ?

Ce qui lui a plu, c’est qu’on raconte le quotidien : les hauts, les bas… On aborde aussi les mauvais moments, mais on ne cherche pas le buzz, on raconte le côté humain. Avec certains coachs, on était juste tolérés… Là, on est vraiment acceptés au sein du groupe.

Avec Bielsa, par exemple, c’était compliqué ?

Non, pas compliqué… Mais ce n’était pas toujours clair. Parfois, on se disait : « bon, on l’a fait… Mais peut-être qu’il ne nous a pas vus ! »

Et vis-à-vis des joueurs, c’est facile de se faire accepter ?

Je ne suis pas fan des grands chambardements d’effectifs… Après la saison Bielsa, j’avais l’impression d’avoir changé de classe. Il faut regagner la confiance de chacun, aller voir les mecs qui peuvent être méfiants. J’ouvre le dialogue pour ne pas être qu’une caméra ! Si tu n’es qu’une caméra, c’est impossible. Une fois qu’ils ont compris notre mission et qu’ils voient que les anciens de l’équipe nous cautionnent et travaillent normalement malgré notre omniprésence, on disparaît dans le décor.

Vous filmez vraiment tout ?

On a une liberté totale, oui, mais il faut faire attention à ne pas gêner un exercice à l’entraînement, ou dans le vestiaire à ne pas troubler une concentration ! Il ne faut pas être trop susceptible non plus, car dans le vestiaire, ça taille de tous les côtés… Donc je me fais tailler aussi ! (rires)

Par exemple ?

Steve [Mandanda], qui me supporte depuis quasiment sept ans, m’envoie pas mal de scuds à l’entraînement ! Mais je sais comment il est dans le fond… J’avais fait un doc sur lui lors de son départ à Crystal Palace, et il m’avait envoyé un message pour me dire que ça l’avait beaucoup touché !

Dim' [itri Payet] n’aimait pas trop la caméra au début… Ça va mieux, maintenant. C’est le capitaine de la vanne, il ne te rate jamais ! Récemment, j’ai eu la mauvaise idée de me raser la tête. Je l’entends, derrière moi : « Ah tiens, on dirait un joueur PES… avant qu’il ne soit créé ! »

Et puis il y a Adil [Rami], évidemment… Au bout de deux heures à l’OM, on avait l’impression qu’il était là depuis dix ans. Il appelle tout le monde bournoun… Apparemment, ça veut dire « crotte de nez. »

Certains sont plus timides ?

Luiz Gustavo, par exemple, est moins bon client, il ne fera jamais une blague… Mais il est d’une correction incroyable, il n’oubliera jamais de me checker en rentrant dans le vestiaire ! Je me rends compte qu’on est vraiment des témoins privilégiés.

Est-ce que c’est plus compliqué de les filmer en période de crise ?

C’est clair que je préfère raconter des victoires et choisir de belles petites musiques pour la fin de l’épisode. C’est plus compliqué quand ça ne va pas mais on a beaucoup appris au fil des saisons. Y en a eu deux qui étaient vraiment difficiles, la deuxième saison de Baup et celle de Michel… On a appris à aborder la défaite, les échecs… Il y a toujours quelque chose à raconter !

Les supporters ont envie de détester tout le monde quand l’équipe perd… Nous, on montre qu’ils souffrent aussi à l’intérieur du vestiaire : personne n’a le sourire, tout le monde est touché. Quand t’es au cœur des choses, émotionnellement, c’est très dur… Et quand des infos sortent, t’as envie de dire « non, ça s’est pas passé comme ça ! »

Le groupe ne se referme pas trop sur lui-même ?

On a cette chance : quels que soient les résultats, on est toujours là. Après, c’est une question de feeling : ce n’est pas le moment d’essayer d’avoir un petit mot sympa en rentrant au vestiaire. Mais on nous laisse tout capter, et c’est bien aussi, car quand le déclic se fait, c’est bien de le montrer… Et en fin de saison, c’est intéressant de voir ce moment où l’équipe était dans le dur !

Est-ce que vous êtes, vous-mêmes, supporter de l’OM ?

J’ai grandi avec l’OM, j’avais 13 ans quand on a gagné la Ligue des champions… Mais il ne faut pas être trop supporter pour faire le boulot qu’on fait, il faut savoir regarder les choses avec un certain recul. C’est parfois difficile : mon pire souvenir, c’est l’égalisation de Cavani dans le Classico 2017. J’étais rentré en sprintant au vestiaire pour filmer leur retour, j’ai vu le but à la télé… J’en ai pleuré !

Sébastien Iglesias (à droite), célèbre un but de Thauvin tout en filmant.
Sébastien Iglesias (à droite), célèbre un but de Thauvin tout en filmant. - C. Paris / AP / SIPA

Est-ce que le staff vérifie les épisodes avant leur diffusion ?

Il y a un fantasme des supporters là-dessus, celui d’une communication verrouillée, à la nord-coréenne. Ça n’a rien à voir. Il y a effectivement un membre du staff qui valide ce qu’on fait, mais c’est technico-tactique. On s’est rendu compte, notamment lors de la saison avec Bielsa, qu’on montrait tout… Et donc qu’on en montrait trop. Les séances tactiques, il y a des choses qui nous ont échappé qui n’ont pas échappé aux staffs adverses…

Mais jamais la direction ou le sportif nous disent : « C’est ça l’histoire à raconter ! » Mais évidemment, on travaille pour l’OM, donc on sait ce qu’on doit montrer ou pas.