Mondial féminin: «On vise un événement populaire et familial»... Pourquoi la Coupe du monde en France fait déjà un carton

FOOTBALL Les Bleues connaîtront leurs adversaires samedi après le tirage au sort...  

Julien Laloye

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Ettie est la mascotte du Mondial 2019.
Ettie est la mascotte du Mondial 2019. — Thomas SAMSON / AFP

Un phénomène largement ignoré dans les campagnes françaises, dont on parle moins que les « gilets jaunes ». Des millions de personnes en état catatonique depuis la victoire des Bleus en Russie. Comment les reconnaître ? Elles ne s’expriment plus qu’en chantant du Vegedream, et les muscles de leur visage ne se décontractent qu’en présence d’une compilation des plus beaux replis défensifs d’Olivier Giroud. Heureuse nouvelle pour les familles : la délivrance est proche. IL Y A UNE NOUVELLE COUPE DU MONDE QUI ARRIVE (à lire avec du Jeff Buckley en fond sonore).

Déjà 170 000 billets vendus

La Coupe du monde féminine. En France. Avec des Bleues parmi les favorites. Le tirage au sort aura lieu samedi 18 heures (sur TMC, et en live sur 20minutes.fr). La montée en puissance est discrète mais indiscutable, les billets se vendent comme des petits pains, et c’est encore le moment de faire plaisir à un proche à Noël. 170 000 billets vendus avant même de savoir qui joue où, dont tous les packs pour les demi-finales et la finale à Lyon. Un succès qui dépasse les espérances les plus folles d’Erwan Le Prevost, directeur du Comité d’organisation local (COL).

Quand on a établi la stratégie commerciale de vente des billets, on s’est décidé pour un positionnement familial et populaire, parce qu’à la différence de l’Euro-2016, on doit aller conquérir des clients. C’est pour ça, par exemple, qu’on a mis une majorité de matchs le mercredi et les week-ends, avec un objectif : faire de la Coupe du monde l’évènement sportif le moins cher organisé sur notre sol ».

Exemple concret ?Pouvoir assister à moins de 10 euros au match d’ouverture des Bleues au Parc des Princes le 7 juin. Ou le regarder gratos sur TF1. C’est en effet la première fois que la première chaîne de France a décidé de se positionner sur le foot féminin, qui faisait jusqu’ici le bonheur de la TNT, en binôme avec Canal +. Une association qui réjouira les nostalgiques de France 98, quand Charles Biétry commandait les Yeux dans les Bleus pour le prix d’un paquet de dragibus après un coup de fil à Aimé Jacquet.

On ne sait pas encore si la chaîne cryptée nous gratifiera d’un premier épisode des Yeux dans les Bleues aussi mémorable, mais si ça ne tenait qu’à nous, on en confierait la réalisation à Jessica Houara. L’ancienne internationale (64 sélections), qui a mis sa carrière entre parenthèses à cause d’une blessure, est la consultante phare de Canal sur la D1 féminine, dont l’exposition ne cesse de croître, jusqu’à un PSG-OL diffusé en prime time un dimanche soir.

Les gens s’habituent à regarder du foot féminin à la télé. C’est très positif pour les filles, d’avoir enfin une reconnaissance des sacrifices qu’elles font. Je n’ai jamais eu autant de demandes d’interviews quand j’étais en sélection ! Au Canada, lors du Mondial-2015, il y avait beaucoup de journalistes, mais surtout étrangers. Là je pense que l’attention médiatique en France n’aura rien à voir ».

On valide. En ce qui nous concerne, c’est la première fois qu’un journaliste de la maison suit les Bleues H24, comme on ferait chez les hommes, ni plus, ni moins. Surtout, ne pas rater le train, qui risque de débouler à mille à l’heure. « Le sacre de la bande à Deschamps a aussi eu un effet chez les filles, 15 % de licenciées en plus à la rentrée », explique Erwan Le Prévost. « C’était la meilleure pub qu’on pouvait faire à ce Mondial. Tout arrive en même temps », ajoute Jessica Houara.

Un succès conditionné au résultat des Bleues ?

De fait, le COL n’a eu aucun mal à trouver des sponsors nationaux pour financer la compétition. Six partenaires (EDF s’est annoncé jeudi), comme pour l’Euro-2016, avec un ticket d’entrée à 1 million d’euros, selon nos informations. Comme il n’a pas de mal à remplir ses stades non plus, y compris à l’international (50 % de supporters étrangers, donc beaucoup d’Américains), on se demande encore ce qui peut mal tourner pour le foot féminin en France, ou du moins ce qui peut l’empêcher de décoller pour de bon. La réponse tient en une phrase : la capacité des Bleues à enfin confirmer leur potentiel lors d’une grande compétition.

La France a beau posséder la meilleure équipe d’Europe avec l’OL, cette domination n’a pas encore franchi le palier de la sélection. Les joueuses de Corinne Diacre n’ont jamais fait mieux qu’un quart de finale mondial, le dernier perdu douloureusement contre les Allemandes en 2015. « Il faut à tout prix un succès sportif pour faire de cette Coupe du monde un tremplin définitif, juge Jessica Houara. Au moins une demi-finale. On le voit avec les garçons, les gros résultats, ça change tout ».

Une condition importante, aussi, pour convertir l’ensemble des fans de foot. « Parmi nos membres, il peut encore y avoir un cas de conscience avec le match des garçons en Turquie, qui est quand même qualificatif pour l’Euro [le 8 juin, alors que les Bleues joueront la veille à Paris], avoue Fabien Bonnel, chef de file des Irrésitibles Français, principal groupe de supporters tricolores. Cela aurait encore été plus compliqué si on avait été au final four. Mais si on va loin, l’engouement va monter, y compris chez les supporters de l’équipe de France masculine. Après, ce ne sera pas la même ambiance non plus. Les filles, c’est bon enfant, on n’aime pas trop quand ça siffle l’équipe adverse par exemple ». On en reparle en demies contre les Etats-Unis à Lyon ?