VIDEO. OL-ASSE: «Une piqûre de rappel»... Quel rôle jouent vraiment les supporters dans l'avant-derby?

FOOTBALL Même si le décalage de cet OL-ASSE à ce vendredi (21 heures) a changé les habitudes, les supporters des deux camps tiennent à jouer un rôle auprès des joueurs avant chaque derby... 

Jérémy Laugier

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Le bus des joueurs de l'ASSE, lorsqu'il a quitté le centre d'entraînement de L'Etrat pour se rendre au Parc OL pour le derby de la saison passée.
Le bus des joueurs de l'ASSE, lorsqu'il a quitté le centre d'entraînement de L'Etrat pour se rendre au Parc OL pour le derby de la saison passée. — ASSE
  • Le derby OL-ASSE sera ce vendredi (21 heures) l’affiche la plus excitante de la 14e journée de Ligue 1.
  • Si sa programmation un vendredi a changé la donne, ce rendez-vous majeur du championnat est aussi devenu, ces dernières années, passionnant dans son avant-match.
  • Plusieurs centaines de supporters ont souvent assisté à la dernière séance d’entraînement de l’OL ou au départ du bus des Verts en direction de Lyon.
  • Finalement, qui a le plus besoin de ces liesses populaires d’avant-derby, les joueurs ou les fans des deux camps ?

La programmation inhabituelle d’OL-ASSE ce vendredi (21 heures) bouleverse les habitudes d’avant-derby. Traditionnellement, plusieurs centaines de supporters lyonnais se rendent au dernier entraînement de leur équipe avec banderoles, chants et fumigènes. Dans le camp d’en face, le départ en bus des joueurs vers Lyon est devenu le théâtre d’une immense liesse populaire. Les groupes de supporters lyonnais et stéphanois n’ont pour une fois rien organisé de tel cette semaine. La dernière séance de l’OL, dans le froid et le silence, était notamment bien tristoune jeudi soir. Cette habitude remontant aux années 2000 à Tola Vologe, et plus récemment à L'Etrat, touche-t-elle davantage les joueurs ou les fans des deux rivaux ?

« Ces entraînements ont perdu la spontanéité des premières fois mais ça reste un moment très important pour les groupes de supporters, explique Richard, un habitué du virage sud. On sentait aussi que ça marquait les joueurs. » « Ah ça, leur petit entraînement à la base paisible était envahi par un millier de mecs craquant des torches de partout, ça réveille un peu », se marre Jean-Pierre, un abonné du virage nord ayant vécu à plusieurs reprises ce moment fort d’avant-derby, exacerbé par les interdictions de déplacement des dernières années.

« Le derby approchait et les supporters nous le faisaient bien savoir »

Avant le derby de novembre 2013 dans le Chaudron (marqué par le but du 1-2 à la 90e+3 de Jimmy Briand), les supporters avaient ainsi offert des baskets avec l’inscription Bad Gones à Rémi Garde et des écharpes à tout son staff (remember Joël Bats). « Ça avait touché tout le monde au club de voir à quel point nous étions frustrés de ne pas pouvoir être à leurs côtés pour ce derby », se souvient Jean-Pierre.

Une dizaine d’années plus tôt, l’ancien latéral droit lyonnais Jean-Marc Chanelet a vécu « des entraînements particuliers, avec des supporters escaladant les barrières et allumant des fumigènes ». Et oui, déjà. « Le derby approchait et ils nous le faisaient bien savoir, sourit-il. Je voyais tout ça comme une piqûre de rappel sur les enjeux de ce match. Honnêtement, ça ne peut pas inhiber des sportifs de haut niveau mais seulement les galvaniser. »

« On vit très peu de fois un tel moment dans une carrière »

Du côté de l’ASSE, l’absence de supporters pour les matchs à Lyon, comme ce vendredi, a là aussi rendu essentielle la tradition du départ du bus des joueurs depuis le centre d’entraînement de L’Etrat. Plus d’un millier de fans ont parfois pu être présents pour ce rendez-vous.

« C’était vraiment impressionnant, confie l’ex-défenseur des Verts Jonathan Brison [de 2012 à 2016]. On vit très peu de fois un tel moment dans une carrière. Après avoir vu ça, on comprend à quel point ce match touche tout le département. On se sent extrêmement concerné et on sait qu’il ne faut pas se louper. »

« On sait qu’on se bat avant tout pour l’honneur des supporters »

Fousseni Diawara (latéral stéphanois de 2002 à 2008), qui a eu la chance de ne connaître que des derbys en présence de supporters des deux camps, se souvient de déplacements « vraiment spéciaux » en bus pour effectuer la soixantaine de kilomètres jusqu’à Gerland.

On avait droit à des coups de klaxon, des maillots verts brandis partout, des tags sur les ponts, il y avait une adrénaline énorme. Chaque année, cela avait un vrai impact sur nous tous. Ça nous maintenait sous pression. On avait forcément envie de se défoncer sans même devoir se motiver entre nous. Les supporters sont garants de l’héritage du derby. Ils savent qu’un joueur ne va pas regarder des images VHS des années 1970 donc ils viennent nous raconter leurs souvenirs de matchs avec Salif Keita. Ils défendent leur ville et même leur identité via le derby. Pour ce match, on sait qu’on se bat avant tout pour leur honneur. »

« Ah bon, nous n’avons que deux matchs à gagner dans la saison ? »

Du côté de Lyon, les nouveaux joueurs sont vite mis au courant de la dimension cruciale de ces OL-ASSE. « Dès leur arrivée, les recrues rencontrent des leaders des groupes de supporters et sont sensibilisées sur l’importance du derby », souligne Richard.

« J’avais pris l’habitude de leur répondre : ''Ah bon, nous n’avons que deux matchs à gagner dans la saison ?'' », rigole Jean-Marc Chanelet. Même s’ils ont peut-être moins basculé en mode derby cette semaine, nul doute que tous les acteurs savent à quel point ce match va influencer leur saison.