OL-Hoffenheim: Pourquoi l'entraîneur Julian Nagelsmann (31 ans) est-il aussi «hors pair» que Kylian Mbappé?

FOOTBALL L’OL va retrouver ce mercredi (21 heures) en Ligue des champions Hoffenheim et son fascinant entraîneur de 31 ans Julian Nagelsmann, qui a notamment refusé de rejoindre le Real Madrid cet été...

Jérémy Laugier

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On nous décrit Julian Nagelsmann comme un impulsif sur le banc. Au vu de cette photo, en mai dernier contre Dortmund, la piste semble se tenir.
On nous décrit Julian Nagelsmann comme un impulsif sur le banc. Au vu de cette photo, en mai dernier contre Dortmund, la piste semble se tenir. — Michael Probst/AP/SIPA
  • En février 2016, Julian Nagelsmann est devenu, à 28 ans, le plus jeune entraîneur de l’histoire de la Bundesliga.
  • Ce passionné de tactique a d’abord permis à Hoffenheim de se maintenir dans l’élite, avant de lui permettre d’atteindre la Ligue Europa puis la Ligue des champions.
  • Avant un rendez-vous déterminant ce mercredi (21 heures) à Lyon, 20 Minutes vous présente ce coach s’étant offert le luxe de refuser la succession de Zinédine Zidane au Real Madrid.

En février 2016, « tout le monde a écarquillé les yeux en Allemagne » (dixit l’ancien coach de Wolfsburg Valérien Ismaël) lorsque Hoffenheim a misé sur Julian Nagelsmann pour éviter la relégation. Il faut dire que dans pareille situation de crise sportive, nommer le plus jeune entraîneur de l’histoire de la Bundesliga (28 ans) pour notamment diriger un attaquant comme Kevin Kuranyi (de cinq ans son aîné) était un pari plus qu’audacieux.

« J’ai trouvé Hoffenheim vraiment courageux de faire ce choix, confie Valérien Ismaël. Le club a alors un peu révolutionné le marché des jeunes entraîneurs en Allemagne. En lui voyant vite des qualités exceptionnelles de meneur d’hommes et en lui accordant une confiance totale malgré les nombreuses critiques, Hoffenheim a permis la réussite de Julian Nagelsmann. »

Julian Nagelsmann, ici âgé de 28 ans lors de sa présentation devant la presse en tant que nouvel entraîneur d'Hoffenheim en février 2016.
Julian Nagelsmann, ici âgé de 28 ans lors de sa présentation devant la presse en tant que nouvel entraîneur d'Hoffenheim en février 2016. - Uwe Anspach/AP/SIPA

En trois ans, maintien puis Ligue Europa et Ligue des champions

Car celui-ci a d’abord maintenu son équipe en Bundesliga (15e après avoir compté sept points de retard sur le premier non-relégable à son arrivée), puis il l’a qualifiée en Ligue Europa en 2017, après un barrage de C1 perdu contre Liverpool (1-2, 2-4) avant de découvrir la Ligue des champions cette année, avec un rendez-vous clé ce mercredi (21 heures) au Parc OL. Une trajectoire assez phénoménale pour cet ancien défenseur ayant arrêté sa carrière dès l’âge de 20 ans en raison de blessures au ménisque.

« Il a su transformer sa frustration de joueur n’ayant pu faire une carrière professionnelle en une motivation pour lancer très tôt une grande carrière d’entraîneur », décrypte Valérien Ismaël, qui a battu Hoffenheim et Nagelsmann (2-1) en février 2017 avec Wolfsburg.

« Il tient à accompagner ses joueurs dans chaque duel »

« Il n’est pas conditionné comme la plupart des entraîneurs par un bagage d’ex-joueur pro ayant connu une longue carrière, prolonge Patrick Guillou, qui présente l’émission Die Bulischau le lundi [22 heures] sur beIN Sports. Il est arrivé avec de l’insouciance mais malgré son âge, il a su convaincre les joueurs par son autorité naturelle, mais aussi car il est brillant tactiquement, s’inspirant autant d’un Pep Guardiola que d’un Jürgen Klopp. » Champion d’Allemagne à la tête des U19 d’Hoffenheim Julian Nagelsmann régale le public avec un 3-5-2 extrêmement offensif, « avec des attaquants replacés au milieu », comme l’a prouvé le spectaculaire nul (3-3) à l’aller contre Lyon.

Plutôt crédible ce défenseur d'Hoffenheim, en août 2017, à la veille d'un barrage de Ligue des champions contre Liverpool, non?
Plutôt crédible ce défenseur d'Hoffenheim, en août 2017, à la veille d'un barrage de Ligue des champions contre Liverpool, non? - Uwe Anspach/AP/SIPA

« Il a surtout su transmettre une grosse confiance en son groupe, constate Valérien Ismaël. On sent que tout le monde se trouve les yeux fermés sur le terrain. Sur le banc, il est très impulsif. Avec son pressing tout terrain, il réclame beaucoup d’efforts à ses joueurs et il tient à les accompagner dans chaque duel. » Après sa première demi-saison en Bundesliga, Julian Nagelsmann tenait déjà à dépasser l’image de génie tactique qui lui a rapidement été accolée : « Si l’entraîneur est au top au niveau des compétences, mais un idiot dans ses relations humaines, alors il n’aura aucun succès. »

« On s’ennuie très rarement devant un de ses matchs »

Et le garçon est loin d’être idiot, au vu de son parcours jusque-là sans faille, qui lui a attiré ces derniers mois les approches du Bayern Munich, du Borussia Dortmund, et même du Real Madrid. « L’Univers Football Club n’existe pas et il n’y a rien de plus grand que le Real Madrid. Mais je suis dans la position commode d’avoir seulement 31 ans, a-t-il expliqué à 11 Freunde. Si ma carrière comme entraîneur continue dans une certaine mesure, je pourrais avoir une autre opportunité de prendre en charge une équipe de cette catégorie plus tard. Au niveau familial, ce n’était pas non plus bien de déménager à l’étranger maintenant. »

C’est pour cette raison, et pour s’éviter une nouvelle saison à spéculations incessantes sur son avenir que le prodige allemand s’est déjà engagé avec le RB Leipzig en vue de la saison prochaine (et jusqu’en 2023). En attendant, il compte bien faire passer un nouveau cap à Hoffenheim, actuel 7e d’une Bundesliga très serrée. Le tout en s’appuyant fidèlement sur ses principes de « jeu de possession mais avec de la verticalité », comme le rappelle Patrick Guillou. « Il demande beaucoup de courses à haute intensité à ses joueurs et Hoffenheim est l’équipe qui centre le plus et qui se crée le plus d’occasions en Bundesliga. On s’ennuie très rarement devant un de ses matchs », résume ce spécialiste du championnat allemand.

De la tactique diffusée sur écran géant en plein entraînement

Profitant des moyens mis en place par son milliardaire de président Dietmar Hopp, fondateur de la société informatique SAP AG, Julian Nagelsmann est aussi « un coach avant-gardiste au niveau technologique ». « Il est le seul en Allemagne à utiliser une tablette reliée à un écran géant sur le terrain d’entraînement afin de présenter des schémas tactiques à ses joueurs de manière bien plus interactive que des séances vidéo classiques », explique Patrick Guillou.

Finalement, malgré son visage juvénile pouvant lui attirer autant de vannes faciles que des joueurs comme Maxime Lopez et Vincent Koziello (il y a comme un air, non ?), est-il encore si souvent que ça question de ses 31 ans en Allemagne ? Valérien Ismaël a sa petite idée sur le sujet.

« Non, c’est comme pour Kylian Mbappé, il est tellement hors pair et mature qu’on ne pense même plus à son âge. On va voir jouer l’équipe d’un entraîneur de haut niveau, peu importe qu’il ait 31 ou 41 ans. On a l’impression qu’il a dix années d’expérience au plus haut niveau derrière lui tellement il améliore chaque année ses résultats. Je suis même surpris de son choix de rejoindre Leipzig car il a selon moi déjà le potentiel pour faire le grand saut et entraîner plus haut en Angleterre. »

« Je n’ai pas trouvé que le match aller avait été trop difficile »

L’Allemagne va donc encore profiter un peu du trentenaire aux chemises à carreaux et à la personnalité bien trempée. « Il balance souvent des choses piquantes en conférence de presse », indique à ce propos Patrick Guillou. On n’a pu s’en rendre compte mardi, lorsqu’il a évoqué le 3-3 de l’aller en toute décontraction, en short et veste de jogging, dans l’auditorium du Parc OL.

« Je n’ai pas trouvé que ce match avait été trop difficile. C’est juste qu’on a pratiquement mis deux buts nous-mêmes et qu’on aurait pu en inscrire davantage que trois au vu de toutes nos occasions. » A ce rythme, on est bien curieux de découvrir la confiance qu’affichera Julian Nagelsmann en 2038, lorsqu’il célébrera sa 5e Ligue des champions avec un grand d’Europe.