Le métier d'agent fait rêver (illustration).
Le métier d'agent fait rêver (illustration). — Colorsport/Lynne Cameron/SIPA

FOOTBALL

Marseille: Pas si simple de devenir agents de joueurs, les anciens de l'EAJF vous le diront (ou pas)

La promo 2018 de l’école des agents de joueurs de football s’apprête à passer le concours d’un métier qui requiert de la patience et de solides bases juridiques…

  • L’antenne marseillaise de l’école des agents de joueurs de football a été créée en 2014, et rassemble cette année 25 étudiants.
  • Trois agents sportifs licenciés sortent des rangs de l’école, un quatrième fait carrière comme agent de joueurs de rugby, en parallèle de son métier de policier municipal à Toulon.

Il se souvient encore de cette anecdote, rapportée durant sa formation par un avocat réputé à Marseille. Une histoire de pari sportif en ligne d’un jeune joueur de foot, encore mineur. « L’agent sportif, il est censé tout connaître : le droit, les règlements LFP, FFF, Fifa, etc. », énumère Bastien Faupala, passé par l’antenne marseillaise de l’Ecole des agents de joueurs de football ( EAJF). De sa promo de 2015, il est selon lui le seul à avoir passé la barre des deux examens qui constituent la licence pour devenir agent de joueurs. Et encore, lui a finalement opté pour le concours de la fédération de rugby.

Pour décrocher le précieux sésame, il faut en effet d’abord passer un tronc commun d’agent sportif (et la note sélective de 10 sur 20), puis une épreuve spécifique centrée sur les règlements professionnels du sport en question. « L’EAJF est une super formation, ils nous apportent tout ce qu’il faut, mais le reste il faut travailler, assure Bastien Faupala. A Arcueil, pour le tronc commun, on se prend une claque. Des questions du type “si vous êtes apprenti coiffeur, est-ce que vous comptez dans l’effectif de l’entreprise”, il y en a plein. On ne parle pas de sport. »

 

Bastien Faupala, agent de joueur de rugby
Bastien Faupala, agent de joueur de rugby - DR

Un premier examen 100 % juridique

« La réalité, c’est qu’à l’examen on ne vous parle pas du tout de foot mais 100 % de droit, certains se démotivent et décrochent car ils n’ont pas perçu le métier d’agent comme quelque chose de difficile », reconnaît Sidney Broutinovski, qui a fondé l’école à Paris en 2009 et des antennes régionales depuis, la dernière a ouvert cette année à Bordeaux. Il n’a de cesse, à chaque rentrée, de bousculer les fantasmes glamours et rappeler à ses ouailles qu’ils auraient bien tort de viser d’emblée la Ligue 1. Il faut du temps pour se construire un réseau, et découvrir de jeunes prometteurs en centre de formation et en National.

En somme, si vous pensez décrocher vite le jackpot et la jouer comme Jean-Pierre Bernès, passez votre chemin. Le discours n’empêche pas les candidats de se présenter chaque année nombreux aux portes de l’école, pour suivre une préparation au concours de 10 mois, à 4.990 euros, dans des conditions optimums : des sessions longues dans les stades (à Marseille, elles se déroulent au Vélodrome), une plateforme d’apprentissage par e-learning, un séminaire d’observation en club (cette année au Havre), sans compter des intervenants reconnus.

Trois licenciés marseillais

Sur les 31 agents de foot licenciés l’an passé, 24 sont issus des rangs de l’EAJF. Un taux de 70 % qui ne dit pas tout des difficultés rencontrées après par les jeunes agents. Depuis la création de l’antenne marseillaise en 2014, trois agents sportifs sont licenciés. L’un a changé d’orientation (« il n’avait pas perçu le métier comme aussi éprouvant en termes de distance », selon Sidney Broutinovski), un autre s’est rapproché d’un agent en place pour collaborer avec lui, et un troisième, qui n’avait pas lâché son activité de restaurateur à Lyon, a finalement abandonné.

De son côté, Bastien Faupala, 32 ans, le seul à avoir accepté de témoigner, mène toujours en parallèle son activité d’agent et de policier municipal à Toulon. « Ce n’est pas comme au foot, explique-t-il. On ne signe pas de contrat avec les joueurs mais on se rémunère avec les clubs qui nous mandatent. » Il suit deux joueurs pros en 3e division et une dizaine d’espoirs en première et deuxième divisions. « Je fais ça en plus de mon activité professionnelle, si ça marche plus tard, j’arrêterai d’être policier », dit ce joueur et passionné de rugby.

A écouter Sidney Broutinovski, qui ne recrute plus les post-bac mais plutôt sur la tranche d’âge 25-35 ans, il faut « compter entre un à deux ans pour commencer à bien vivre du métier d’agent sportif ». Et avoir un business model. « Un agent, rappelle-t-il, c’est un chef d’entreprise, qui doit avoir une structure juridique et un fonds propre. Je dis toujours que le gros des dépenses, c’est le téléphone et les déplacements, cela peut vite grimper. » Au Vélodrome, ils sont 25 cette année à être pour le moment penchés sur les bouquins de droit. « Une très bonne promo, impliquée et solidaire », assure Sidney Broutinovski. Ils sont dans les starting-blocks : la première épreuve couperet a lieu le 19 novembre.