Jeune agent de joueur de foot cherche crédibilité

FOOTBALL A l’occasion de la rentrée marseillaise des apprentis agents de joueurs de football, « 20 Minutes » a rencontré trois nouvelles recrues...

C.L.
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Jérôme Lancery de l'école des agents de joueurs de football (à droite)
Jérôme Lancery de l'école des agents de joueurs de football (à droite) — EAJF

Il y a encore deux ans, le job de Jérôme, ancien ingénieur, c’était de savoir où il y a du pétrole. Aujourd’hui, c’est un peu pareil. Le jeune homme de 32 ans est agent de joueur de football. Un job pour lequel il faut du nez, pas mal de chance et un réseau aussi dense que le virage nord du Stade Vélodrome un soir d’OM-PSG. Tout ça, pas facile de l’avoir quand on débute. A l’occasion de la rentrée marseillaise des apprentis négociants de , 20 Minutes a rencontré quatre nouvelles recrues.

Réseau, réseau, réseau

Officiellement licencié depuis juin 2016, Jérôme Lancery l’avoue sans ambages : « Quand on n’a pas de réseau, c’est un peu voué à l’échec. » Illustration de ce constat, le jeune homme, dont un proche parent est coach en Ligue 1, gère la carrière de sept joueurs de Ligue 1 et Ligue 2 et en a fait signer trois, dont  au FC Lorient.



Diplômé le même mois, son ami Axel Monin est en passe de s’engager avec un joueur, son premier mais il évolue en amateur en CFA2. Et qui dit pas de contrat professionnel, dit pas de rentrée d’argent pour le newbie de 38 ans. Depuis trois mois, Axel multiplie les échanges avec des dirigeants, les perches lancées aux autres agents ou les sollicitations d’anciens formateurs. « Ça reste très vague, assume-t-il, je tarde à dégager du chiffre d’affaires. »

L’ancien responsable de supermarché qui s’appuie sur les indemnités de Pôle emploi annonce :

 « Je vais être obligé de retrouver une activité de salarié à côté, ce n’est pas en six mois que je vais en vivre »
 

Pourtant, Axel a un background familial porteur. Son grand-père, René Monin, a été président du FC Rouen (entre 1955 et 1984) et lui-même a siégé au conseil d’administration. « Ça m’aide un peu mais il faut élargir. » Face à ça, le parcours de Jérôme fait saliver. Mais même le jeune homme, proche de Pierre Frelot (Bahebeck, Sakho, Mandanda ou Drogba), l’agent le mieux payé en 2014 selon Capital ou de Badou Sambagué (Ousmane Dembelé), a dû essuyer les plâtres. « Je suis privilégié mais mes contacts ont aussi parfois été un blocage, parce que certains m’ont connu avant et ne voulaient pas tout mélanger. » Business is business. Et ce n’est pas parce que tel ponte du foot français a changé tes couches qu’il se mouillera pour toi.

« Une femme vénale »

Tout averti qu’il était, Jérôme s’est aussi confronté au problème d’engagement des joueurs. « Certains, floués par des personnes peu scrupuleuses, ont perdu la confiance, développe le jeune agent. Ils essaient de conclure des contrats d’un mois voire pas du tout de contrat. D’autres donnent un mandat à plusieurs personnes sans le dire. » Il faut du temps pour essuyer les plâtres et la jeunesse se traîne comme un boulet, encore plus qu’ailleurs, selon Thibault. A 24 ans, le major de promo de l’EAJF Paris en 2014 a pourtant été recruté par le  d’Alessandro Canovi (agent de Thiago Motta). Mais « imaginez les directeurs sportifs quand ils me voient au bord des terrains, grince-t-il, on se dit "il n’y connaît rien" ».

A peu près rien n’est carré ni prévisible dans le métier d’agent. Mais Mélodie, encore sur les bancs de l’EAJF, en a déjà goûté une facette bien amère : le sexisme. Cette année, seulement cinq filles côtoient 230 garçons dans la formation. Ramassant tous les préjugés d’un milieu macho. Début octobre, la jeune fille de 27 ans était  pour présenter sa formation. « J’ai vu dans les commentaires sur Facebook que j’étais qualifiée de femme vénale, arriviste, matérialiste, se désole-t-elle, là où ils auraient dit qu’un homme est simplement motivé. C’est vrai que je suis ambitieuse mais dans le bon sens du terme. »

Si Mélodie s’est passionnée pour le business du foot avec l’arrivée des Qataris au PSG, son rêve ultime serait avant tout de promouvoir de jeunes joueurs de son île natale, la Réunion. On est loin de la folie des grandeurs. Même s’il doit bien y avoir encore  dans l’Océan Indien.