Real Madrid-Liverpool: «Jürgen Klopp croit toujours en l’impossible», Neven Subotic décrypte son ancien coach à Dortmund
INTERVIEW•Le défenseur de l’ASSE Neven Subotic a passé neuf saisons avec Jürgen Klopp, entre Mayence et le Borussia Dortmund (de 2006 à 2015). Il explique à « 20 Minutes » en quoi l’actuel entraîneur de Liverpool, qui défie ce samedi (20h45) le Real Madrid en finale de Ligue des champions, est « unique »…Propos recueillis par Jérémy Laugier
L'essentiel
- Pour avoir passé neuf saisons sous ses ordres à Mayence puis au Borussia Dortmund, Neven Subotic est l’un des joueurs connaissant le mieux Jürgen Klopp.
- L’actuel défenseur central stéphanois se confie à 20 Minutes sur le parcours et les caractéristiques d’un coach avant tout « authentique, passionné et honnête ».
- Un entraîneur qui pourrait accomplir ce samedi (20h45), à 50 ans, le plus grand exploit de sa carrière en défiant le Real Madrid, en finale de Ligue des champions, avec Liverpool.
Neven Subotic n’avait que 17 ans lorsqu’il a fait la connaissance de Jürgen Klopp, en 2006. Ce dernier était encore totalement inconnu du grand public, à la tête d’une modeste équipe de Mayence qu’il a fait monter en Bundesliga deux années plus tôt. Le défenseur central serbe a tellement adhéré à ses méthodes d’entraîneur qu’il a enchaîné neuf saisons avec lui, entre Mayence et le Borussia Dortmund.
L’actuel joueur de l’ASSE se confie à 20 Minutes sur le personnage Jürgen Klopp, qui va tenter ce samedi (20h45) avec Liverpool de renverser l’intouchable Real Madrid en finale de Ligue des champions à Kiev (Ukraine).
Qu’est-ce qui vous a frappé en premier lorsque vous avez fait la connaissance de Jürgen Klopp à Mayence ?
Il se montrait toujours très dur avec nous tous. Dans le sens où avec lui, peu importe si tu es jeune, bon, mauvais, tu dois toujours travailler dur lorsque tu es sur le terrain. Le niveau était très élevé pour moi car seulement deux semaines plus tôt, je ne jouais qu’à l’université aux Etats-Unis. Je me suis donc retrouvé d’un coup dans le grand bain en découvrant le football professionnel, à 17 ans en Allemagne. Avec ses méthodes, Jürgen Klopp m’a permis de grandir très vite. Il m’a donné ma chance et m’a aidé dans mon développement, en tant que joueur mais aussi en tant que personne. En fait, il attend de tout le monde le même professionnalisme et je respecte beaucoup ça.
Quelle place occupait-il alors auprès des supporters et du grand public en Allemagne ?
A ce moment-là, je ne savais pas qu’il deviendrait une vraie superstar en rejoignant Dortmund deux ans plus tard (en 2008). Il y avait 30.000 personnes venues pleurer dans la ville car il partait de Mayence. Normalement, quand un entraîneur quitte un club, il reçoit juste des fleurs, des remerciements et quelques applaudissements. Mais là, ces célébrations de fans étaient énormes.
Comment expliquez-vous cette popularité ?
Il est très authentique, passionné et honnête. Quand il tient une conférence de presse, il dit toujours la vérité, contrairement à d’autres qui préfèrent ne rien dire. Il est facile d’avoir une connexion quasi amicale avec lui. Les médias aiment son authenticité, qui est assez exceptionnelle dans ce milieu où beaucoup jouent un rôle. Pour toutes ces raisons, il a obtenu le respect du public.
Lorsque Jürgen Klopp quitte le Borussia Dortmund en juin 2015, est-il le même que celui de Mayence en 2006 ?
Il a certainement appris des choses qui l’ont fait grandir comme entraîneur. Mais ses valeurs et son caractère n’ont pas changé. En tant que joueur, je retiens surtout son honnêteté. Souvent, un coach vous annonce quelque chose mais il va expliquer autre chose à un coéquipier. Une confusion s’installe alors. Avec Klopp, nous n’avions jamais ce problème, jamais. Il vous dira toujours ce que vous avez fait de bien comme de mal selon lui. Il ressent aussi très bien quels joueurs ont besoin de beaucoup d’attention et lesquels préfèrent n’avoir qu’un véritable bilan par saison. Quand tu es joueur et que tu constates ça, tu te dis que tu peux tout lui dire et qu’il t’écoutera sans te juger.
aLorsque vous regardez des matchs de Liverpool cette saison, voyez-vous des points communs avec votre Borussia Dortmund vice-champion d’Europe en 2013 ?
Oui, clairement, je retrouve ce pressing offensif. Maintenant, il a à Liverpool une équipe avec au moins autant de qualités que nous n’en avions à Dortmund. Je vois qu’il arrive à pousser encore plus loin ses stratégies par rapport à ce qu’il faisait avec nous. Mais la structure principale de cette stratégie est la même que celle qu’il développait avec nous. Je suis ravi de suivre ses succès cette saison avec Liverpool.
La métamorphose de Mohamed Salah par rapport à sa précédente saison à l’AS Roma est-elle le fruit d’un évident effet Jürgen Klopp ?
La réussite d’un joueur est toujours un mélange entre l’environnement du club, celui de l’équipe, et le relationnel qu’il a avec le coach. Klopp a forcément un impact sur la confiance en soi que présente chaque joueur. Il n’y a pas que « Mo » Salah, d’autres joueurs n’avaient pas atteint leur niveau actuel avant de rencontrer Klopp. Il est capable de faire grandir les qualités de chaque joueur et c’est pour ça que beaucoup veulent travailler avec lui. En clair, tu vas travailler dur mais dans un relationnel sincère avec un coach qui va t’accorder toute sa confiance. Il ne sera pas là à attendre que tu fasses une erreur pour pouvoir te hurler dessus.
Quelque part, les matchs assez dingues disputés cette saison par les Reds en Ligue des champions ne seraient-ils pas le reflet d’une part de folie de leur entraîneur ?
Peut-être que sa personnalité se reflète dans sa stratégie, oui. Ce qui est certain, c’est que Jürgen Klopp est quelqu’un se disant toujours que tout est possible. Il n’abandonne pas avant la fin du match. On a vraiment pu voir ça lorsque Liverpool a remonté trois buts contre Dortmund (de 1-3 à 4-3 en avril 2016) pour se qualifier en Ligue Europa. Peut-être que en pareil cas, d’autres coachs auraient laissé couler. Mais lui, il croit toujours en l’impossible donc il tente quelque chose. Il insuffle donc une dynamique qui a un effet domino sur l’équipe. C’est quelque chose d’assez unique.


















