PSG-Real Madrid: Faut-il faire confiance à Thiago Silva pour ce match retour?

FOOTBALL Le capitaine brésilien, écarté à la surprise générale à Bernabeu, pourrait cette fois être aligné par Unai Emery…

Nicolas Camus

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Unai Emery et Thiago Silva à l'entraînement au Camp des Loges, le 4 décembre 2017.
Unai Emery et Thiago Silva à l'entraînement au Camp des Loges, le 4 décembre 2017. — CHRISTOPHE SAIDI/SIPA
  • Le PSG affronte le Real Madrid en 8e de finale retour de Ligue des champions.
  • Ecarté à l'aller, le capitaine Thiago Silva pourrait retrouver sa place en défense.
  • L'image d'un défenseur fragile psychologiquement dans les grands rendez-vous colle à la peau du Brésilien.

On ne sait pas vous, mais nous on est très curieux de découvrir la compo préparée par Unai Emery pour le 8e de finale retour face au Real Madrid, mardi soir. Il va falloir avant tout pour le PSG marquer des buts, certes, mais ne pas en prendre aiderait grandement à renverser les Madrilènes. Et la défense constitue un grand point d’interrogation. Surtout après le coup de bluff de l’aller.

L’image de Thiago Silva visage fermé sur le banc, emmitouflé jusqu’aux oreilles dans sa doudoune, il y a trois semaines, avait surpris. Choqué, presque. Mais aussi rappelé que la confiance d’Emery envers son défenseur en avait définitivement pris un coup il y a un an, un soir de déroute à Barcelone.

Depuis, le Brésilien a joué les quatre matchs de son équipe, brassard collé sur le biceps. Personne n’imagine vraiment le coach espagnol le laisser une nouvelle fois de côté, même si ce dernier n’a évidemment rien lâché en conférence de presse, lundi. « Le choix du défenseur central est difficile. Les trois sont là avec de grandes performances. On va choisir demain en fonction de l’entraînement de Marquinhos (légèrement touché la semaine dernière). Si les trois sont prêts, on va décider en toute confiance pour les trois », a dit Emery. Celle-là, on aurait pu l’écrire nous-mêmes.

« Il va vouloir prouver des choses à tout le monde »

« Je pense qu’il va l’aligner avec Marquinhos, tente Patrick Colleter. C’est le match-référence dans la saison pour Paris, le plus important. Kimpembe a de la qualité mais c’est un match pour Silva. C’est le capitaine, un taulier, ça va être à lui de montrer qu’on peut compter sur lui pour un match comme ça. Ne pas avoir joué à l’aller peut constituer une motivation supplémentaire. Il a dû être déçu, touché, il va vouloir prouver des choses à tout le monde. »

 

On peut compter là-dessus, effectivement. Mais l’ancien du club, qui était du fabuleux 4-1 contre le Real en 1993, met sans le vouloir le doigt sur le fond du problème. Comment se retrouve-t-on dans une situation où un défenseur de 33 ans, vanté comme le meilleur du monde, qui a été capitaine de la sélection brésilienne et du Milan AC, doit « prouver des choses » sur ce genre de match ? Est-ce qu’il ne devrait pas être une référence pour tout le monde, le gars sur lequel on s’appuie, qu’on cherche du regard pour y puiser l’assurance que remonter deux buts au Real est largement jouable ?

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Malgré les années, les matchs de haut niveau et la confiance affichée de ses coéquipiers, Silva reste pour beaucoup un défenseur émotif, tendance dépressive quand la pression se fait trop lourde. Dans son jardin, des pierres grosses comme ça :

  • Les larmes lors de la séance de tirs au but en 8e de finale du Mondial-2014 face au Chili.
  • L’humiliation nationale face à l’Allemagne au tour suivant - même s’il faut souvent rappeler qu’il n’avait pas pris part à ce 1-7 pour cause de suspension.
  • La remontada barcelonaise où il a fait jouer son équipe trop bas malgré les consignes.
  • Des blessures juste avant des grandes échéances (en mars 2012 avec le Milan, avant d’affronter le Barça en quarts de finale, en avril 2015 et février 2017 avec le PSG, toujours avant de jouer les Catalans), comme si son corps lui ordonnait de fuir.
  • Une expérience en Ligue des champions qui s’arrête aux quarts de finale.


Ces émotions, le Brésilien ne les cache pas. « Je suis un émotif, je m’émeus facilement. C’est naturel, l’émotion chez un être humain, disait-il après la Coupe du monde 2014. Mais ça ne m’affecte pas sur le terrain, au contraire ça m’aide. »

« Il le sait très bien ça, que tout le monde est sceptique là-dessus. Il n’est pas dupe, il sait ce qui se dit sur lui, estime Colleter. Mais c’est un grand joueur. C’est un match comme celui qui attend Paris face au Real qui peut le propulser encore plus haut que celui qu’il a déjà atteint. »

Croisé aux Laureus Awards à Monaco, la semaine dernière, Cafu n’a eu que des mots réconfortants pour son compatriote.

Thiago Silva est un très grand joueur, il l’a prouvé dans tous les clubs où il est passé. J’ai eu l’opportunité de travailler un peu avec lui quand il a été au Milan. Je connais sa personnalité. En Seleçao, malheureusement pour lui le contexte général n’était pas très bon et ça a fini par l’affecter aussi. Au PSG, il est capitaine, titulaire absolu, c’est une personnalité incroyable. »

Une personnalité incroyable mais plutôt discrète, d’après le portrait que lui a consacré l’Equipe Mag le week-end dernier. Le Brésilien est timide, plutôt solitaire, introverti. Pas le genre à parler devant tout le groupe, il appelle directement Nasser si quelque chose le chiffonne, raconte le Mag. Renforcé par les arrivées de Neymar et Dani Alvès, il n’aurait plus, à l’opposé, le soutien plein et entier du reste du vestiaire. On dit sa relation avec Presnel Kimpembe glaciale depuis l’épisode de Madrid.

Alors, est-il le mieux placé pour débuter la manche retour ? Sans le dire clairement, Marcel Desailly nous fait comprendre qu’il a bien aimé la charnière alignée à Bernabeu. « La réponse est dans le contenu du match que Kimpembe a réalisé. Il a été solide, appliqué. On peut comprendre ce choix d’Emery, il voulait sûrement instaurer une dynamique différente, relève le champion du monde 98. J’aime bien que Thiago Silva soit mis de côté parfois car ça relève le niveau de Marquinhos. Sans lui, il se sent investi d’un rôle de leader et ça dope vraiment le potentiel défensif. » Ah bah si en fait, il l’a dit plutôt clairement.