Interdiction des tifos dans les stades: «Ils ont qu’à demander à venir en costard-cravate et on se fera chier clairement»

FOOTBALL « 20 Minutes » a interrogé supporters, joueurs et coaches pour savoir ce qu’ils pensaient de la possible interdiction des tifos et bâches dans les tribunes…

Alexia Ighirri avec Jean Saint-Marc et Jérôme Gicquel

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supporters, joueurs, que pensent-ils de la possible interdiction des tifos et bâches? — LOIC VENANCE / AFP
  • A Lorient, une limitation voire une interdiction de tifos est envisagée dans les tribunes du stade de la Moustoir.
  • Qu’en pensent les supporters, joueurs et coaches du championnat de France ? 20 Minutes est allé prendre la température…

Cette année, il y a eu ce Dark Vador sauce « Star Roaz » à Rennes contre le PSG, un ticket de grattage Millionnaire lors de la réception de ces mêmes Parisiens à Strasbourg, ce remarquable tifo lyonnais des Bad Gones pour leur 30 anniversaire (parmi les 25 meilleurs du monde de 2017, paraît-il), ou encore celui des Verts lors du derby en référence à La Haine. Pour ne citer qu’eux.

Le tifo pour le 30e anniversaire des Bad Gones à Lyon.
Le tifo pour le 30e anniversaire des Bad Gones à Lyon. - ROMAIN LAFABREGUE / AFP

Et puis il y a eu, il y a quelques jours, cette annonce d’une possible interdiction des tifos et bâches dans les tribunes de football. A commencer par le stade du Moustoir à Lorient, pour lequel la préfecture du Morbihan recommande, pour des raisons de sécurité, une interdiction totale de « l’usage de bâches dans les tribunes avec la présence de public en dessous ».

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L’éventualité de devoir laisser les tifos et bâches dans les cartons a très vite dépassé le cadre lorientais. Poussant des acteurs du foot français, qu’ils soient sur les terrains ou dans les tribunes, à sortir de leur réserve.

Le tifo du kop strasbourgeois lors du Racing-PSG.
Le tifo du kop strasbourgeois lors du Racing-PSG. - 20 Minutes

20 Minutes a profité de la 24e journée de Ligue 1 pour prendre la température de quelques supporters, joueurs et coaches.

« Les ultras ont toujours eu les règles de sécurité en tête »

Les raisons sécuritaires avancées par la préfecture du Morbihan sont balayées d’un revers de main par la Vieille Garde du Commando Ultra, supporters marseillais qui forment le noyau fondateur du premier groupe ultra en France : « Les ultras ont toujours eu les règles de sécurité en tête. Nous, dès 1984, quand on a sorti les premiers tifos en France, on ignifugeait nos voiles qui allaient recouvrir les tribunes. Evidemment qu’on s’est demandé si ça pouvait prendre feu. Il ne faut pas prendre les ultras pour des demeurés ! Il est possible d’animer un virage sans mettre en danger la vie des personnes ! »

C’est très simple, il y a un moyen d’éviter tout accident dans les stades. Il faut jouer tous les matchs à huis clos ! Sans supporters ! Voilà ce que conseille la Vieille Garde aux autorités. Et après bon courage pour aller vendre le foot…

L’animation des tribunes, les joueurs de foot y sont attachés. Après la victoire à Strasbourg, rencontre qui aura d'ailleurs vu l'expulsion de supporters bordelais, le gardien girondin Benoît Costil a réagi à cette possible interdiction de tifos : « C’est pas le foot. Le foot c’est d’avoir des tifos, c’est d’avoir des chants… Ils ont qu’à demander à venir en costard-cravate pendant les matches et puis on se fera chier clairement. »

Le football c’est d’abord une fête

Le milieu de terrain strasbourgeois Jonas Martin le rejoint : « Ça gâche un peu tout l’engouement qu’il y a autour du foot. Parce qu’à la base le foot c’est la fête. Il y a des familles qui se réunissent, des gens qui attendent ça toute la semaine pour venir chanter, se mettre dans l’ambiance. »

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Habitué des chaudes ambiances du Vélodrome, l’attaquant Valère Germain a regretté, sans le nommer, le manque d’entrain causé par le huis clos partiel à Marseille vendredi contre Metz : « C’est un peu dommage, on l’a vu contre Metz, quand il y a peu de monde dans le stade, les ambiances sont… un peu pesantes. On joue au foot pour les ambiances, pour les tifos, pour les banderoles ! Bien sûr, il y a des règles qu’il faut appliquer… Mais on a tous envie que le foot reste une fête. »

Il faut que les supporters comprennent certaines choses… Mais faut aussi que la Ligue comprenne certaines choses ! Car au final, c’est nous, les joueurs, qui payons !

Si son coach Rudi Garcia a botté en touche – « Je ne suis ni préfet, ni décideur de la sécurité » –, l’entraîneur messin Frédéric Hantz a, sans filtre, ouvert le débat sur les politiques sécuritaires en vigueur actuellement dans le foot. Pour mieux les dénoncer. « Quand on interdit, c’est qu’on ne contrôle pas. On interdit les déplacements, maintenant les tifos… On a l’impression que si on pouvait interdire les supporters dans un stade, on le ferait ! »

Il est vrai que ce projet d’interdiction de bâches s’inscrit dans un contexte sécuritaire fort à l’encontre des supporters, craignant être peu à peu réduits au silence. Huis clos, interdictions de déplacement, amendes pour fumigènes… Les tifos sont-ils une nouvelle animation chassée des stades ?

« A un moment, ça va péter »

« C’est une nouvelle atteinte portée au mouvement des supporters, répond David, membre du Roazhon Celtic Kop (RCK). Peut-être que les pouvoirs publics cherchent à éradiquer les supporters les plus actifs pour attirer un autre type de clientèle dans les stades. Pour l’instant, les supporters restent très complaisants face à ce tout répressif mais à un moment ça va péter ».

Pour Pulco, coprésident du RCK, « c’est simple, ils veulent nous faire rentrer dans le rang et supprimer à terme la mouvance ultra. Ils veulent des tribunes clean et aseptisées ». Si la volonté est bien celle-ci, quelque chose nous dit qu’elle prendrait des allures, non pas de bâche, mais de toile de Pénélope.